‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 21 sur 241 · UN TOUR DE MAROTTE · texte numérisé non relu

UN TOUR DE MAROTTE

GhansoD chantée aux Soupers de Momus.

Les Soupers de Momus ^ nom d'une autre société chantante, fondée à l'imitation du Caveau moderne. Le président portait à table une marotte pour signe distinctif. « Mais comment, demandai-je à Béranger, ce président tenait-il sa marotte et de quel air les convives se la passaient-ils ? Car enfin ils avaient plus de douze ans. — Cette marotte, mon cher ami, signifiait : amusons-nous, rions fort, soyons gais, soyons fous ! et devait par conséquent rendre sage, sérieux au moins. Tant de précautions pour s'assurer le plaisir prouve assez qu'on craint de le manquer, ou tout simplement qu'on le manque.

Les anciens Grecs se faisaient passer une branche de myrte et chantaient en la recevant. C'était plus gracieux. »

LA DOUBLE !VRESSE,

De 1800. Béranger avait donc vingt ans.

De ces deux ivresses, l'une, que guérit l'âge, est

quelquefois la pire. L'autre, malgré les chansons, même les meilleures, a pour fille ou sœur l'indigestion, vilaine parenté, et engendre avec le temps toute une lignée qui la vaut : car le vin rend d'abord brillant et gai, et puis rend tout autre. Ivrogne, bon diable, assure-t-on; ajoutez : pauvre diable à la longue. Le rapprochement qui termine le troisième couplet

Je bois , dussé-je en ce jour Du vin expier l'ivresse Par rivresse de Tamour,

donna sans doute à Déranger l'idée de sa chanson, et le tenta, quoique ne valant guère que dans les mots : Il y avait peu à en tirer. L'ivresse du vin n'est pas un grand crime, et n'a pas besoin de s'expier par un amour bien terrible. Aussi, comme le dit ensuite la chanson, est-ce un amour dont l'ardeur dure autant que l'effet du Champagne et du bordeaux; celui-là même que chantait si bien Anacréon : « Bacchus, s'écrie-t-il, rend Vénus puissante, et, dès que j'ai bu, je sens le besoin d'aimer. » Le vieux Saint-Aulaire sentait, j'entends croyait sentir, le même besoin. C'est lui qui disait à 90 ans :

Bacchus et Sylvie M'occupaient tour à tour.

Mais, à mon âge, On devient sage; Et , sans partage , Mon dernier jour Doit se consacrer à l'amour.

et l'amour sans doute le dispensa de tout service. Le grand prieur de Vendôme parle d'une voix plus jeune, et son couplet, au tour un peu risqué, ne manque pas de feu :

Iris porte le dieu du vin Et Tenfant de Cythcre , L'un dans ses yeux, L'autre en sa main , Pour nous faire la guerre.

Et Ion , lan , la , je crains bien plus ce dieu Que celui qui tient le tonnerre.

C'est toujours, comme on voit, le Cupidon des pots, l'Amour sans gêne ni façon. Il en est un autre, ^ tenant mieux et valant moins, bien fier, de grand renom, faisant fi des bouteilles. Celui-là déclame, poignarde, empoisonne, étrangle, mais ne se grise pas.

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