CHAPITRE XIV
égayées , inconnues dans ce pays-ci. Le pignon dentelé en forme d'escalier s'y montre assez fréquemment. La toiture de TÂmbigu-Comique peut donner aux Parisiens, qui ne sont pas très-cosmopolites en général, une idée assez nette de ce genre de construction ; cela produit un effet d'une bizarrerie assez agréable.
« J'entrevis à peine au bout d'une rue la silhouette de la cathédrale, qui ne me parut pas belle. »
M. Gautier serait d'un avis différent , s'il avait visité l'intérieur du beau temple consacré à sainte Waudru, comtesse de Hainaut et patronne de Mons. Le vaisseau de cette cathédrale est un des plus splendides de la Belgique. Il est immense. Les colonnes et les nervures ogivales sont du goût le plus pur et le plus exquis ; les vitraux, dont les sujets sont empruntés à l'histoire des ducs de Bourgogne , sont riches de couleurs et d'une conservation parfaite. Les galeries supérieures sont littéralement aériennes , et le tout ensemble forme un véritable chef-d'œuvre d'harmonie , d'élégance et de hardiesse. J'y ai admiré de belles sculptures gothiques. Elle n'est pas riche en tableaux. Un saint Jean au désert , très-beau de couleur et surtout de clair-obscur, est d'un maître inconnu, ou que du moins l'on n'a pu me désigner, mais qui est certainement un Espagnol. Il y a ensuite une Glorification de saint François que l'on me donne comme étant de Van Thulden; mais je n'en demeure pas convaincu. Le tableau n'est pas mauvais, au reste, et avec un autre, passable, d'un ancien directeur de l'académie montoise, il parfait h peu près tout le trésor artistique de cette belle église.
Sainte-Elisabeth, qui vient ensuite par ordre de mérite, est au contraire très-fantasque et très-avenante, extérieurement. La tour en est jolie et accidentée de toutes sortes de cloche-
tons et de caprices espagnols qui ressemblent beaucoup, comme dit le coloriste que nous avons cité plus haut, à des « broches de grosses pommes. » L'intérieur est moins brillant et d*un style très-composite : amalgame corinthien et ogival auquel n'a pas présidé un grand goût.
•. !IIasée. — Théâtre. — Hôtel de vtUe. -- Carillon,
Il y a un musée à Mons : il n'est pas riche. On m'y a montré deux Jordaens très-douteux, un magnifique paysage de Deyunck , une copie du Valentin , un beau portrait d'un maître inconnu. Rien ne m'a frappé dans le reste.
On dit la salle de spectacle fort jolie : je ne l'ai pas vue, parla raison qu'il n'y avait point de troupe — pardon, — de société dramatique à Mons, quand je visitai cette ville.
La grande place est très-charmante et k peu près régulière. L'édifice principal en est, comme de raison,r hôtel de ville, un peu lourd, joli cependant, et rappelant singulièrement la Maison du roi à Bruxelles , celle où Ëgmont passa la nuit qui précéda sa mort. Il m'étonnerait fort que ces deux édifices ne datassent point du même temps. Tous deux portent la signature évidente des artistes du commencement du xvr siècle. Le beffroi, tout espagnol et flanqué aux quatre angles de ces espèces de joujoux k renflements ganglionnaires, qui imitent tantôt les poires, tantôt les pommes, tantôt les pots à eau comme k Dinant, ou les cloches comme k Andennes, carillonne un peu trop souvent le même refrain. Quand j'étais à Mons, c'était la polka dont il me régalait de quart d'heure en quart d'heure. La première polka me fut fort agréable ; la seconde un peu moins, la troisième pas du tout. A la dixième , je me tamponnai les oreilles et m'écriai furieux comme Mme Jourdain, sauf nuance : « Oui, vraiment, nous avons fort envie de danser; fort envie de danser nous avons!»