RECETTE HE LÀ FONDUE. 3S
maxigea la cuiller, au lieu de se servir de la fourchette, de temps immémorial destinée à cet usage.
Tm» les oofivives, étonnés de cette étran^té, se regaréèrent du coin de l'œil, «t avec un sourire imperoeptibie. Cependant le respect arvêta toutes les langues, car tout ce qu'un évéque venant de Paris fait à table, et surtout le premier jourdeBon arrivée, ne peut manquer d'être bien fait.
Mais la chose s'ébruita, et dès le lendemain on ne se rencontrait point sans se demander : « Eh bien, savez- € vous comment notre nouvel évoque a mangé hier au € soir sa fondue? — Eh I oui, je le sais; il Ta mangée € avec une cuiller. Je le tiens d'un témoin oculaire, etc.» La ville transmit le fait à la campagne; et après trois mois il était public dans tout le diocèse.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cet incident faillit ébranler la foi de nos pères. II y eut des novateurs qui prirent le parti de la cuiller, mais ils furent bientôt oubliés : la fourchette triompha; et après plus d'un siècle, un de mes grands-ondes s'en égayait encore et me contait, en riant d'un rire immense, conmie quoi M. de Madot avait une fois mangé de la fondue avec une cuiller.