LA DÉESSE
Un poète de ma jeunesse dit quelque part :
Laisse là , mon ami , tes farces olympiques , Tes déesses de bois , tes guenilles civiques.
Déesses de bois, non! car, comme le prouvent la chanson et l'histoire , les déesses de l'époque en question étaient bien véritablement de chair et d'os , belles en outre, n'ayant, au lieu de régir le monde, qu'à se tenir droites et, à bien porter la pique et le bonnet. D'ailleurs rendant faciles certaines définitions, qui, sans elles, le sont fort peu. Ainsi demandez aux uns, aux autres, aux capables mêmes, ce qu'est au juste la Libertés ou la Raison j ou la Vérité y qui répondra?... Tandis qu'au temps des déesses , le premier morveux eût dit de suite : « La Liberté, c'est madame Agathe Leflant , la mercière du coin , avec une robe blanche , un bonnet rouge et une hallebarde : La Raison^ c'est madame Poitrat, la belle limonadière du quai de Conti, )) etc. Or, à côté de mesdames Leflant, Poitrat et autres, fraîches, riantes, en beaux jupons et chignons, hélas! que peuvent sembler la Raison et la Liberté des Platon, des Socrate, des Paul, des Chrysostome et des Fénelon?
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Xoi . paaiTe eii£uil . dans une coape Eo oqibeiiii. par le sort
Allons! allons : Et. pour développer Tesprit et le caractère . qu'auraient donc valu de plus tous les soins? Et y a-l-il bonne grâce en eflet à tant accuser la rudesse du chemin, quand il a fait trouver un g^te excellent de tout point?
De noms affireax cette époque est flétrie.
Malgré son patriotisme ardent, Béranger fut toujours bien plus homme que citoyen , et Thorreur du sang remportait chez lui sur Tamour même de la liberté. Tant de noms, qu'on a voulu réhabiliter, lui semblaient bons à taire soigneusement et à faire oublier , s*il était possible, pour Thonneur de tous tant que nous sommes ici-bas.
On a cru voir dans cette chanson une allusion à M** Tallien ; ce qui ne fut nullement dans Tidée du chansonnier. Il eut toujours d'ailleurs à se louer de cette dame.
LE MâLâBE,
D'une santé délicate et sujet pendant longues années à de violents et continuels catarrhes, Béranger , vers répoque indiquée au titre de cette chanson , fut obligé « par suite d'une fluxion de poitrine assez grave»
d*entrer dans la maison de santé du faubourg Saint- Denis. Le célèbre accoucheur Dubois, qui le connaissait depuis son enfance, alla l'y voir et le trouva se disposant à faire, suivant Tordonnance, un déjeuner très-substantiel : « Quoi! déjeuner dans un pareil état! s'écria le visiteur; mais es-tu fou, ou l'est-on pour toi? )) Plus tard, le docteur au déjeuner, rencontrant Dubois, lui dit : « Holà, maître ! vous chassez donc sur mes terres? — Il y chasse en effet, repartit Béranger , chez lequel se passait la scène ; mais il ne tue pas. » Cette fluxion de poitrine fut, jusqu'à l'âge de soixante-onze ans , la seule maladie à lui faire garder le lit : car la fièvre même ne l'empêchait pas d'en sortir. Dans le printemps de 1851, l'allant visiter un matin près de la barrière d'Enfer, je fus frappé de l'altération de ses traits; il marchait avec peine, fort souffrant de la grippe et relevant depuis quelques jours d'une violente attaque d'hémorroïdes. « Comment ! m'écriai -je , vous vous êtes levé! mais c'est au plus si vous pouvez vous traîner ! — Et mon feu , répondit-il, qui l'aurait fait? » Son air de conviction me ferma la bouche : un bon guèbre n'aurait pu mieux dire. En causant néanmoins, je compris que l'ennui du lit l'en avait chassé autant que le souci de ses tisons. Il m'écrivit en juillet 1834 : « Il faut que je vous apprenne que j'ai la goutte. — Vous en avez évidemment la peur, répondis-je; mais j'espère que vous vous en tiendrez là , c'est assez ! » Les mi-
îiO BÉRÂNGER
sëres et malaises au surplus ne semblaient chez lui rien moins que contraires à l'inspiration. Je trouve dans une autre lettre de 1830, la phrase suivante : «J'ai une foule de sujets qui voltigent autour de ma tête comme des papillons de nuit autour de la lumière; mais je ne puis en attraper aucun. Je crains que cela ne dure ; car j'ai remarqué que lorsque je me portais bien, j'avais peu de dispositions au travail, à moins d'être en prison. »