‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 181 sur 241 · ORAISON FUNÈBRE DE TVRLUPIN · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE TVRLUPIN

Le seul défaut peut-être de cette jolie chanson serait de prêter à une allusion, et par là d'embarrasser plus ou moins le lecteur, quand il ne s'agit en effet que d'un cadre comme tant d'autres.

Turlupin, pauvre et montreur de marionnettes, en peut dire long et ouvrir à son gré la bouche : autre Socrate, sous la veste d'un bouffon. Et si on l'a méconnu, y a-t-il à s'en étonner? Socrate lui-même, revenant, aurait-il grande pratique, vieux et dénué, et aussi chauve, non plus sensé que l'auteur de Turlupin. Platon réussirait mieux : on aime la belle mine, les mots bien sonnants, les belles phrases qui remplissent l'oreille, l'esprit restât-il vide. Ne voilà-t-il pas une statue pour tel phraseur d'école, compilateur de vieilleries morales et métaphysiques, que personne peut-être n'a lues au long, hors moi, à qui Dieu le pardonne !

Au reproche tant répété relativement à la chanson du Bon Dieu, Béranger aurait pu répondre par les deux vers de Turlupin :

Ton Dieu, Marie Âlacoque, N'est pas plus mon Dieu que Jupin.

Mais aurait-il pu se justifier de deux ou trois expressions, dont l'une surtout demande à être interprétée et se trouve là pour raccommodant? (Et à propos de

ce nom de Jupin , je trouve dans mes notes , qu'un traducteur anglais a cru devoir intituler Jupiter la chanson du Bon Dieu.)

Clément aussi écrivit, non l'oraison funèbre, mais l'épitaphe d'un Turlupin de son temps, Jean Serre ^ inférieur à celui de nos jours, comme l'épitaphe l'est à la chanson :

Que dis-je , on ne le pleure point :

Si fait- on; et voicy le point :

On en rit si fort en maints lieux, Que les larmes sortent des yeux.

Ainsi en riant on le pleure Et en pleurant on rit à l'heure '.

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