‹ BélisaireChapitre 67 sur 75 · ANTONINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

ANTONINE, EUDOXE

ANTONINE

Au comble du malheur nous voilà parvenues, Et du destin cruel les rigueurs inconnues, Quel que soit l'ennemi qui triomphe aujourdhui. Nous laisse sans espoir, sans secours, sans appui. Quels vœux puis-je former dont le succès impie N'ajoute à tant d'horreurs dont mon anie est remplie? (^uel prix espères-tu des triomphes nouveaux Que ton génie encor promet à tes bourreaiLx,

Bélisaire? veux-tu lasser leur indulgence? N'es-tu pas satisfait de leur reconnaissance ? Et de Justinien les augustes bienfaits Peuvent-ils ajouter aux présents qu'il t'a faits? Vertueux insensé ! quelle triste démence T'arme contre un héros qui prenait ta défense, Et d'un rêve d'orgueil enfantant les desseins Te range du parti de tes vils assassins !

E u D O X E , allant vers le fond de la scène. Quel spectacle , grand Dieu ! tous mes sens en frémissent ; D'armes et de soldats les rochers se hérissent : Les voyez-vous?

ANTONINE

Tes pleurs, tes cris sont superflus.

EUDOXE

Ciel, protège mon père !

ANTONINE

Il ne nous connaît plus :

Désormais insensible à la voix la plus chère, Il brise tous les nœuds et d'époux et de père.

EUDOXE

Ah ! loin de l'accuser en ce jour de terreur. Invoquons pour lui seul un Dieu consolateur; Et croyons qu'à sa gloire, à nos larmes propice...

ANTONINE

Ta prière, ma fille, accuse sa justice : Tj'innocence gémit; le crime vit en paix, Il frappe Bélisaire, il épargne Narsès.

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