LE PAUVRE BAILLET
front que vous m^avez fait quand vous êtes venu, de manger ailleurs que chez moi. Venez me dire à quoi vous en êtes de vos travaux, ce que vous avez fait de vers, et m'apprendre si votre position est toujours aussi agréable. J'espérais trouver une partie de tout cela dans votre lettre. Je pense que vous me l'avez affranchie, parce que vous y mettiez peu de choses qui m'intéressent. Ne m'affranchissez plus, et écrivez-moi un peu plus longuement de tout ce qui vous touche.
«Vous avez vu dans les journaux que le pauvre Baillet, que vous avez rencontré chez moi, avait terminé sa courte carrière à Bergerac, sa ville natale. Quand il me fit ses adieux, à mon dernier voyage, il me laissa peu l'espoir de le revoir un jour, tant la maladie avait déjà fait de progrès. Quel être pur et naïf! pauvre jeune homme si bien intentionné pour ses semblables! Une imagination dévorante, un cœur sans repos, ont détruit cette frêle organisation. Combien m'est douloureuse la mort de ces jeunes arbres! Quand un homme a passé cinquante ans, je le vois partir sans regret si je ne suis pas lié avec lui d'amitié ; mais les jeunes gens, même ceux que je ne connais pas, je les pleure. Et ce bon Baillet, je l'avais connu dès le premier jour. Adieu, portez-vous bien, travaillez, pensez à moi et venez me voir pour faire mieux. (21 mai 1836.) »
Le pauvre Baillet était un jeune homme qui était venu comme moi chercher fortune à Paris. J'avais survécu à la misère, il y avait succombé. Béranger lui avait aussi prêté de l'argent, et je l'entendis plus tard se plaindre qu'il ne lui avait jamais été remboursé.