HENRI LAURENS, ÉDITEUR
6, RUE DE TOURNON (VIe)
Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.
THE LIBRARY 8RIGHAM YOUNô UNIVERSfTY PROVO, UT AH
BENVENUTO GELLINI
ET LES ORFÈVRES ITALIENS DES XVe ET XVIe SIÈCLES
Les images les plus rares et les plus belles font cortège à la mémoire de Benvenuto Cellini. L’orfèvre florentin semble drapé dans les plis magnifiques d’une légende, et cette légende est la vérité.
Une vie éclatante, héroïque, somptueuse, tout le luxe de la fleur humaine librement épanouie en plein soleil, une frénésie de jouissances sublimes ou vulgaires, mille aventures de roman picaresque surgies à des coins de rue et dans des cours d’hôtellerie, le caprice fécond d’une humeur qui se passionne pour tout objet, tels sont les souvenirs qu’il a laissés dans la mémoire des hommes, à travers les siècles. Sur un fond de jardins, de palais, d’arcs de triomphe, passent tous les comparses de son existence, pareils tantôt aux lestes figures de la commedia dell’arte, tantôt àdes héros de Shakespeare, et chacun d’eux a le relief, le noble costume d’un protagoniste : princes, prélats, spadassins, courtisanes, filles enlevées, rivaux domptés. Il est au centre, et il rayonne.
Les matières étincelantes qu’il a travaillées, l’éclat des
métaux précieux et des gemmes semblent avoir concentré sur sa destinée une lueur exceptionnelle. L’or qu’il a ciselé et caressé a fait de son nom un nom aux syllabes d’or. En même temps qu’il représente toute la vertu vivace de la Renaissance, il symbolise toute la magie de l’art, de l’orfèvre. Le récit que Cellini nous a laissé de sa vie a été le point de départ des synthèses les plus accréditées sur l’état de l’àme humaine et sur les mœurs au seizième siècle. Pour avoir excité l’enthousiasme des philosophes individualistes, plus que tout autre artiste de son temps il jouit d’un extraordinaire prestige historique.
Certains critiques ont tenté d’établir que le décor de cette vie cachait un tempérament d’artiste secondaire. La disproportion qui existe entre les documents abondants et colorés que Cellini s’est chargé de nous fournir sur son propre compte et, d’autre part, le nombre relativement restreint des œuvres qu’on peut lui attribuer en toute certitude, a fait craindre que les historiens, en le plaçant au premier plan de la Renaissance italienne, n’aient été les victimes de quelque illusion littéraire.
Peut-être y a-t-il eu, sur le compte de cet artiste, abus desgénéralisations etdes systèmes. En voulant trop associer son exemple à des démonstrations de psychologie et de morale historiques, — sans tenir compte des traitssinguliers et avant tout personnels dont était riche cette vie « représentative », — il est arrivé qu’on n’apas toujours nettement dégagéle sens de l’œuvre. En étudiant à travers les événements de son existence l’effort de Benvenuto Cellini, les