‹ Benjamin du Plan, gentilhomme d'Alais, député général des synodes des églises réformées de France, 1688-1763Chapitre 21 sur 243 · DU PLAN APPROUVE LES PROJETS DE COURT · texte numérisé non relu

DU PLAN APPROUVE LES PROJETS DE COURT

ardeur et s'employa tout entier à aplanir devant lui les difficultés. Et à vrai dire, dans cette grande œuvre de restauration religieuse entreprise par Antoine Court avec tant de vaillance et conduite avec tant de fermeté, il ne fallait rien moins que les chaleureuses exhortations de tels hommes, leur appui et leurs conseils, pour reconforter sa volonté qui parfois défaillait devant des difficultés pour tout autre insurmoutables (1). »

Antoine Court, qui connaissait certainement déjà Benjamin du Plan de réputation, se hâta d'exposer à son nouvel ami ses projets de réforme et les dernières décisions synodales; du Plan en apprécia du coup toute l'importance et l'urgente nécessité. Il avait été lui-même frappé du manque de cohésion des Églises entr'elles, il avait surtout plus d'une fois gémi sur les désordres produits par l'indiscipline de quelques membres. 11 approuva fort tout ce qui avait été décidé à NimcSjCt admira non-seulement le courage et l'énergie mais surtout le génie organisateur de son jeune ami : aussi lui promit-il son concours le plus dévoué.

Le cœur d'Antoine Court dut tressaillir à cette promesse, car il savait combien grande et légitime était l'influence de du Plan sur les Églises du bas Languedoc ; il n'ignorait pas non plus ses attaches avec les Inspirés et il avait lieu de craindre que les dernières décisions synodales relatives au fanatisme, eussent indisposé le jeune gentilhomme. Il n'en était rien. Sans doute, l'esprit conciliant de du Plan eût préféré peut-être plus de modération dans le langage et surtout plus de charité et de support dans la conduite ; mais il comprit,

(1). Ed. Hugues, déjà cité, t. I, p. 55.

JUSTIFICATION DE l'iNSPIRATION 25

d'un autre côté, l'urgente nécessité d'unir en un faisceau, dans une organisation commune, toutes les forces vives de l'Église dont réparpillement aurait consommé la ruine à courte échéance. Benjamin du Plan, chaud partisan de l'ordre et de la discipline, fut d'avis de provoquer au plus tôt la formation des corps officiels décidés par le Synode et d'exiger de tout fidèle, le respect à la constitution et à la discipline de l'Église sous peine d'excommunication. Dans ces temps troublés, là était le salut.

Quant au jugement que Court et le Synode portaient sur les Inspirés, en général, il lui parut excessif. Il élait le premier à reconnaîtra les bizarreries et les extravagances de quelques-uns, mais n'allait-on pas trop loin en les comprenant tous dans la même catégorie de fourbes ou de fous? Ne fallait-il pas reconnaître qu'un grand nombre étaient sincères et à ce titre dignes du plus grand respect? Depuis quatre ans qu'il fréquentait ces personnes et suivait habituellement leurs assemblées, il avait vu et entendu des choses qui lui paraissaient extraordinaires, inexplicables; des femmes ignorantes, des enfants même s'y exprimaient dans un langage choisi et qui ne leur était pas accoutumé, pour proclamer les vérités magnifiques de Dieu; plusieurs lui avaient môme prédit des choses qui lui étaient arrivées; il ne pouvait oublier enfin que dans ces réunions, son âme s'était ouverte à la lumière de l'Évangile, qu'il y avait trouvé le repos et la paix du cœur.

Outre ces faits étonnants, la croyance à finspiration et à la prophétie n'était-elle pas aussi selon l'analogie de la foi? La Bible ne justifiait-elle pas celte croyance?

26 ANTOINE COURT ET DU PLAN SE LIENT d'aMITIÉ

L'Ancien Testament ne renfermait-il pas à ce sujet des déclarations positives? Et celle-ci du prophète Joël n'était-elle pas suffisante : « Et il arrivera après ces choses que je répandrai mon esprit sur toute chair; et vos fils et vos filles prophétiseront; vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens auront des visions. Et même en ces jours-là je répandrai mon esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes (Joël II, 28, 29)? »

Enfin de tous temps l'Esprit ne s'était il pas révélé? Aux premiers jours du christianisme n'avait-il pas fait des miracles? Pourquoi le cycle des révélations serait-il à jamais fermé?

C'est par des raisonnements à peu près semblables que le pieux gentilhomme d'Alais justifiait ses idées particulières. Il dut les développer à Antoine Court pendant cette première entrevue et celui-ci n'hésita pas à lui dire franchement son avis. Il fut heureux de voir que du Plan n'était pas un sectaire et que ses idées particulières n'avaient point détruit chez lui la notion ecclésiastique. Ils se séparèrent en se donnant franchement la main d'association pour le rétablissement de l'ordre et de la discipline, et quant à la question de l'inspiration, ils se promirent d'y revenir plus tard. Hélas! cette question était destinée à faire le tourment de la vie de du Plan; elle devait lui susciter des ennuis incessants de la part de quelques pasteurs et de quelques laïques peu tolérants; elle devait même un jour mettre en échec son activité missionnaire. Peutêtre ne tint-il pas toujours assez compte des susceptibilités et des faiblesses de ses frères et n'apporta-t-il pas toujours assez de sagesse et de prudence dans ses relations avec les Inspirés. Quoiqu'il en soit, c'est au

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