ACTE III, SCENE VI
BÉLISyVIRE.
La reconnaissez-vous cette voix affaiblie Qui parlait à vos cœurs au nom de la patrie ?
VA LÉ RU s.
Le doute est une injure.
PHOCAS
Ordonne sans tarder.
Je l'accepte, Romains, ce droit de commander Oîi je fonde aujourd'hui ma dernière espérance; Mais j'exi{je lan garant de votre obéissance : Quelque hardi dessein qu'il vous faille accomplir, Soldats, sans hésiter, jurez de m' obéir.
VALÉRUS.
Nous le jurons par toi.
PHOCAS
Par toute la nature.
VALÉRUS.
En présence du dieu qui punit le parjure.
MARCIEN
Nos volontés, nos coeurs , nos bras te sont soumis.
TOUS
Que faut- il?
Me venger de tous mes ennemis.
TOUS
Nous sommes prêts.
Eh bien! vengez moi des barbares, Des Vandales, des Huns, des Perses, des Buljjares : Du sein du capitule évoqués en ces lieux, Écoutez , entendez vos illustres aïeux; C est leur sang généreux qui coule dans vos veines : Souvenez-vous des jours de Naples, de Ravennes; De ces jours oîx Carthage admirant vos exploits Revovait Scipion pour la troisième fois; Ce n était point jadis pour la cause d un homme Que s'armaient à l'envi les défenseurs de Rome : Ces fils de Romulus , ce peuple de héros , Habiles aux combats ignoraient les complots, Et ne s'informaient pas en admirant sa gloire , Si dans Texil Camille expiait sa victoire ; À l'aspect du danger toujours plus affermis, Vaincus, ils imposaient à leurs fiers ennemis : Par le triomphe seul , ils vengeaient leurs défaites. Voyez ce qu'ils étaient : voyez ce que vous êtes. De la patrie en deuil ardents persécuteurs , Sous l'abri de mon nom vous mettez vos fureurs ; Plus que moi vous voulez ressentir mon offense ; Mais vous ai-je chargé du soin de ma vengeance? Et quand j'ai mérité par trente ans de vertu L'amour de mon pays , pour qui j'ai combattu , Avez-vous dû penser qu'aigri par l'injustice , Des barbares du Nord je devinsse complice? Qu'écoutant les conseils d'une lâche fureur,