ACTE V, SCENE VU. 8i
Déjà nous franchissions les lignes des Barbares;
Déjà la mort volait aux tentes des Bulgares.
À notre seul aspect de terreur abattu
Tout fuyait ou mourait sans avoir combattu ,
L'aigle victorieuse allait saisir sa proie :
Mais Thélésis accourt, et devant nous déploie
Des Scythes indomjités les escadrons nombreux,
L'essaim des ftigitil.s se rallie autour d'eux :
Une lutte inégale au même instant s'engage,
Et le nombre bientôt accable le courage.
Résolu de mourir dans ce dernier effort.
Chacun ne songe plus qu'à signaler sa mort :
Quel Dieu nous apparaît sur ce mont solitaire;
Quel cri frappe les airs? Romains, c'est Bélisaire !
Il agite à nos yeux le casque du guerrier
Où la gloire attacha son immortel laurier:
Vous eussiez vu soudain, à ce signal terrible.
Nos soldats enflammés d'un courage invincible,
La foudre dans les yeux et le glaive à la main.
Vers leur chef adoré se frayer un chemin :
Près de lui rassemblés en montagne mouvante,
Compagnons, leur dit-il d'une voix éclatante,
Je vous vois, et vos cœurs vous répondent du mien;
Vous combattez pour Rome et pour Justinien,
La victoire est à vous; je l'entends qui vous crie .
Si vous êtes Romains, César et la patrie !
A ces mots glorieux mille fois répétés.
Les glaives tout sanglants dans l'air sont agités;
Nos guerriers, dont sa voix dirige la furie, S élancent en criant : César et la patrie ! Et dix mille Romains, avides de trépas , Présentent la bataille à cent mille soldats : De ce grand mouvement que le héros dirige Que ne puis-je à vos yeux retracer le prodige : Bélisaire, au milieu d'un bataillon sacré, De ses vieux compagnons pas à pas entouré, Partageait le terrain et mesurait Tespace; Par-tout à la victoire il assigne sa place: Elle hésite un moment entre ses favoris. Comme un torrent fougueux s'avance Thélésis. Les Romains ont frémi d'un choc irrésistible, Ils vont fuir; Bélisaire, avec un cri terrible : Honte à qui m'abandonne ! il dit, et le premier Dans les rangs ennemis il pousse son coursier. Nous volons sur ses pas d'une ardeur unanime. Chacun est emporté dans cet élan sublime; Les Bulgares rompus, à nos fougueux efforts , Déjà n'opposent plus que des monceaux de morts ; « Seuls alors les Gaulois redoublent de furie , « Le vainqueur vainement leur offre encor la vie : Cl Un dernier cri de gloire annonce leur trépas: .< llr. meurent les Gaulois, ils ne se rendent pas. » (i)
(i) Ces quatre vers, marqués d'un puilleniet, sont les seuls tlont les censeurs avaient demandé la suppression dans leur premier rapport.'
Sur ce théâtre affreux d'horreur et de carnage, Du chef des ennemis Finvincible courage Brave seul une armée et combat pour mourir.
EUDOXE
Oh, ma mère...! il n'est plus!
TIBÈRE
Thélésis va périr; De ce dernier espoir sa grande ame est frappée : Rélisaire paraît... il remet son épée.
EUDOXE
Mon père est triomphant! Thélésis voit le jour!