‹ Bellini, sa vie, ses œuvres;Chapitre 9 sur 11 · AUTOGRAPHES DE BELLINI · texte numérisé non relu

AUTOGRAPHES DE BELLINI

On trouvera ci-après deux fac-similé d'autographes de Bellini. Le premier est la reproduction d'une lettre adressée par lui à M. Barroilhet, l'ancien et estimable artiste de l'Opéra, lettre qui fait aujourd'hui partie de l'intéressante collection de M. F. de Villars, à qui nous en devons la communication. Le second, qui donne un échantillon de récriture musicale du jeune maître de Catane, est la copie d'un fac-similé publié à Tépoque de sa mort par la Ga:{ette musicale de PariSy dans son numéro du 27 Septembre i835. Ce dernier document est la reproduction graphique exacte d'un canon écrit par lui quelques semaines seulement avant le fatal événement, puisque, ainsi qu'on peut le voir , il porte la date du 18 Août i835.

Quant au portrait que nous avons donné en tête de ce volume, il a été scrupuleusement copié par un excellent artiste, M. Des-

jardins, sur une photographie qu'a bien voulu nous envoyer de Naples, à notre sollicitation, M. Francesco Florimo, archiviste du Conservatoire de cette ville, l'ancien condisciple de Bellihi, son admirateur enthousiaste, et l'un des meilleurs amis qu'il ait jamais possédés. Nous profitons de cette occasion pour adresser d'ici à M. Florimo, dont il a été plus d'une fois question dans le cours de cet ouvrage, nos plus vifs remerciements, non-seulement pour la communication de ce portrait, mais aussi pour les renseignements qu'il a bien voulu nous fournir au sujet du présent travail.

La lettre de Bellini étant pleine d'abréviations graphiques, et contenant même des incorrections grammaticales, nous croyons devoir l'accompagner de la traduction que voici :

!•' Juillet 35, à Puteaux, 19 bis, rampe de Neuilly, près de Paris.

Très-estimable M. Barroilhet,

Votre lettre m'a fait beaucoup de plaisir en m'apportant de vos nouvelles. Je suis heureux d'apprendre que vous retournerez à Palerme ; j'en suis doublement content pour mes chers concitoyens qui

vont retrouver un si bon artiste^ vous qui avez fait tant de plaisir dans votre dernier séjour à Palerme. Santocanale m'a souvent parlé de vos triomphes, et des applaudissements suscités par vous dans ledit théâtre. Je crois aussi que le rôle de Georges dans les Puritains vous doit convenir; mais comment feront-ils pour trouver une autre bonne basse, sinon excellente, pour Pautre rôle, écrit pour Tamburini? Ce dernier rôle vous conviendrait aussi par la manière dont je Pai écrit et qui est conforme à vos moyens ; le rôle de Georges est plus grand (pour Lablache) et plus intéressant dans le livret. Vous ne trouverez pas le sujet bien intéressant à la lecture parce que les vers du grand Romani, personne ne peut les imiter; mais cette même insuffisance du livret disparaît presque à la scène, parce que les situations sont bien théâtrales. A Paris, le livret n'a pas nui à la partition, par la raison que peu de personnes comprennent l'italien; mais je crains qu'à Palerme il ne nuise à la musique, tellement on y est habitué à la belle langue de Romani, claire, choisie, et qui va droit au cœur. Le pauvre Pepoli était nouveau dans ce métier et ne pouvait faire davantage. (Cette opinion, je vous prie de la garder pour vous, afin de ne pas chagriner l'auteur, qui, peut-être, comme tout auteur, croit son œuvre sans défauts.) Ne passerez-vous point par Paris? Enfin, si je n'ai pas le plaisir de vous voir ici, je vous souhaite un bon voyage et une heureuse réussite, à vous et à mes Puritains, qui sont déjà prêts à être représentés

2z8 APPENDICE.

à Palerme, peut-être peu après votre arrivée en cette ville. Dieu veuille que la troupe soit appropriée aux quatre principales parties. Mandez-moi, quand vous serez à Palerme, à quelle époque on va les donner. J'écrirai à Santocanale ou au maestro directeur du théâtre, que je crois connaître, et cela pour lui donner quelques éclaircissements sur l'exécution et sur

Je vous remercie de l'honneur que vous faites à ma musique, qui plait quelquefois & cause du sentiment et de l'âme que vous y mettez, vous autres chanteurs. J'espère que par votre talent vous ferez également valoir cette dernière composidon, et que vous la ferez bien goûter à mes concitoyens, qui montrent tant de bonté pour leur compatriote et votre affectionné.

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