SCENE YI
ANTON I NE, I5ÉLISAIRE.
A N TON I NE
Bélisairc, un moment oubliant mes alarmes,
Je suspends mes douleurs, je fais trêve à mes larmes ;
Victime des fureurs d'un monstre couronné,
A la nuit, à l'oubli, vous êtes condamné.
Épouse, fille, ami, du coup qui nous rassemble
Frappés en même temps , nous périssions ensemble.
Powr adoucir nos maux et changer les destins,
Les dieux ont suscité l'ennemi des Romains :
Du jeune Thélésis votre fille est chérie ;
Il ignore le sang dont elle tient la vie :
Satisfait d'être aimé, sur son trône aujourd'hui
Son amour généreux l'appelle auprès de lui :
En connoissant par vous cet objet qu'il adore.
Jugez de quelle ardeur ses feux croîtront encore;
Jugez de quels serments il s'impose la loi...
Qu'il meure, le tyran !
Qu'il vive ! il est mon roi.
ANTONINE
Je no le connais plus , après un tel outrage :
Le malheur m'affranchit du plus lâche esclavage,
Et j'ai payé trop cher le droit de le haïr.
BÉLIS AIRi:.
Je puis ne plus l'aimer, mais non pas le trahir.
ANTONINK.
Le trahir ! est-ce vous dont la i-age envieuse Forma contre sa {gloire une trame odieuse? Est-ce vous qui, pour prix de trente ans de bienfaits , Avez payé ses soins du plus noir des forfaits ? Est-ce donc vous enfin dont la main meurtrière Pour jamais dans ses yeux éteijjnit la lumière?
Chère Antonine, hélas! que me proposez- vous? Qu'à ma fille, qui? moi ! je donne pour époux Un Bulgare, un des chefs de ces hordes sauvages • Qui sur l'empire en deuil promènent les ravages; Le fils d'un de q^s rois que mon bras a vaincus ? Je connais Thélésis, j'estime ses vertus, Mais jamais l'ennemi de Rome et de Byzance Ne peut de Bélisaire obtenir l'alliance.