‹ Bellini, sa vie, ses œuvres;Chapitre 4 sur 11 · LE GÉNIE DE BELLINI · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DE BELLINI

Lorsque Bellini prit rang, après la représentation du 'Pirate^ au nombre des compositeurs dont s'enorgueillissait ritalie, si riche sous ce rapport depuis environ deux siècles, la scène lyrique était occupée dans ce pays par un groupe de jeunes musiciens qui semblaient donner pour l'avenir plus que des espérances, et dont un seul,

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cependant, Fauteur futur de Don Pasquale et de Lucia di Lammermoor^ devait parvenir à la célébrité.

Je ne parle pas dé Rossini, qui, dans un espace de quinze ans, avait, grâce à son admirable génie, trouvé les moyens de régénérer Tart et de bouleverser l'Italie musicale, et qui d'ailleurs avait abandonné sa patrie pour la France, où il trouvait encore de rudes combats à livrer; je ne parle pas non plus de Paër, qui s'était aussi réfugié à Paris, mais qui y vivait en paresseux et n'y produisit que deux ouvrages peu importants.

Paisiello, l'auteur du premier Barbiere, le créateur divin de la Molinara et de Nina^ pa\!{a per amore^ était mort depuis longtemps déjà ; Valentino Fioravanti, le peintre bouffon d'i Virtuosi ambulanti et des Cawtatrîce villane^ s'était retiré de la carrière; enfin Generali était épuisé, quoique jeune encore, et n'éprouvait plus que des revers, tandis que Morlacchi, fixé depuis longues années à Dresde, où il était maître de la chapelle du roi de Saxe et chef de l'orchestre du Théâtre-Royal, ne revenait que de loin

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en loin dans son pays pour y produire un opéra nouveau, et s'en retournait aussitôt.

Toute une génération artistique nouvelle, s'élevant sur les ruines de Tancienne, s'apprêtait donc à jeter un dernier éclat sur cette incomparable école ultramontaine qui devait ensuite s'éteindre, ne léguant à l'avenir qu'un seul génie original et vigoureux, génie inégal, un peu sauvage et parfois désordonné, mais réel et puissant, et destiné à briller comme un météore dans une nuit obscure. J'ai nommé Verdi, auquel les imitateurs sont loin de faire défaut, mais qui semble malheureusement rester le dernier de sa race et ne devoir laisser aucun successeur.

Tous les artistes qui composaient ce dernier groupe resté célèbre avaient déjà fait leurs premiers pas, et plus ou moins es^ compté l'avenir. Pacini, le producteur insatiable, avait donné la mesure à peu près exacte de son talent et de sa fécondité désastreuse, à l'aide de quinze ouvrages, parmi lesquels Adélaïde e Comingio^ il Barone di Dolsheim, la Gioventù d'Enrico V, et /'«/-

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timo Giorno di Pompei avaient obtenu de grands succès; on lui reconnaissait une grande faculté d'inspiration, beaucoup trop d'abondance, et une nullité fâcheuse dans la mise en œuvre. — Mercadante, artiste, au contraire, très-instruit, imitateur souvent heureux de Rossini, péchant parfois du côté de l'inspiration, s'était pourtant affirmé par quelques partitions vraiment remarquables, Vtolens[a e Costan\a, Anacreonte in Samo, Elisa e Claudio^ Didone^ gli Amici di Siracusa, et par une doussaine d'autres ouvrages moins réussis. — En attendant ses chefe-d'œuvre magnifiques, Donizetti avait écrit déjà une vingtaine d'opéras, parmi lesquels s^étaient justement fait remarquer Enrico di Borgogna et // Falegfiamê di tivonia^ mais qui ne faisaient point présager l'homme de génie qui devait se révéler plus tard^ le Créateur admirable (ÏAnfia Bolèna^ de Pafîsina^ de Lucre:{ia Rorgia^ de la Lucia^ de Maria Padilla, de Linda di ChamoUniX et de Maria di Rohan. — Enfin j Luigi Ricci (son frère Federico ne parut au théâtre qu'en i835) avait débuté par

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cinq ou six partitions plus ou moins bien accueillies, et Vincenzo Fioravanti, le fils de Valentino, avait fait représenter Pulcinella molinaro^ Robinson Crusoe, il FoU letto innamorato, il Cieco del Dolo, i Due Capotait et quelques autres ouvrages (i).

(i) La notice que M. Fétis a consacrée à Vincenzo Fioravanti dans sa Biographie universelle des Musiciens est composée de dix-huit lignes, et contient à peu près autant d'erreurs que de mots. Voici, par exemple, un échantillon de son exactitude. M. Fétis affirme, avec son aplomb habituel^ que cet artiste est né a vers 1810, » et que son premier ouvrage, représenté à Naples en i83i, est la Portentosa Scimia, Or^ et d'après des documents italiens irréfutables, notamment d'après une notice intéressante publiée récemment par le journal de Trieste la Scena, Vincenzo Fioravanti est né à Rome le 5 Avril 1 799 ; son premier opéra, Pulcinella molinaro, fut donné au théâtre San-Carlino, de Naples, en 18 19, pour les débuts du célèbre et regretté Lablache, et enfin, en i83i, date fixée par M. Fétis comme date de la représentation de son premier ouvrage, cet artiste en avait produit environ une dizaine. Quand on est si mal informé que l'est neuf fois sur dix M. le directeur du Conservatoire de Bruxelles, on n'afiSrme pas d'une façon si pédante et on ne se mêle point de régenter les autres.

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Lors donc qu'en 1827 la personnalité de Bellini surgit tout à coup, brillante et vivace, par la représentation du Pirate^ sans avoir été annoncée par les tâtonnements ordinaires, puisqu'il n'avait donné précédemment qu'un seul opéra, Bianca e Gernando^ les artistes et le public comprirent qu'il fallait compter avec ce nouveau venu, qui se présentait d'une façon si insolite, et d'emblée emportait le succès.

On se laissa- d'abord, et sans marchander, entraîner par le plaisir que l'on éprouvait; c'est d'ailleurs l'habitude, au-delà des monts, où Ton ne réfléchit guère en matière de beaux-arts. Bientôt, cependant, on chercha à se rendre compte des causes qui avaient pu produire un effet si peu commun, et Ton se demanda comment il pouvait se faire qu'un si jeune artiste eût atteint de prime-saut, sans lutte, comme Rossini, sans chutes préalables, comme tant d'autres, ce but tant recherché de tous : le succès.

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On n'eut pas besoin de se dgnner beaucoup de peine pour comprendre que la suavité molle et pénétrante de ses cantilènes, la jeunesse et la fraîcheur de ses mélodies, la sensibilité, la tendresse et la sincérité d'accent déployées par le jeune musicien, nonseulement avaient rendu son succès probable, mais l'avaient assuré d'avance. Car toutes les fois qu'un artiste plongera dans Tâme de ses juges, toutes les fois qu'il trouvera le moyen de les émouvoir et de toucher leur cœur, il sera certain de les entraîner à sa suite et de s'en faire autant de partisans. C'est ce qui ne pouvait manquer de se produire pour Bellini, car j'ai déjà fait remarquer qu'il était lui-même du premier coup, que sa science, nulle à l'aurore de sa carrière, ne l'était guère moins par la suite, tandis que les qualités primitives et spontanées qui constituaient son génie, — l'instinct du drame, la générosité de l'inspiration, le sentiment des exigences scéniques, — ces qualités, dis-je, il les avait possédées dès l'abord et dans leur entier.

Bellini, d'ailleurs, se connaissait lui-même

et n'était pas homme à entreprendre une lutte quelconque, sur un terrain désavantageux, avec des rivaux qui eussent pu être plus ou moins bien doués que lui, mais dont la supériorité pratique eût été évidente.

Qu'il s'en rendît compte ou non, il comprenait parfaitement qu'il ne possédait ni l'abondance — stérile, mais effective — de Pacini, ni le savoir et la vigueur de Mercadante, ni le souffle entraînant et le tempérament plein de grandeur de Donizetti, ni enfin la verve et Tefflorescence de Luigi Ricci ou de Fioravanti. Il agit donc en conséquence, et n'essaya point d'imiter personne, sachant que par lui-même il était inimitable. Il eut le tort sans doute de ne pas chercher à parfaire une éducation restée par trop incomplète; mais il ne s'agissait là que d'un fait matériel, et quant à ce qui est de l'art pur, il demeura sagement /wz, sciemment, volontairement et de parti pris. C'est ce qui lui donna, dans le cours de sa carrière courte et peu productive, une supériorité véritable sur ses émules, en ce sens qu'il frappa droit au but et sans tergiverser; c'est aussi sans

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doute ce qui, par la suite, fût devenu fetal pour lui, par la raison qu'il se trouvait dans rimpossibilité de renouveler son style, de le fortifier pour le moins, et de modifier des procédés peu audacieux, il faut l'avouer, et par trop élémentaires.

Bellini, en un mot, était plus poëte (i) que musicien, en ce sens que ses œuvres brillent beaucoup plus par le sentiment, la tendresse et la passion que par la main, la facture et le procédé. Il avait le génie^ produit de la nature, qui fait les grands artistes, mais il n'avait pas le talent, résultat du travail humain, sans lequel il n'est guère de

(i) Un critique italien très-compétent, qui est en même temps un compositeur distingué, M. d'Arcais, feuilletoniste musical du journal VOpinione, a caractérisé un jour Bellini en l'appelant ; il Petrarca délia musica. On ne saurait mieux dire.

grandes œuvres. Aussi, quelle que soit la, valeur assurément fort remarquable de quelques-uns de ses opéras, peut-on dire qu'il n'a point laissé une de ces productions colossales qui illuminent Tart et en reculent les bornes, comme Alceste, Don Juan, le Freischtits;^^ Guillaume Tell ou le Pré aux Clercs, un de ces spécimens merveilleux qui caractérisent ,une époque et marquent un jalon dans la marche incessamment progressive de l'art.

Et ce qu'il y a de singulier, c'est que c'est l'absence même de toute originalité qui lui en créa une véritable. Cette ignorance, si complète chez lui, des règles théoriques et des ressources qu'un artiste habile peut en tirer, cette absence presque absolue de savoir, ce dédain naïf et pourtant presque affecté de la forme, ont été justement cause qu'il se créa une forme toute particulière, gauche, lâche, sans mouvement et sans relief, mais par cela même essentiellement personnelle.

Son harmonie, malgré l'emploi assez fréquent des retards et des dissonances, est pauvre et malingre, dans un temps où des mu-

siciens immortels tels que Weber, Hérold et Meyerbeer, poussaient si loin cette science longtemps méconnue ou négligée par de grands artistes, notamment par Monsigny et Grétry. Son instrumentation, véritablement enfantine, produit tout l'effet d'un anachronisme, à une époque oti Rossini venait d'opérer des prodiges sous ce rapport et d'élargir considérablement le domaine dç l'art (on se rappelle que Berton, outré de Tampleur que l'auteur du Barbier avait su donner à son orchestre, et ne la comprenant pas, avait trouvé spirituel de lui donner le sobriquet de il signor Vacarmini), Enfin, la facture de ses morceaux serait ridicule si elle n'était soutenue par la fraîcheur et la nouveauté de l'idée musicale, et pourtant Bellini avait des modèles incomparables parmi ceux qui l'avaient presque immédiatement précédé et dont chaque jour il entendait les œuvres : Guglielmi, Paisiello, Paêr, Cimarosa, et tant d'autres.

Eh bien, ces défauts énormes, dont un seul eût suffi pour écraser un compositeur vulgaire, un artiste sans consistance, Bellini

se les faisait pardonner, — que dis-je! — parvenait à les faire oublier à l'aide des seules qualités de son âme et de son imagination, des trésors inépuisables qu'il tirait de son cœur et de son cerveau.

Ces suites d'accords mal combinés et mal amalgamés, ces modulations sans saveur et sans relief, cette orchestration presque toujours plaquée, du milieu de laquelle ne surgit aucun effet particulier de sonorité, où les instruments à vent sont toujours noyés et oti on ne distingue que d'insupportables et éternelles batteries de violons (surtout la pauvreté des accompagnements des andante, trèsnombreux chez Bellini, et qui se résument ainsi : pi:(^{icati en triolets par les seconds violons et tenues par les altos), ces périodes souvent courtes, hachées comme à plaisir et mal soudées les unes aux autres, cette structure uniforme des morceaux oîi aucune nouveauté, aucune hardiesse ne se fait jamais sentir, tout cela disparaît, je ne dirai pas devant la splendeur de l'inspiration, mais devant la justesse de la pensée musicale appliquée au sentiment qu'elle doit exprimer.

devant la distinction de la phrase mélodique, devant la vérité de la déclamation, devant la pureté, la grâce et la tendresse des cantilènes, et surtout devant cette admirable faculté que l'on pourrait appeler « la raison dramatique, » que Bellini possédait à un si haut degré, et qui était fécondée chez lui par une intelligence supérieure.

Et cependant, non-seulement Bellini est un harmoniste presque nul (car certaines trouvailles heureuses, comme celle que Ton peut signaler dans le beau quatuor des Puritains, ne constituent pas le savoir), mais c'est un mélodiste très-faible sous le rapport de Vattache, de la succession des idées. Adrien de la Fage l'a très-justement fait remarquer en de fort bons termes. — « Voyez, dit-il, en quoi consiste le mérite de ses idées mélodiques : dans une pensée unique de huit, de quatre, de deux mesures, qui ne recevra, le plus ordinairement, ni complément, ni développement; elle restera nue, isolée, sans autre point d'appui et de jonction que les paroles qui l'ont inspirée; elle n'aura ni nuances, ni gradations : elle ne sera ni su-

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blime, ni pompeuse; quelquefois même on pourra lui trouver de la trivialité ; mais tous ces défauts, elle les rachètera par une qualité inappréciable, la justesse, la vérité. L'expression musicale, chez Bellini, ne vous apparaîtra que ce qu'elle est réellement en luimême; quel que soit le personnage qui doive rendre son idée, le musicien ne saura jamais Tempreindre d'un grand caractère; il ne veut'grossir ni sa voix, ni celle de ses héros. Cette pensée musicale, qui est tout pour lui, il vous la donne telle qu'elle est, telle qu'elle s'est offerte d'abord, et telle qu'il l'a sentie ; il vous faut la sentir comme lui, et vous croiriez qu'elle vous appartient, car le compositeur ne l'a séparée de vous que par un cristal transparent, qui, sans lui apporter la moindre altération, sans la grossir ni l'amoindrir, la laisse simplement briller de son propre éclat. »

Peut-être, en ce passage, le blâme est-il un peu forcé, et pour ma part je ne saurais admettre le reproche de trivialité adressé à Bellini, Mais plus loin, le critique est dans la vérité la plus exacte, lorsqu'il vante la

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sensibilité dont sont empreints les chants du compositeur : — « Prenez, dit-il, prenez au hasard quelqu'une de ces pensées devenues populaires, telles que Vieni tu meco, o misera! -^ Sopra il sen la man mi posi, — Prendi^ Vannel ti dono, — Norma de^ tuoi rimproveri^ — In mia mano al fin tu sei^ et plusieurs autres; et, pour peu que vous ayez d'âme, essayez de les chanter en y mettant un peu d'intention. Je vous plains . si vous n'en sentez pas le mérite... y>

Ces paroles me semblent réfuter par avance et victorieusement certaines critiques qui se sont produites depuis, et parmi lesquelles je me bornerai à citer ce passage d*un feuilleton publié récemment par M. Fétis fils dans Y Indépendance belge, à propos d'une reprise du chef-d'œuvre de Bellini, la Sonnambula :

S'il y ?L, dit le critique^ des opéras qui semblent défier l'action du temps et paraissent destinés à conserver une éternelle fraîcheur, il en est d'autres qui vieillissent prématurément, A ce compte, la Sonnambula est centenaire pour le moins. Quelques jolis motifs, quelques phrases empreintes de sentiment

ne compensent pas l'extrême pauvreté de la forme. Rien de plus maladroit que les agencements harmoniques^ de plus maigre et de plus gauche que l'instrumentation de cette partition. Modulations^ sonorités , combinaisons rhy thmîques , tout y est d'une indigence affligeante. Grétry, qui avait si peur de placer le piédestal dans l'orchestre^ et qui d'ailleurs aurait été fort embarrassé de s'y prendre autrement qu'il ne le faisait, était un puits de science en comparaison de Bellinî. Son instrumentation était £aible^ mais elle s'adaptait au chant du moins^ tandis que dans la Sonnambula il n'y a pas un accord qui se lie à la phrase mélodique, qui la soutienne et qui la complète.

Nous ne sommes point partisans du développement excessif delà forme, nous ne voulons pas que l'orchestre écrase les voix^ et que les combinaisons instrumentales absorbent l'attention au détriment de la scène; mais nous ne pouvons pas admettre que le compositeur se montre ignorant des règles de son art, et s'imagine qu'il suffise, pour faire un opéra, d'avoir des inspirations mélodiques. On n'est pas un peintre pour savoir inventer un sujet et agencer une composition, il faut encore posséder la pratique du crayon et du pinceau. — XX. (Indépendance Belge,)

Bornons-nous à signaler une tendance fâcheuse et dont les résultats seraient déplorables. Ne nous lassons pas de le dire : en

matière d'art, le sentiment, la sensation priment la réflexion. C'est pourquoi nous préférerons toujours l'idée à la forme, tout en donnant nos sympathies les plus complètes aux œuvres dans lesquelles un juste équilibre donnera place à l'une et à l'autre, et où aucune ne sera sacrifiée.

Il est certain que le reproche formulé par Adrien de La Fage est parfaitement fondé, et que Bellini ignorait absolument l'art de se servir d'une idée, d'en tirer tout le parti possible, de lui faire produire tous ses développements.

Et, à ce propos, quelques réflexions sur le savoir musical, et par conséquent sur le style, ne seront peut-être pas superflues.

Les gens naïfs qui s'amusent à railler les musiciens savants ou ce qu'ils appellent tels, — car bien souvent ceux-là font comme le singe de la fable, qui prenait le Pirée pour

un homme, — ne se doutent pas que c'est précisément à cette science, dont ils font si peu de cas, qu'ils doivent quelques-unes de leurs plus vives jouissances. L'essentiel, en musique, n'est pas d'avoir incessamment des idées (à ce compte, on verrait des artistes de quatrième ordre primer des hommes de génie), mais bien de savoir les mettre en œuvre, et le compositeur qui présenterait constamment des phrases mélodiques nouvelles, qui ferait succéder sans relâche les périodes aux périodes, conduirait rapidement ses au* diteurs à la satiété, quelque heureusement d'ailleurs qu'il fût inspiré.

Le grand art, au contraire, Fart vrai, l'art difficile, mais infaillible en ses résultats, consiste dans le talent que l'artiste peut déployer en ce qui concerne le développement d'une formule mélodique heureuse et une fois adoptée. Après l'avoir fait entendre d'abord dans son entier, en avoir fait apprécier la grâce, la valeur et l'élégance, il la laissera s'échapper un instant, puis, à l'aide d'un artifice ingénieux, la ramènera dans une tonalité nouvelle, à la grande joie de Taudi-

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teur attentif. Lorsqu'il pensera qu'une voix a suffisamment fait usage de ce motifs il le fera passer à une seconde, qui le mettra en relief de nouveau, puis, le faisant émigrer dans Torchestre, il le distribuera successivement à l'un ou à l'autre des instruments, soit en en changeant la tonalité, soit en modifiant l'harmonie qui le supporte, soit en variant les rhythmes de l'accompagnement. Ce n'est pas tout encore : lorsqu'il jugera ce motif suffisamment entendu, il en adoptera un autre, qu'il traitera de la même façon, quoique généralement avec de moindres développements, jusqu'à ce qu'il juge opportun de ramener le premier; quand il est à peu près certain du plaisir nouveau que l'auditeur doit goûter au retour de celui-ci, il reprendra son dessin primitif, d'abord par lambeaux, par fragments furtifs et d'une façon fugitive, comme une coquette qui montre le bout de son pied cambré pour donner envie de voir toute sa personne, puis enfin, après avoir ainsi agacé des désirs qu'il ne demande après tout qu'à satisfaire, en se réservant de choisir le moment convenable

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il représente son idée-mère, celle qui lui sert de cheville ouvrière, la fait paraître cette fois dans toute sa splendeur, avec les atours qui doivent la faire briller d*un éclat plus complet encore que précédemment, et s'achemine à grands pas vers la péroraison du morceau, pendant tout le cours duquel il a tenu toujours éveillée l'attention de son auditoire, en l'aiguillonnant sans cesse et en le faisant marcher de surprise en surprise.

Voilà ce que, pour se servir d'une locution absurde et qui n*est qu'un non-sens, on pourrait appeler de la musique savante. De cette musique-là, Mozart, Cimarosa et Rossini, pour ne citer qu'eux, en ont fait bien souvent, malgré la richesse et la vaillance de leur imagination, qui leur eût certainement permis d'agir de façon différente ; notre Hérold a fait comme eux, et pour citer un exemple frappant, et qui soit dans toutes les mémoires, de ces morceaux de facture dans lesquels excellent les grands artistes, je rappellerai l'adorable trio qui se trouve au premier acte du Songe d'une Nuit d'été, de M. Ambroise Thomas, Tun des modèles du

genre. M. Grisar, qui, dans un ordre secondaire, est un musicien exquis sans que ses idées soient absolument abondantes, a donné des échantillons on ne peut mieux réussis de ce style, qui est le vrai style musical.

Eh bien, voilà ce que fiellini, par le fait de son éducation tronquée, ignorait complètement. Qu'un motif, une fois bien établi, fût . abandonné par lui , il ne le reprenait plus, parce qu'il ne connaissait pas Tart de le développer avec succès; ou si, par hasard, il le faisait apparaître de nouveau, il s'en servait maladroitement, ne sachant pas trouver, pour le ramener à propos, un artifice ingénieux, une rentrée piquante, une combinaison heureuse, qui lui donnassent de Tattràit et surprissent agréablement l'auditeur.

Comme le disait encore excellemment de La Fage, il ne faut pas craindre de généraliser avec Bellini, car, grâce à son ignorance, il n'a eu qu'une seule manière, ne

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pouvant, comme la plupart des musiciens, modifier son style de façon à lui faire subir diverses transformations dans le cours de sa carrière. On m'objectera que son existence a été courte, et qu'il n'a pas eu le temps d'opérer une de ces évolutions, si fécondes chez certains grands artistes, particulièrement chez Rossini, chez Meyerbeer et chez M.Auber. Le fait est exact, mais Bellini eût vécu vingt ans de plus que les défauts de son éducation première se fussent opposés formellement, inexorablement, à toute modification un peu profonde de la nature de son talent. Tout au plus ce talent eût-il pu s'amplifier, s'élargir de certaine façon, ainsi que cela eut lieu, du reste, quand il écrivit Norma et les Puritains, D'ailleurs, son génie lui-même était monotone, et manquait essentiellement de variété.

Ces observations pourtant ne doivent pas nous rendre injustes envers lui. J'ai dit que Bellini sentait merveilleusement, et qu'il devinait parfois ce qu'il n'avait point appris.

C'est ainsi qu'il comprit les défauts du style orné, si en honneur de son temps, et

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que, écrivant de la musique dramatique, dans toute l'acception du mot, il proscrivit de ses partitions ces vocalises, ces fioritures éternelles qui sont en opposition si manifeste, on pourrait dire si ridicule, avec le pathétique et la passion. On ne trouvera pas chez lui un exemple de ces airs à roulades, arie di bravura, destinés à la gloire d'un virtuose, comme les compositeurs italiens, jusqu'à l'arrivée de Verdi, ont toujours tant aimé à en écrire.

Il a brillé surtout dans la forme et l'expression qu'il a su donner à ses récitatifs, ses racconti. Cherchant autant que possible à se rapprocher des inflexions de la voix parlée, il leur a communiqué une vérité et un accent surprenants, il en a fait vraiment des parlanti, c'est-à-dire des chants mesurés qui se déroulaient en quelque sorte comme une cantilène, avec un naturel parfait, et quelle que fût d'ailleurs la nature des vers^ que ceux-ci fussent égaux en durée ou irréguliers. On en trouvera un exemple admirable dans la phrase : Padre, tu piangi, du dernier finale de Nonna^ phrase dans la-

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quelle le sentiment dramatique atteint une ampleur inouïe et une immense beauté.

Souvent ces récitatifs, dont quelques-uns sont magnifiques, et dont ceux de la Sonnambula, de la Nortna et des Puritains se distinguent entre tous, deviennent une véritable déclamation notée, une sorte de mélopée dans laquelle l'artiste a mis toute son âme, et qui est à la fois pleine de vérité, de sagesse, d'émotion et de sobriété. Une seule de ses phrases, qui tiennent pour ainsi dire une ligne moyenne entre la mélodie et le récitatif proprement dit, suffit pour émouvoir toute une salle et la tenir haletante. C'était là, pour Bellini, une source toujours nouvelle d'effets puissants et inattendus.

Il faut dire aussi que quand Bellini était emporté par la situation, il s'élevât sur les ailes de son génie, grandissait de cent coudées, et trouvait dans son inspiration les moyens de parer à la faiblesse de son savoir* Le trio fameux de Zaira, le finale et le quintette incomparable de Béatrice di Tenda^ le finale de la Sonnambula (pour n'en citer que (^e fragment), le beau quatuor des Puri^

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tains, enfin les deux duos et l'admirable finale de la Norma, sont à juste titre demeurés célèbres, et donnent une idée de la splendeur qu'atteignait son inspiration pour peu qu'elle fût aidée par la grandeur du sujet qu'il avait à traiter. C'est que chez lui l'émotion était sincère, profonde, parfois poignante, et qu'il trouvait dans son cœur les accents à l'aide desquels il devait la communiquer à ses auditeurs. Beaucoup d'autres, plus instruits que lui, mais moins bien doués, n'en sauraient faire autant.

En réalité, si Bellini n'a amené dans Vart de progrès d'aucune espèce, s'il ne possédait pas une de ces qualités qui font les chefs d'école et qui rendent un artiste immortel, il Ta néanmoins honoré et servi d'une façoii remarquable. Sans partager entièrement l'admiration irréfléchie que quelques fanatiques ont montrée pour son génie, sans ad-

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mettre, par exemple, la justesse de cette réflexion de Cherubini qui, interrogé sur la valeur de son instrumentation, répondait qu' « il n*en eût pas pu placer une autre sous ses mélodies », on peut jusqu'à un certain point excuser la remarque un peu orgueilleuse de Bellini lui-même, qui s'écria un jour, dans un entretien qu'il avait avec un de ses amii : — « Si j'étais appelé à prendre part à un concours de musique, je me soucierais peu de la science du contre-point, mais je voudrais, par mes inspirations, enchanter les oreilles et émouvoir les cœurs. » Tel est, en effet, le vrai but de la musique, mais le savoir pour cela n'est point inutile. Entre deux artistes dont l'un serait inspiré mais ignorant, tandis que l'autre serait sa^ vant sans inspiration, le choix ne pourrait être douteux, et le premier l'emporterait infailliblement ; mais il faut ajouter que celui qui réunirait les deux facultés serait incomparablement supérieur aux deux autres.

C'est là ce dont Bellini ne se rendait pas un compte suffisant, et c'est précisément ce qui fait que Donizetti, son émule et son con-

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tçmporain, laissera un nom plus éclatant que le sien.

D'ailleurs, le génie de Bellini manquait de variété. Plein de tendresse él de grâce, de fraîcheur et de sentiment, il ne s'est laissé emporter que rarement — dans Norma et dans quelques scènes des Puritains — aux élans d'une passion véritable. D'autre part, il était — musicalement parlant — inaccessible à la gaieté, et non-seulement il n'a jamais songé à aborder le genre bouffe, mais les épisodes légers qui se présentent dans ses ouvrages sont généralement peu réussis.

Il faut lui rendre cette justice cependant qu'il a toujours poétise l'amour, que l'expression de cet amour en fait toujours chez lui un sentiment idéal, immatériel en quelque sorte, qui n'a qilô faire avec l'énergie superbe et un peu sauvage, brutale parfois, Sensuelle mêmej niais presque toujours magnifique, de la passion telle que la comprend Verdi. Les ailes de son inspiration sont chastes, pourrait-on dire, comme l'était son intelligence^ comme lé fut toujours son cœuri

Bellini, du reste, ne prenait pas le change sur sa valeur en tant qu'harmoniste et contre-pointiste, il confessait son ignorance avec une véritable bonhomie, et allait même parfois jusqu'à en tirer une sorte de gloriole. Il se raillait de ce qu'il appelait le « pédantisme musical h , et prétendait que chaque fois qu'il se mettait au piano pour composer, il voyait surgir et se dresser devant lui une sorte de long spectre, aux membres décharnés, au visage blême, au regard triste, aux yeux grands et vitreux, qui, le regardant tristement et avec un sourire amer, glaçait rinspiration dans son cœur et faisait trembler ses doigts sur le clavier. Ce spectre, cette ombre, qui semblait produire sur l'imagination de Bellini une impression presque aussi fâcheuse que celle de Banquo sur l'esprit de Macbeth, remuait alors les lèvres, et semblait lui dire : — « Il ne me suffit pas et il m'importe peu qu'avec tes cantilènes pathétiques, à l'aide de tes accents passionnés, tu parviennes à émouvoir les spectateurs et à exciter l'enthousiasme; je serai un jour appelé à te j^uger, et malheur

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à toi si tu n'as pas su te montrer un profond contre-pointiste, si tu n'as mis dans tes accompagnements que des harmonies flasques et sans consistance. Malheur à toi s'il m'est prouvé que tu as plus cherché à te montrer inspiré que savant (i). »

Il faut croire que la frayeur de Bellini pendant ces apparitions n'était que de peu de durée, et que la puissance de raisonnement de ce spectre étrange n'avait qu'un mince pouvoir sur lui et agissait faiblement sur son intelligence, puisqu'en dépit de ses conseils et de ses objurgations, il ne put jamais se résoudre à changer de conduite et à modifier ses façons d*agîr.

Je disais tout à l'heure que Bellini a toujours poétisé l'amour, et un critique de ce temps vient à mon aide pour justifier cette assertion. — « Dernièrement, dit M. Blaze de Bury dans ses Musiciens contemporains, une querelle s'agitait à nos côtés pendant une représentation de Norma. Il s'agissait

(i) Cicconnetti : 'Vitadi Vincen^o Bellini,^, loi.

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d'opposer Bellini à Rossini (i), et de préconiser chez le doux chantre sicilien cette corde mélancolique et seAtimentale; inconnue chez l'auteur de Semiramide et du Barbiere; et, après avoir égrené le chapelet ordinaire des comparaisons, après avoir parlé du soleil et du clair de lune, de sourire joyeux se baignant dans la mousse perlée d'un verre de vin de Champagne, et de larme suave déposée au calice du lotus : — « Parbleu ! » s'écria en terminant l'un des interlocu- » teurs, on me citait l'autre Jour un mot » dans lequel se résume à merveille le ca- » ractère de nos deux individualités musi- » cales : — Rossini fait l'amour, Bellini » aime. » En effet, ne trouvez-vous pas que jamais on ne définit mieux la différence des deux génies? L'amour, une tendresse languissante, une mélancolie rêveuse et une douleur plaintive, voilà le fond de la musi-

( i) On a écrit vingt brochures en Italie, partant de ce point de comparaison absurde, le génie de Rossini et celui de Bellini étant de nature essentiellement différente et presque antipathique.

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que de Bellini. Lequel de ses opéras ne respire un pareil sentiment? La Sonnambula est une idylle amoureuse, la partition des Puritains une élégie, Norma un hymne, et quel hymne I tous les éléments de l'amour semblent s'y être donné rendez-vous : la volupté tendre et le délire, la joie et l'enivrement, le repentir et l'immolation 1 Chaque mesure, chaque note «de cette musique respire l'amour, un amour ardent, passionné, sublime, et qui va se résoudre dans un dés espoir infini. »

Oui, cela est vrai, la base du génie de Bellini, c'est l'amour, l'amour qu'il n'a cessé de peindre, qu'il a ressenti toute sa vie, et auquel il a su prêter des accents parfois réellement pathétiques, souvent ardents, presque toujours enchanteurs. Aussi peut-on, en modifiant le sens du mot de l'Évangile et en en faisant l'application à son peu de savoir, dire qu'il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a beaucoup aimé.

Je constatais, il n'y a qu'un instant, que certains esprits se sont ingéniés à vouloir

comparer sans raison Bellini à Rossini.

Scudo^ qui était un bon juge en ce qui concerne la musique italienne, n'examine même pas cette particularité, mais il démontre indirectement, dans les lignes suivantes, l'impossibilité de cette comparaison. — « Nature fine et délicate, dit-il, génie mélodique plus tendre que fort et plus ému que varié, Bellini échappe à l'influence de Rossini, et s'inspire directement des maîtres du dix-huitième siècle. Il procède particulièrement de Paisiello, dont il a la suavité et dont il aime à reproduire la mélopée pleine de langueur. Cette affinité est surtout frappante dans la Sonnambula^ la partition qui exprime le mieux la personnalité du jeune maestro, et qu'on dirait être la fille de la Nina encore tout émue de la douleur maternelle. Musicien d'un instinct heureux, qu'une éducation hâtive n'avait pas suffisamment développé, Bellini ne trouvait pas seulement dans l'émotion de son cœur des mélodies exquises et originales, mais il rencontrait parfois des harmonies piquantes (parfois, oui, mais bien rarement!), comme

dans le beau quatuor des Puritains^ l'ouvrage le mieux écrit qu'il ait laissé. Son instrumentation, généralement faible, ne manque pourtant pas xi'une certaine distinction... Son œuvre, peu varié, d'un caractère plus élégiaque que vraiment dramatique, se distingue par une déclamation sobre, contenue, oîi circule une émotion sincère; par des chants peu développés et qui n'ont pas la splendeur luxuriante de ceux de Rossini, mais, qui vous remuent profondément, parce qu'ils sont une émanation réelle de l'âme et' non pas le produit de l'artifice. Né dans une contrée bienheureuse, l'oreille enchantée dès l'enfance par les mélodies plaintives que redisent depuis des siècles les pâtres de la Sicile; le cœur rempli de cette mélancolie sereine que vous inspirent, dans les pays aimés du soleil, les grandes ombres du soir et l'horizon infini de la mer : mélancolie dont on trouve déjà l'expression dans Théocrite, dans quelques madrigaux de Gesualdo au seizième siècle, mais surtout dans Pergolèse et dans Paisiello, Bellini mêle ces accents natifs de son génie méridional à la

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rêverie, aux aspirations brumeuses et panthéistiques de la littérature allemande et anglaise, et il en forme un tout exquis, plein de charme et de mystère. »

La dernière phrase sent fort la divagation, et l'image de Bellini brumçux et panthéiste fera justement sourire bien des gens. Mais, cette fantaisie mise de côté, le sentiment exprimé par Scudo sur Bellini est très-juste, très-sain et très-net.

Pour terminer, je vais citer quelques lignes d'un critique, qui résument on ne peut mieux Timpression produite en Italie par le génie de Bellini: — a Dès ses premiers pas, l'opinion se préoccupa fortement de lui ; on sentait que c'était là une de ces vocations prédestinées qui marquent dans une époque, et malgré l'enivrement que causait partout la musique de Rossini, on écouta celle du jeune Sicilien avec une surprise où il y avait déjà du respect. Bientôt elle excita l'admiration, et le chantre immortel qui venait de mettre la main à la plus vaste conception lyrique qui soit, Guillaume Tell^ put en-

tendre de loin le grand bruit qui se faisait autour d'un émule qui était presque un eafant. »

Le meilleur éloge qu'on puisse faire de Bellini, c'est qu'après trente ans ses chants émeuvent encore, et qu'on ne peut les entendre sans verser des larmes. Combien d'artistes peuvent se flatter de toucher le cœur avec cette puissance!

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