AUTOMNE
Eh bien ! cher Marcien , du sort de mon époux Aucun indice encor n'est venu jusqu'à nous? Chaque instant voit s'éteindre un reste d'espérance. On se tait, et j'entends ce funeste silence.
MARCIEN
Je connais vos tourments, madame ; votre cœur
Presse le cours du temps , si long pour la douleur.
Cette ame que l'attente inquiète et dévore
Réalise les maux quelle redoute encore;
Quand le présent vous livre à des malheurs certains ,
Osez ù rav(*nir conher vos destins;
Songez qu'en ce moment pour réparer nos pertes
Il nous montre à-la-fois mille routes ouvertes;
Votre époux confondra vos cruels oppresseurs, Sa gloire, un peuple entier, seront ses défenseurs.
ANTONINE
Le peuple ! ah ! n'attends rien de sa lâche faiblesse !
Jouet des passions qui l'agitent sans cesse,
Esclave impétueux, prodiguant tour-à-tour
Ses dédains, ses respects, sa haine ou son amour;
Il adopte un héros, l'immole par caprice ;
Il pressait son triomphe, il presse son supplice.
Dans de vaines clameurs exhalant son courroux.
Ce peuple a dans les fers vu traîner mon époux ;
Crois-tu que, plus sensible au coup qui le menace.
Pour défendre ses jours il montre plus d'audace?