‹ Benvenuto Cellini drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 27 sur 73 · LA DUCHESSE, ASCANIO · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, ASCANIO

LA DUCHESSE

Vous ôtes resté, monsieur Ascanio. SI c'est pour voir de quel exemplaire châtiment je sais frapper qui m'outrage, vous allés èlro satisfait. Je n'ai qu'un mot h écrire au roi !

ascanio.

Ah 1 madame, réfléchissez que, rat eetto longue et dure attente, vous nous aviez comme provoqué la première.

LA DICIIFSSE.

Sur ma vie 1 Ascanio, j’ig* orais quo vous fussiez avec votre matire! — Ecoutez, voulez-vous que je ne tire do Benvrnuto qu'une vcngoanco sans puni? Il f.iut alors que vous m'y aidiez.

Moi, madame I

LA Dl'C 11 ES* K.

Oui, vous. Jo veux lui susciter un rival dans son art.

ASCANIO

Ce sera difficile, madame.

la DccncssB.

Non, car ce rival, c’est son élève, c'est vous.

ASCA9I10.

Moi? [Allant prendre ton livre de dessins qu'il a dépoté sur une table.) Madame la duchesse, la dernière fois que j’ai eu l'honneur de vous voir, vous av^z bion voulu parier de me commander un lys do diamants pour votre panne. Je n'ai pu en terminer le dessin que ce matin. Le voici. Jo pourrai peut-être l’exécuter à votre souhait. Mais, en vérité, c’est là, madame, que s’arrête tout mon talent.

la DiCDKssB, examinant le dessin.

11 est charmant, Ascanio, votre dessin. Je le crois bien, qu’il faut me l’exécuter ! Tenez, j'ai dans celte cassette, des perles et des diamants. Est co là ce qu'il vous faut? voyez, y en a-t- il assez?

ASCANIO

Madame, il y en a plus qu’il n’est nécessaire.

LA DUCHB8SB.

Cest bien, vous me remettrez le reste.

ASCANIO

Oh ! me voilà ravi comme un page à qui l’on confie sa première épée I

LA DCCHBSSB.

Bon I co n’est qu’un commencement. Je vous trouve trop modeste, Ascanio. Après tout, vous n’avex pas besoin de faire des statues et dos colosses pour être un précieux orfèvre et un

délicat artiste. Vous pourrez, quand vous le voudrez, remplacer votre Benvenulo, vous dis-je.

ascanio.

Madame...

LA DICIIB«SB.

G) n>9t rien encore 1 — Ah! c’est mon caprice aujourd’hui de vous éblouir et de vous tenter, Ascanio. — Apprenez un grand secret : l’empereur Charles-Quint, qui vient d'entrer en France, n’en sortira , je l ai résolu , qu’après avoir érigé en royaorm* le Milanais pour le second fils do François 1 er , Charles d Orléans, un enfant que je protège cl que jo mène. Or, sous le nom de Charles, c’est moi qui régnerais la bas, dans votre belle Italie; et, sous mon nom, si cela vous plaisait, Ascanio, vous pourrin, vous, être un jour le vrai prince et le vrai maître, déposer du pouvoir et de U richesse, jpa trôner (lellini lui-même, faire fleurir l’art, conquérir l’avenir. Est-cc là un assez beau rêve, une assez grande destinée? Allons l que je vous voie un peu ambitieux, enfin!

ASCANIO

Ambitieux, madamo? je lo suis trop 1 Jo le suis trop en amour du moins.

LA DUCHBSSB, émue.

Que roulez-vous dire?

ASCANIO

J’aime, madame, quelqu'un de si haut placé au-dessus de moi que nous ne pourrons jamais nous rencontrer dans le même chemin.

LA DUCHESSE

Ah! qui est-ce, Ascanio? Parlez. M'avez-vous comprise? Avezvous compris, dans nos quelques heures d 'entretien, tout ce mie !o luxe et le pouvoir cachaient en moi de tristesse et d'ennui? Avezvous compris qu’à mes yeux, un -œur poétique et généreux comme le vôtre valait mieux que tout, splen leurs et grandeurs, mieux que la puissance d’une reine. mn-ux que l’amour d’un roi? — Vous voyez bien que vous pouvez me dire qui vous aimez, Ascanio.

ASCANIO

Qui j’aime, madamo? Une jeune fille. Une jeune fille de seize ans. Pure et belle, voilà pour mon adoration; riche et noble, voilà pour mon désespoir.

la mrr.iip.çsK,

Ah 1 — vraiment ! — et qui est cc»o — jeuno fille ?

ascanio.

Je n'ai dit son nom à personne, pas même à mon maître, ma* dame l il n’est su quo du Dieu et de ma mère qui est rnorto.

LA DOCIIS.SSE.

Et — cette jeune fille — vous aime ?

ASCANIO

Comment aurais-je seulement usé le lui demander, madame? la duchrssr, riwmnt.

F.lle no s’est pas aperçue do votre amour; elle ne vous aime pas! Comment donc avez-vous lo cœur fait, Ascanio, pour aimer une enfant ignorante et vainc?

ASCANIO

J’ai lo cœur ombrageux et exigeant, madame. J'aimo cette enfant, je vous l’ai dit, MK» quVIle est candide et pure, et pnreo que je suis jaloux du passo et jaloux de l’avenir de ce quo j’aime.

LA Dl'CRRSSB.

Vous êtes injuste et cruel, Ascanio ! Qui donc est maître de aon passé?

ASCANIO

Je suis sûr du sien !

LA DCCRESB8.

Qui peut même répondre de son avenir ?

ASCANIO

Elle I un ange de pudeur et do chasteté.

LA DUCItBSSR.

En vérité ! [A part.) Ah ! lui aussi, il veut doubler mon amour de ma haine ! (Haut.) Monsieur Ascanio, il y aura, dans trois ou quatre jours, lôio au Louvre pour la réception do l’empereur. Est-ce que mon lys do pierreries pourra être achevé pour le bal ?

ASCANIO

En passant les nuita, oui, madame.

LA DUCtlfL-SB-

Fh bien, vous me l’apporterez vous-même, au Louvre, à cette fête. E; fiou* pourrons voir alors lequel vaut mieux— du lys des

BENVENUTO CELUNI.

jardins dont rien no ternit d’abord la blancheur, mais que deux ou (mis soleils ftatiisscnt, — on du lys de diamants qui, môme froisM», môme souillé, est toujours sûr do garder sa valeur et son éclat. 0

ascanio.

Grand Dieu ! madame, que voulez-vous faire T

LA turc H MSI.

Vous verrez. — ( A paru) Maintenant, il faut à tout prix que d'ici là, je sache le nom do celte jeune fille.

SCEIf 5 VI.

Lxs Mômes, SCOZZONE, qui entre silencieuse et grave.

scozzoxR, bas à la Duchesse.

Je le sais moi, madame 1 C’est la Ou de mon histoire.

LA Dl'CIIESSB.

O ma bonne sœur ! Cette jeune flllo s'appelle?

SCOZZONB.

Colombo d’Estourrille.

LA DüCHËSSB.

Ah 1 tu as raison ! [A part ) l.e maître et l’élève sont donc rivaux I (Haut.) Au revoir, monsieur Ascanio. dans quatre ou cinq jours, au Louvre. Er. ce moment, j'ai deux lelirws à écrire : Lune au roi pour l'informer do l'injure nouvelle de Benvenulo Cellini, l'autre à votre voisin rncs*ired'rstourviUe, pour l'avertir que Sa Majesté et moi , nous donnons notre consentement au ( rochain mariage de sa fille Colombe avec M. le comte d'Orbcc.

ASCAXIO.

Ah 1 perdus I Benvenuto pourra-t-il nous sauver?

Quatrième Toblcnn.

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