V( ANACRÉON
reçus une lettre qui me rappelait inopinément auprès de mon élève que sa mère avait conduit auprès de son autre fils,, lieutenant en garnison à Landrecies. Je partis pour la Flandre; mais le choléra, qui tuait, disait-on, les hirondelles dans l'air, semblait nous poursuivre comme un oiseau de proie et de sépulcre. Le fléau éclata sur notre passage à Senlis, Péronne, Cambrai, Valenciennes. Il n'arriva pourtant pas jusqu'à Landrecies : cette petite ville, entourée de pacages où des vaches errent jour et nuit en liberté, charmait mon cœur instinctivement pastoral. Mes sentiments patriotiques trouvèrent aussi leur satisfaction à contempler cette humble Sambre et cette magnifique forêt de Mormale si fameuses par les batailles de la révolution. Nous restâmes un mois à Landrecies, le choléra disparut, et nous revînmes à Dugny. J'y passai l'été à traduire avec mon élève les odes d'Anacréon et d'Horace à l'ombre de bosquets dignes de leur muse. Mon esprit insensiblement reprit sa sérénité, et c'est de là probablement que j'adressai à Béranger ces vers, qui ne sont qu'un badinage poétique :