‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 134 sur 243 · DU PLAN DÉNONCE SES PROJETS PERSÉCUTEURS · texte numérisé non relu

DU PLAN DÉNONCE SES PROJETS PERSÉCUTEURS

ne voulait pas le croire, on le traitait de visionnaire. Malheureusement, du Plan ne se trompait pas. A peine Fleury fut-il au pouvoir, qu'il fut accablé de demandes, de mémoires, de prières de la part du clergé contre le protestantisme. Bientôt après, parut un nouvel édit de Louis XV, ordonnant de sévir contre toute personne qui aurait assisté ou qui aurait même été « soupçonnée • d'avoir assisté aux assemblées. Les hommes devaient être envoyés aux galères, les femmes enfermées à perpétuité dans les prisons habituelles (I).

La première victime de Fleury fut un jeune pasteur du Désert, Alexandre Roussel. Il était né vers 1701, à Uzès, d'une famille honorable; bercé au bruit de la fusillade, il avait grandi au milieu des périls de la terrible guerre des Camisards ; sa pieuse mère l'avait élevé dans la crainte de Dieu et le jeune homme s'était senti appelé de bonne heure au pastorat : la vue des nombreuses potences de Bàville ne l'effraya pas. Il avait 25 ans, lorsque Antoine Court, touché de sa piété, lui imposa les mains. Pendant deux ans, le jeune ministre parcourut les Cévennes dans tous les sens. Le 10 octobre 1728, un traître ayant désigné sa retraite, il fut arrêté à la côte d'Aulas et enfermé dans la citadelle de Montpellier. La mère de Roussel, en apprenant l'arrestation de son fils, courut se jeter aux pieds du duc d'Uzès dont elle avait été la nourrice. Le duc essaya de sauver le jeune homme et lui conseilla de faire le fou. « Monseigneur, lui répondit Roussel, je vous suis très-obligé de vos bonnes intentions en ma faveur, mais permettez-moi de dire à Votre Grandeur que je

(1) N° 7, t. III, p. 61 (11 septembre 1726).

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n'ai jamais été de meilleur sens que je suis présentement, et que ma conscience ne me permet pas de contrefaire le fol. » Il fut condamné à être pendu et l'exécution suivit de près le jugement. A l'heure suprême, le jeune martyr marcha au supplice avec calme et sérénité. Il parut sur la place du Pérou la corde au cou, la tête et les pieds nus, chantant le psaume LI. Lorsqu'il fut arrivé au pied de la potence, il se mit à genoux, et fit une prière; après quoi, il gravit l'échelle avec beaucoup de courage et de fermeté, et mourut comme Etienne dans un ravissement, en voyant les cieux ouverts. Antoine Court alla consoler la mère du martyr; cette femme, qui avait versé tant de larmes, lui répondit : « Si mon fils eût montré quelque faiblesse, je ne m'en fusse jamais consolée ; mais puisqu'il est mort constant et ferme dans la foi, toute ma douleur se change en actions de grâces pour bénir à jamais mon Dieu, qui m'a si puissamment consolée (1). »

Cette nouvelle émut profondément Benjamin du Plan et il éprouva le besoin d'écrire à ses frères pour les engager à la persévérance, car de plus grands malheurs les menaçaient :

« J'espère, mon cher ami, écrit-il à Court, que la mort édifiante de notre cher frère M. Roussel, au lieu d'avoir intimidé nos autres frères qui prêchent sous la croix, n'aura fait qu'enflammer leur zèle soit pour implorer le secours de Dieu, soit pour exhorter vivement leurs auditeurs à remplir leurs devoirs, puisque ce n'est que par le secours de Dieu et une conduite chrétienne que nous pouvons subsister et triompher de la fureur de nos ennemis. Nous voyons par une triste expérience

(1) Manuscrit de Court, N° 39.

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