‹ Belluaires et porchersChapitre 25 sur 61 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

allait entendre cet intarissable pitre mâtiné de Gauclissart et de Pandarus, qui poussait à la consommation d'une bière dangereuse en épatant le consommateur.

Non content de haranguer dans sa boutique, il imagina le coup de réclame d'un journal hebdomadaire qui propageât, dans les trente-deux aires des vents, la gloire de son tablier.

Il lui fut alors assez facile de grouper autour de lui, par promesses vagues ou protestations d'inaltérable dévouement, une demi-douzaine d'artistes débutants et pauvres qui s'estimèrent heureux de rencontrer une publicité quelconque.

Je fus, hélas I du petit nombre de ces carottés élus et le plus remarqué, peut-être, pour l'insolite véhémence de mes clameurs vitupératoires. Bêtement attendri par des simagrées amicales, décidé à ne rien voir de la parfaite abjection d'un personnage que je considérais en bienfaiteur, et les narines hermétiquement bouchées aux exhalaisons de son âme, je fis éperdument des écritures littéraires pour ce négociant.

Et quelles écritures, Bonté divine! Je le répète, mon développement intellectuel avait été d'une lenteur incroyable, infinie, probablement même sans aucun exemple, et mon éducation litt raire commençait à peine. En outre, j'apporlais, avec ma préconception religieuse, une enragée famine d'Absolu, un besoin fabuleux

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lis me défendre de parler quand le lire- I ied de mon grand-père me remonte dans l'œsophage.

Existe-t-il une critique, d'ailleurs, une vraie critique, un cadastre certain des œuvres d'art, appuyé sur un authentique étalon du Beau? J'en doute fort.

La maîtresse faculté de l'artiste, l'Imagination, est naturellement et passionnément anarchique. Elle ignore les consignes et les rendezvous, et brûle sur elle-même comme un solfatare. La création est sa proie, les anges sont ses vivandiers et l'univers est le cantonnement de son choix. L'infini- de l'espace est sa lucarne pour explorer la totalité des siècles. Elle est la mère de l'Alpha et la sœur puînée de l'Oméga, et le serpent symbolique tst sa ceinture, quand elle se met en grand gala pour penser seulement à Dieu dont elle est le profond miroir.

Elle assemblé les nuages, mieux que Jupiter, les épaissit autour d'elle à sa fantaisie et, selon qu'il lui plaît, les dissipe instantanément ou les fait crever en déluge. Les masses les plus inébranlables et les plus pesantes accomplissent des bonds et des escalades, aussitôt que cette Impératrice du Rêve leur a fait un signe.

Elle est la providence et la salaison des passions humaines. Elle parfume les immondices, désinfecte les élégances, aurifie les dents des crocodiles, rapatrie l'ivresse du parfait amour dans les plus vieux cœurs, découvre des filons

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