‹ Bellême sous Louis XIIIChapitre 9 sur 9 · MAINTENON · texte numérisé non relu

MAINTENON

Le nom de la Reinière n'est pas prononcé dans la lettre précédente ; mais il est permis de croire qu'elle lui était adressée. Deux mots de la lettre : « comme aussy vostre valeur et vos services le méritent » sa longue possession par la descendance de la Reinière, fortifient cette présomption. On doit croire que René avait demandé quelque faveur au Roi

et qu'il avait rendu Madame de Maintenon l'intermédiaire de sa demande ; la faveur sollicitée n'avait pas été repoussée, appuyée qu'elle était par une main si habile et si puissante. Le style de Madame de Maintenon est d'une grâce parfaite ; son langage est plus réservé que ne le désire notre naturelle curiosité ; nous voudrions avoir le secret de plus d'un mystère que laisse prévoir cette lettre ; mais force est bien de nous arrêter aux limites de la probabilité et du désir déçu.

Ici s'arrête la correspondance royale avec René de la Reinière, gouverneur de Bellême. En cette année 1652, René n'avait pas moins de quarante-deux ans de gouvernement. Il était donc en pleine vieillesse et presque au terme d'une vie qui ne tarderait pas à s'éteindre. Le Roi, jeune, entrait dans sa majorité ; il commençait ce règne vigoureux, si brillant dans ses premières années (les faveurs de la fortune sont pour la jeunesse) sous la direction d'un ministre qui réussit enfm à faire rentrer les chefs séditieux dans le devoir et imposer silence aux partis. Il ne devint plus nécessaire de faire appel au dévouement de la Reinière qui s'éteignit dans le calme de la prospérité publique, compagne fidèle de l'ordre. René mourut sans enfants mâles, et nul de sa famille portant son nom n'occupa le poste élevé de gouverneur de Bellême. Le nom de la Reinière ne fut cependant pas éteint et supprimé de l'histoire Percheronne ; il brilla dans plusieurs occasions qu'on trouve relatées dans de simples notes annexées à la correspondance du gouverneur de Bellême ; ainsi en l'année 1670, 30 octobre, un certificat de Latouche, capitaine d'infanterie au régiment de l'amiral de France, atteste que les sieurs de la Reinière et de Fontenay, tous deux frères cadets, « dans la compagnie « ont bien servi huit mois, faisant gardes, factions, rondes « et patrouilles sans y avoir nullement manqué. »

Plus tard, est un laisser passer à M. de la Reinière qualifié lieutenant au régiment de Navarre.

1703, 23 mai, est un ordre du roi de faire reconnaître capitaine la Reinière au régiment de Navarre, comme chef de la compagnie de grenadiers dudit régiment, vacance à la suite de la promotion du capitaine Colambert.

En 1708, 10 juillet, commission de la garde du château de Saint-Rémi et de la partie qui est voisine des lignes de Weissembourg à M»', de la Reinière ci-devant commandant au réduit de Landau.

La commission est accompagnée de lignes les plus flatteuses pour l'impétrant « se confiant particulièrement dans la « valeur, courage, expérience de la guerre, autorité, con- « duite, zèle, fidélité et affection à son service.

1712, 18 août, prolongation de congé (ici congé synonyme de service) au sieur de la Reinière commandant du château de Saint-Rémy de Weissembourg.

1713, 24 août, commission de commandant au réduit de Landau pour trois ans en l'absence et sous l'autorité du gouverneur, au sieur de la Reinière, cy-devant capitaine de grenadiers au régiment de Navarre.

A partir de cette année, on perd de vue ce vaillant homme qui porta si bien le nom des deux gouverneurs de Rellème, ses aïeux. Les hasards de la guerre sont pleins de chances fatales. On avait traversé la fin du règne de Louis quatorze, où les fautes politiques se multipliaient ; où la royauté expiait par de déplorables désastres ses coupables prétentions de domination et de conquête ; où la France subissait les misères et les calamités de toutes sortes attachées à un règne qui ne fut pas sans éclat à son époque de maturité, mais qui manqua presque toujours à la mission humanitaire, le bonheur du peuple. Ce jugement, qui est celui de Fénélon, de Vauban, des plus sages hommes de l'époque qui aimaient

le peuple, a sa confirmation dans un document propre à notre pays et que nous transcrivons pour l'instruction du lecteur parcequ'il est rare et difficile à se procurer. Un placard imprimé à Paris par les soins d'un comité de charité sous le titre : Nouvel advis important sur les misères du temps, porte.... Le Perche est « en pareille misère, car dans « la seule ville de Mortagne et dans sa banlieue on y compte « plus de quinze mille pauvres dont un grand nombre meurt « tous les jours et le curé de Saint- Victor entr'autres va « ramasser leur corps le long des hayes.

Ce document qui n'est qu'un court extrait du placard mérite bien n'être pas perdu.

Revenons au sujet principal : un instant nous perdrons de vue les de Fontenay de la Reinière ; à vrai dire le nom de la Reinière ne reparaît plus ; le nom patronymique de Fontenay se reproduit seul dans ce récit qui pourra être prolongé, grâce à quelques recherches. Si le désordre républicain n'eut pas supprimé une grande partie des archives municipales, il est probable que nous eussions pu suivre en totalité cette longue histoire d'une famille. Consolonsnous ; la chaîne ne sera qu'un instant interrompue ; les la Reinière se perpétuent dans une de leurs branches, les de Fontenay de Bellême ; la filiation est René de Fontenay, puis Louis de Fontenay, et Louis-René de Fontenay. De ce dernier naquit en 1721 Piere-Jean du Vauhernu, qualifié de marquis de Fontenay. Mieux que marquis, celui-ci fut capitaine aux grenadiers de France de la maison du roi avant la bataille de Fontenoi où il combattit ; chevalier de Saint-Louis et capitaine aide major de l'école royale militaire en 1773.

En même temps que de Fontenay remplissait ses devoirs militaires, il ne négligeait pas ses devoirs de citoyen. Son nom est prononcé dans une délibération municipale de

Bellême du 29 février 1776, à l'occasion de l'administration des rentes destinées aux aumônes de la ville. Dans cette délibération on acquiert la preuve du cas que Louis XIV avait fait de nos libertés municipales. Le suffrage universel appliqué à la gestion des affaires publiques avait été supprimé ; Louis XV suivait les errements de son aïeul : « même il ne « peut plus y avoir d'assemblée générale des habitants, dit « le chancelier de Maupou, dans sa lettre du 15 février, « datée de Versailles, lesquels sont valablement représentés « par les notables élus par les députés de tous les corps, « c'est aux notables à nommer dans leurs assemblées, les « deux habitants qui doivent administrer conjointement avec « vous le procureur du roi, et les deux curés, les parties « des rentes en question. »

Or, puisque le nom de notables se trouve sous la plume, le lecteur aura peut-être le désir d'être instruit sur la formation du corps des notables. La connaissance s'en trouve dans une délibération municipale ainsi conçue :

22 novembre 1773.

« Devant nous Berthereau, etc à l'effet de procéder à

la nomination des notables dont doit être composé cet hôtel de ville, pour remplacer ceux qui sont décédés, dont le temps est expiré, ou enfin ceux dont les places sont vacantes pour leur promotion aux places de conseillers et échevins, sont comparus les députés cy après nommés ; savoir : pour l'état ecclésiastique M^ Larchevèque curé de St Sauveur; pour le siège de la maîtrise des eaux et forêts, Charles Delavie maitre particulier honoraire de la dite maîtrise ; pour le siège de l'Election, De la Garenne ; pour les chirurgiens, Binoit, lieutenant de M'" le premier chirurgien du roi ; pour les marchands d'étamine, Petibon ; pour les épiciers et merciers, Goilard ; pour les aubergistes, Gautier ; pour les menuisiers, tourneurs, Rufré ; pour les laboureurs. Bru ;

pour les maréchaux et bourreliers, Angeard; pour les tireurs d'étain, Albourg ; pour les sergens, Massart ; tous les quels députés en se conformant à l'édit de mai i 765, et en conséquence de la décision du ministre à nous adressée par M"" l'intendant, au désir de sa lettre du 17 mars dernier, ont procédé entre eux, par la voie du scrutin, à la nomination de dix notables ; et après que la pluralité des voix est tombée, savoir : pour l'état ecclésiastique, M"" Larchevèque ; pour la noblesse, M'' de Tascher ; pour les officiers du baillage, M"" Lancelin; pour les autres juridictions royales de cette ville, M'' Lavie, fds; pour la classe des commensaux, avocats, médecins, et bourgeois vivant noblement, M""* Guillin, Petibon ; pour la classe des marchands, négociants, et chirurgiens, i\î>« Binoit et Billard; pour la classe de artisants et laboureurs, les sieurs Ruel, tapissier et Bru, laboureur ; et après que la voix est tombée sur les dits sieurs, avons décerné acte, en présence du procureur du roi, etc.

Ainsi qu'on le jugera par ce document, le rouage municipal était fort compliqué ; les corps des métiers nommaient des députés ; ceux-ci nommaient les notables ; lesquels à leur tour choisissaient leurs officiers. Le maire était élu par le roi sur une triple présentation adressée par le corps municipal.

Le précédent procès-verbal sera encore bon à faire connaître de quels éléments était constituée la société de Bellême.

C'est vers cette époque, paraît-il, que de Fontenai prit sa retraite pour venir demeurer à Bellême, rue Ville-Close, près le mur de fortification ; car nous le voyons soumis à une élection du 24 février 1773, où, au conseil des notables, il est nommé notable lui-même pour remplacer une vacance. Dans ce procès-verbal de délibération, de Fontenay est porté

avec le simple titre de chevalier ; sans doute chevalier de Saint-Louis, faut-il interpréter.

De Fontenay avait servi son pays par l'épée ; il continuera à le servir autrement en se posant sur le terrain municipal. Le dévouement civil honore autant que le dévouement militaire.

Cette vie utile sera l'objet d'une autre publication.

Mameus. - Imp. Jules Fleury. — 1870.

La Bibliothèque Université d»Ottawa Echéance

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