VI. — LES RELATIONS EXTÉRIEURES
Vu la petitesse de son territoire et l'intensité de sa production industrielle, le Grand-Duché ne peut pas vivre isolé. Il faut qu'il atteigne les marchés extérieurs, soit pour acheter ce qui lui manque, houille, coke, minerai, tissus, machines, tabac, peaux, denrées coloniales, soit pour vendre ce qu'il a de trop, fonte et acier, minerai, bétail, beurre, écorces, gants, cuirs. Il ne peut trouver ces marchés que chez les grandes nations dont les territoires l'étreignent. Mais il ne fut pas libre de choisir. Par la force des choses, selon que la prépondérance matérielle se trouvait à l'Est ou à l'Ouest, il dut s'orienter vers l'Est ou vers l'Ouest.
En 1914, lorsque la Grande Guerre éclatait entre les puissances centrales et les puissances occidentales, le Grand-Duché formait une véritable dépendance économique de l'Empire allemand. Depuis 1842, il appartenait à l'Union douanière allemande (Zollverein) ; il avait, par le même tarif douanier, ses destinées économiques liées à l'économie allemande. Ce régime avait des avantages pour le pays. Le produit des douanes attribué au Grand-Duché sur les recettes du Zollverein formait plus du quart des recettes du budget grand-ducal. Les quatre cinquièmes de son commerce extérieur se faisaient avec l'Allemagne; la monnaie courante était la monnaie allemande. Les capitaux allemands dominaient la sidérurgie. Les chemins de fer luxembourgeois, qui jusqu'en 1871 avaient été affermés à la Compagnie de l'Est française, furent rattachés en 1872 au réseau de l'Alsace-Lorraine devenue allemande, et administrés de Strasbourg. La mainmise allemande s'étendait chaque jour; brevets d'invention, sociétés d'assurances, journaux, commis-voyageurs, tout venait d'Allemagne.
La victoire des puissances occidentales en 1918 a rompu les liens économiques qui unissaient le Luxembourg au Reich. Tourné jusqu'alors vers l'Est,