‹ Ben-HurChapitre 137 sur 172 · MYSTIFICATION ET DÉFAITE · texte numérisé non relu

MYSTIFICATION ET DÉFAITE

étonné de voir que c'était une note de médicaments fournis : de sorte que ce n'était point en ma qualité de poète que j'étais requis, mais comme pharmaconome.

€ Ma foi, mon ami, lui dis-je en lui rendant sa pro- « priété, vous connaissez l'habitude de la corporation « que vous avez mise en œuvre; les limites ont bien € été peut-être un peu outrepassées; mais pourquoi € avez-vous un habit bien brodé, trois ordres, un cha- « peau à graines d'épinards? Voilà trois circonstances « aggravantes, et vous vous en tirerez mal. — Taisez- « vous donc, me dit-il avec humeur, cet état est épou- « vantable. Au reste, vous allez voir mon écorcheur, je « l'ai fait appeler; il va venir, et vous me soutiendrez. »

Il parlait encore quand la porte s'ouvrit, et nous vîmes entrer un homme d'environ cinquante-cinq ans, vêtu avec soin; il avait la taille haute, la démarche grave, et toute sa physionomie aurait eu une teinte uniforme de sévérité, si le rapport de sa bouche à ses yeux n'y avait pas introduit quelque chose de sardonique.

Il s'approcha de la cheminée, refusa de s'asseoir, et je fus témoin auditeur du dialogue suivant, que^j'ai fidèlement retenu.

Le Général. — Monsieur, la note que vous m'avez envoyée est un véritable compte d'apothicaire, et...

L'Homme noir. — Monsieur, je ne suis point apothicaire.

Le Général. — Et qu'étes-vous donc, Monsieur?

L'Homme noir. — Monsieur, je suis pharmacien.

Le Général. — Eh bien, monsieur le pharmacien^ votre garçon a dû vous dire...

L'Homme noir. — Monsieur, je n'ai point de garçon.

Le Général. — Qu'était donc ce jeune homme?

L'Homme noir. — Monsieur, c'est un élève.

Lb Général. — Je voalais donc vous dire, iDonsieur, que vos drogues...

L'HoHicE NOIR. — Monsieur, je ne vends point de drogues.

Le Gékéral. ^ Que vendez-vous donc, monsieur?

L'HoimE NOIR. — Monsieur, je vends des médicaments.

Là finit la discussion. Le général honteux d'avoir fait tant de solécismes et d'être si peu avancé dans la connaissance de la langue pharmaceutique, se troubla, oublia ce qu'il avait à dire, et paya tout ce qu'on voulut.

YI

LE PLAT d'anguille.

Il existait à Paris, rue de la Chaussée-d'Antin, un particulier nommé Briguet, qui, ayant d'abord été cocher, puis marchand de chevaux, avait fini par faire une petite fortune.

Il était né à Talissieu, et ayant résolu de s'y retirer il épousa une rentièrje qui avait autrefois été cuisinière chez mademoiselle Thevenin, que tout Paris a connue par son surnom à! As de pique.

L'occasion se présenta d'acquérir un petit domaine dans son village natal ; il en profita, et vint s'y établir avec sa femme vers la fin de (791 .

Dans ces temps*Ià, les curés deohaque arrondissement archipresbyiéral avaient coutume de se réunir une fois par mois chez chacun d'entre eux tour à tour, pour conférer sur les matières ecclésia6ti(^es. On célébrait une grand'messe, on conférait, -ensuite on dînait.

Le tout s'appelait la conférence, et le curé chez qui elle devait avoir lieu ne manquait pas de se préparer

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