SCÈNE II
ASCAMO, puis LA DUCHESSE et COLOMBE.
ASCANIO, SCUl.
Me distraire à celte comédie! Ah! ma vie et mon Ame y sont en
jeu. Du moins j’aime tmp Colombe pour que mes vœux hésitent. Plutôt qu’à co d’Orbec qu'elle toit h llnvenuto! Mais quant à celle qui me réduit h ce souhait, oh ! cnmmo je lui rend* haine pour amour! Dieu du ciel! la voici et Colombe avec elle! ( Entrent la Duchesse et Colombe.)
LA DCCHEMS.
AhI l'on m’avait dit que vous étiez ici, monsieur Ascanio, je vous cherchais.
coLOMBi, à part.
Ascanio I
LA DUCDESSB.
M’apportcz-vous mon lys?
ASCANIO
Madame, lo voici. (Il présente v» écrin.)
la duchesse, examinant le lys de pierreries.
Co ly«, Ascanio, est ravissant. D’un art exquis, et en même temps d une surprenante vérité ! Vous ov« z la dans votre bouquet un lys naturel, mademoiselle. Permettez que je compara. — Ascanio, vous vous rappelez co que nous dirions Paulr»’ jour. (Lui présentant les deux lys.) Voyons, d< c doutent, lequel de COB deux lys aimez-vous le mieux? Choisissez ! *
ASCANIO
Madame, j’ai composé celui-ci avec tout mon soin et toute ma science. Il est riche, il est radieux, il cb'ouit. Mais voici la vraiu fleur sincère <-t pure et venant de Dieu, celle qui a un parfum, celle qui a une âme, colle que j'aime le mieux, madame.
LA DTTCHRSSE.
AhI voyez, monsieur, la chose étrange t vous avez, fait rougir cetto jeune fille, et vous m’avez fait pâlir, moi! Mais, malheureux, mai», insensé, cette pureié que lu vanl* s, un la froisse et on la ternit aussi aisément que celte fleur. Tiens I la blaucheur do ce lys, elle dépend aussi de la main qui le louche I
COLOMBE
Oui. madame, mais Dieu permet toujours qu’on puisse éviter la main du mall
LA DUCHESSE
Eh ! vous ôtesè la cour, ma mie ! Croyez vous que la cour soit l’écolo du bien? Oubliez-vous que tout à l’heure, devant vous, monsieur d'Kslourvillo et monsieur d'Orbec me remettaient sur vous tous leurs pouvoirs?
COLOMBE
Jo ne vous comprends pas, madame !
LA Dt'CIIE&SB.
Alors, interrogez le premier seigneur venu l Interrogez Ascanio lui-méme. Tenez, il se lait I
ASCAKIO.
Non, madame ! vous m'y entraînez, jo parle. Et je dis h cet ange : Oui, c’est vrai, dans celte atmosphère d'imrigue et do vice, de graves danger», do terribles douleurs vous menacent! Pour les conjurer, jo suis bien peu de chose! Mais s* c.-niru la haine et la corruption, vous avez besoin d'un ccrur lom plein de dévoûment » t de respect, — sachez le ici pour lu première fois, et devant madame, — ma vto o&i è vous (je vous aime!
LA DUCHESSE
Ah! monsieur, voilà un sanglant outrage I
COLOMBE
Dites un généreux élan, madame! — Mais, sans y avoir recours, j’aurai toujours contre le déshonneur des refuges assurés : la protection do ma tante, un couvent, la maison du Seigneur !
LA DUCHESSE
Ah! n’est posau Seigneur qui veut, en ce monde! Est-ce qu’on vous laisserait aller au couvent, ma chère? Est-ce qu’on ne vous y réclamerait pas au nom du roi et de votre père?... Voyons, quel autre asile auriez -vous encore?
COLOMBE
Quel autre, madame? quel autre? Ce pur et noble amour qui vient de se révéler à moi. Dieu et ma mère me sont témoins qu’un tel Aveu ne se serait jamais échappe de mon cœ«ir ! Mais c’est vous, — oui c’est vous qui len arrachez! — Ascanio vient de diro qu’il r»i’ofTrnii sa vie, parce qu'il m’aimait. Lit bien 1 au besoin je l’accepterai», — parce que je l'aime ! ascanio, s'élançant vers Colombe et prenant sa main.
Colombe! ah!joio céleste! Pardonnez-nous, madame, ce nVst pj$ no re finie l mais est-ce là co que votre toute puissance voulait produire ?
LA DUCHESSB.
Ah! malheureux! vous me bravez, vous m’outragez. Vous
RF.NVKNUTO CELLINI.
no savez pas ju?qti*ob peut aller macolèrot Détouinez-la si vous pouvez!
ASCAKIO.
Non pas moi, mais Benvenuto Cellini ! (Les deux court de François i* r et de Charlet Quint paraissent dans la galerie du fond.)
la duchesse.
Benvenuto! Il est chassé du Louvre par le roi !
ASCARIO.
Le voici qui vient dans la suite do l'empereur, madame.
LA DUCHESSE
Ah! cVst vrai ! Ah l c’est donc cne guerre h mortT Eh bien, soit! à mort !
scè^e ni.
Les MÊurs. LF. ROI. L'FMI'ERRf R. BENVENUTO, TRIBOU- LET, les OEut coins de riuscB et d'Espacns.
LE ROI
Soyer le bien venu au Louvre, mon frère. L’hôtel de* roi» de Fr«no«* *•' réjouit d être l’hôtellerie du ro« d’Espagne. (Pri>entant la Duchesse .) Madame d’Elampes. —Vous voyez celte belle dame, mon frère ?
l'empereur.
Je la vois et je l’admire.
le roi.
Eh bien 1 vous ne savez pas ce qu’elle veut?
l'empereur.
Ist-ce une de mes Espagne» ? Je la lui donne.
LE ROI
Non. ce n'est pas cela. Elle veut que je vous retienne à Paris jusqu'à ce quo vous ayez ratifié, par dos actes, la parole quo vous m'avez donnoe ou sujet du Mil .nais.
l’impliucr, froidement.
Si Tavis ost bon, il faut le suivie.
le roi, à Triboulel qui s'avance et le salue.
Ah! c'est loi, Triboulel. Que veux-tu, mon bouffon?
TRI BOULET
Sire, je viens solliciter de Votre Majesté la permission de lui dédier ce livre que je vais faire imprimer?
LE ROI
Oui da ! Triboulet auteur! Et qtrl est le titre de ton livre ?
TRI BOULET
L'jdlmanach des Fous. Ce sera la liste des plus grands fou* quo In terre au portés, l'ai de>A éctil sur la première p*gu le nom de l'Empereur des fous passés, ptéstnts et futurs. Voire Majesté peut lire.
le not.
Voyons. (/Lisant.) Comment! Charles-Quint. (Riant.) Oh! tu es audacieux bouffon ! El pourquoi Charles-Quint?
TRIBOULET
Sire, parce qu’il n'y a que voire frère Charles Quint au monde qui, vous ayant tenu prisonnier h Madrid, soit assez fou pour traverser maintenant le royaume de Votre Majesté.
le roi.
Cependant, s’il le traverse sans encombre.
TRIBOULET
Oh ! alors je lui promets d'effacer son nom pour en mettre un autre à la place.
LE ROI
Et quel sera co nom ?
TRIBOULET
Le vôtre, rire. Car en laissant passer Charles-Quint, vous aurez encore été plus fou que lui!
le roi, riant, à l'Empereur.
Vous entendez Triboulet, mon frère 1
l'kmpehiur, (futi air comme distrait.
Oui, ce drôle est plaisant \ Reprenant acec admiration.) Ah! jo vous trouve heureux, mon frère, et parfois jo vous envie. Comme vous avez un» cour spirituelle, joyeuse et brillante! La mienne, vous l'avez vue, est bien sérieuse et bien austère C’est une grave a?s-mbléo d'hommes d’E'at *t d * capuoines : I annoy, l'escaire, An'oiiio d»* Leyva. Tandis qu’autour de vous, les prêtes, les ariist» 1 * : Maroc, llabrlais. Delorme, Prima lie»*, fleurissent parmi les belles et les charmantes: Marguerite de Navarre, Catherine de Médias, Anned'Etampes. Ile notre côté, voyez, les pourpoints noirs et les fronts piles. Du vôtre, les visog- s souriants et les couleurs réjouies. Ahl mon frère, vous avez le cid «I encore vous nous disputez la lerro I
La nrr.HK«R.
Pardon, sire, il mo semble que Votre Majesté a pris à noire plêîado une de s'-s plus vives étoiles! N’cst-co pas Mosser Ib nvenulo Cellini, quo j’apeiçois dans voire suite?
LE ROI
Cellini au Louvre l II a osé y entrer malgré mes ordres ( ÎERVRXPTO, s'avançant.
Il est mi qu'on a refuse de m'y recevoir romme serviteur du roi; mais on m’a admis comme serviteur de l'empereur.
l'empereur.
C’est vrai, mon frèro; si vous n’avez plus besoin do lui, jo me glorifierai de l’attacher à moi.
lr roi, à Benvenuto.
Pour qu’il soit à vero sér ier, mon frère, l'ai-je délié du mien? Il y a rébellion de sa earl. l’rcnez-y g.«rde, Bnvenuto, A de tels jeux, on risque sa tète.
MmvntCTO,
Votre Majesté so méprend ; en n’esl pas la tôle de Brnvrnuto qui vaut quelque chose, c’est sa main. Sa vie pounait vous être utile et glorieuse, à quoi vous avancerait sa mon?
le roi.
En attendant, une bonne prison d'Etat peut m’assurer de vous.
■RTVIVOTO.
Lea fauvettes ne chantent pas en c*ge, rire. Une prison est un mauvais atelier. Pour moi qui en sors, jo u’ai jamais pu y préparer et y achever un ouvrage.
l'empereur.
Lequel donc t
ÎIKVBJIUTO.
Mon évasion, Sire!
l'empereur.
Allons, soyez généreux, mon frère, pardonnez-lui, ou bien
— donnez-le-moi.
lr roi, rieemen/.
Vous le donner! vous allez vite, mon frère! Vous mettez-vous à conquérir aussi des orfèvres?
l'empereur.
Eh ! œ ne serait pas une guerre sans gloire, celle qui aurait un grand artiste pour prix. Mais je ne vous demande qu'un échange, mon frèro. Puisquo jo vous promets le Milauais, laissezmoi Cellini.
le roi, orre tin peu d'aigreur.
Le Milanais ! Je ne l'ai pas encore, le Milanais, mon fière,
— pas plus quo vous n’avez voire liberté.
l’bmperkur, tranquillement.
J’ai mieux que ma liberté, j'ai votre parole.
le roi.
Avez- vous toujours tenu la vôtre? C’est von», mon frèro, qui provoquez ce débat que je voulait ajourner ’— Mesdames, nous vous rejoignons pour le bal. Vous, demeurez, Benvenuto, puisque vous élis môle à ce litige.
la rtcRKSsi, 6as au Foi.
Sire, je reste, car il ne faut pas quo vous cédiez h cot insolent Benvenuto.
le noi, bas, acec quelque impa'ience.
Je ne veux pourtant pas non plus céder ce grand Benvenuto, madame. (Tous sortent.)