‹ BélisaireChapitre 36 sur 75 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Qui fatignua mon cœur de sa {gloire importune , Et dont la renommée a rempli l'univers, Dans Byzance gémit sous le poids de ses fers. Je fus son prisonnier sur les rives de TEbre ; Et peut-être bientôt à ce guerrier célèbre Pourrai-je , en imitant sa générosité , Rendre à mon tour l'bonneur avec la liberté ! Hélisaire proscrit, ma victoire est certaine: Avec lui va finir la majesté romaine.

LÉON

Les transfuges romains , de tous côtés épars , Accourent à Fenvi sous vos fiers étendards.

THÉLÉSIS.

Rassemblée à ta voix leur troupe auxiliaire

Du Rbodope à l'Hémus fermera la barrière ;

Et lorsque l'ennemi , s'avançant au trépas ,

Dans ces longs défilés aura porté ses pas ,

Qu'ils descendent des monts , et resserrent l'espace

Où d'un dernier combat je lui laisse la place.

De l'enceinte de fer où j'enferme Narsès ,

Ce guerrier courtisan ne sortira jamais ;

Et la victoire même , espoir de l'imprudence ,

Ne saurait lui rouvrir la route de Bvzance.

D'une ligue terrible instrument et soutien ,

De cent peuples divers j'ai formé le lien :

Les nations du Nord , phalanges intrépides ,

Les Bulgares , les Huns, les Goths et les Gépides,

Contre nos ennemis marchent de toutes parts ;

Et pr. sentant par-tout la n^ovt à leurs regards ,

S'attachent sans relâche à leurs traces sanglantes. Vers le Bosphore en vain les légions tremblantes Conquèrent le chemin qu elles veulent s ouvrir ; Pour elles désormais vaincre est encor mourir.

LÉON

ISarsès, qui d'un retard sait tout ce qu'il doit craindre, Au combat dès ce jour-pcut vouloir vous contraindre. Et je crains...

THÉLÉSIS.

Totilla marche au-devant de lui ; Sur le revers des monts il l'attaque aujourd'hui.

LÉON

Mais César accouru , des champs de la Mésie Et s'avançant , suivi d'une troupe choisie , De votre propre armée a débordé le flanc ; Du haut de ces rochers on découvre son camp.

THÉLÉSIS.

Dans une heure j'y vole , et si l'on me seconde , Une nuit, un combat change le sort du monde. Rassemble sans tarder ces gueri-iers malheureux Qui, de la liberté défenseurs généreux.

Et du grand Bélisaire embrassant la querelle , Désertent ievn- patrie à sa gloire infidèle. Que leur troupe se joigne à ces braves Gaulois Qui composent ma garde et marchent à ta voix. Dis-leur que, pour former une plus forte chaîne. Dès ce jour Thélésis épouse une Romaine , Et quEudoxe, élevée au trône qui l'attend,

De mes bienfaits pour eux est le gage éclatant.

LÉON

Je désire, seigneur, cette noble alliance;

Mais craignez d'y placer trop tôt votre espérance ;

Vous ignorez encor quelle sévère loi

Impose à son amour...

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