‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 202 sur 241 · LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER · texte numérisé non relu

LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER

Jean-Jacques n'eut affaire qu'à un archevêque, Béranger à un cardinal : les vers méritaient plus que la

i. Quinault.

prose. D'ailleurs chacun des mandements obtint réponse , et dont on se fût passé peut-être , ni la lettre ni la chanson ne paraissant tournée de façon à mettre les prélats en goût de polémique. « Un illustre archevêque, qui devrait réprimer tant de lâcheté, Tautorise : il n'a pas honte, lui qui devrait plaindre les opprimés , d'en accabler un dans le fort de ses disgrâces. »

Vous lisez donc mes chansonnettes ?

Ah! je vous y prends, Monseigneur!

De l'archevêque et du cardinal, lequel s'accommoda le mieux du début et fut plus flatté de la suite? «...Loin de vous faire un droit d'être justes, vous ne vous croyez même pas obligés d'être humains. Vous accablez fièrement le faible, sans répondre de vos iniquités à personne ; les outrages ne vous coûtent pas plus que les violences... »

Le bon samaritain,

D*huile et de baume les mains pleines, Aurait rougi d'aigrir le mal.

Ah! d'un captif il n'eût vu que les chaînes,

Qu'en dites- vous, monsieur le cardinal ?

Le cardinal et l'archevêque se turent : ils avaient affaire à de rudes jouteurs , et au siècle , plus rude jouteur encore. Que pouvait l'un contre 89, l'autre contre 1830?

La chanson ne vaut pas la lettre , un des meilleurs morceaux de Jean -Jacques; mais Jean -Jacques, en

cinquante lignes, n'eût pas fait l'équivalent de la chanson.

Le chansonnier, au reste, se vit dédommagé.

Quelques années plus tard, au lieu d'un nouveau mandement, ce fut une visite. Trois hommes graves frappèrent un matin à sa porte; le curé de Passy introduisait son archevêque. Autre temps, autres mœurs!... La visite fut bien reçue, comme il se devait : on causa gaiement et chrétiennement: Béranger s'y entendait. 11 visita à son tour, même reçut une invitation à dîner, refusée suivant son usage; et de tout cela ne provint pour la religion ni regret ni dommage.

COUPLET

Quoi qu'il dise, la force ni la sagesse ne lui manquèrent, et peu d'hommes en ont montré davantage, moins sans doute dans son langage et dans ses vers que dans ses actes.

Sa modestie fit ses torts : ne prévoyant pas le succès de ses chansons, il ne put s'inquiéter de leur influence et s'y abandonna à tous les caprices de l'âge. Celles de sa maturité et de sa vieillesse montrent assez le jugement qu'il dut porter des premières; non, bien entendu, comme compositions.

Sa gaieté fit mieux que de ne pas offenser la tristesse, elle la consola le plus souvent, et le vers indi-

quant Tair ici conviendrait, s'il en fut, à l'auteur du couplet :

C'est le meilleur homme du monde.

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