IMPRESSIONS DE VOYAGE
« Je vous dirai que je me porte bien, Dieu merci, quoique j'aie souffert tantôt du chaud, tantôt de la pluie et d'autres jfatigues qui sont inséparables des voyages. J'ai trouvé dans ma route différents personnages; les uns m'ont bien régalé et les autres bien étrillé; les uns m'ont offert de l'argent après m'a voir fait faire bonne chère et les autres m'ont écorché après m'avoir très-mal régalé : toutes ces choses sont dispensées par la Providence. Il faut profiter de tout, user du bien avec modération et avec reconnaissance, souffrir le mal avec patience et soumission.
« J'ai visité tous nos amis de la Suisse qui m'ont promis de continuer leurs charités envers nos frères sous la croix. Il y a lieu d'espérer qu'ils exécuteront leurs promesses en temps et lieu. Il faut prier Dieu qu'il leur inspire toujours de bons sentiments et qu'il les bénisse.
« Je compte partir demain pour Cassel où on m'a fait espérer que j'obtiendrais quelque chose. Je m'y en vais à la garde de Dieu, quoique je m'enfonce dans un pays barbare. Si j'avais suivi le Rhin j'aurais été bientôt en Hollande et même d'une manière assez agréable avec des personnes qui m'auraient fait plaisir, mais je n'ai pas entrepris ce voyage pour mon plaisir, mais pour procurer des secours à mes frères. A vous parler franchement, je n'ai pas lieu de me flatter d'obtenir grand chose en Allemagne ; l'argent y est rare et les personnes sont mal disposées. On me dit bien que la Hollande est un pays de ressources, mais la collecte considérable qu'on vient de faire en faveur des Vaudois ne me permet pas d'espérer grand chose de quelque temps. C'est pourquoi, étant presque inutile en Hollande, je pourrais bien passer cet hiver en Angleterre, aux risques de ma poitrine. Si je réussis en Angleterre, il y aura beaucoup de personnes qui seront bien surprises, car on m'a fait une description de ces insulaires, tant Anglais que Français, qui ne leur est pas fort avantageuse : on me les a dépeints comme des personnes extrêmement dures, avares, livrées à leurs plaisirs ou à leur négoce. Ainsi ce