‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 37 sur 241 · ADIEUX DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

ADIEUX DE MARIE STUART

C'est la seconde romance de Béranger , chantant là ce qu'il imagine , tandis que Marie chanta ce qu'elle sentait. Le moyen pour lui de l'emporter!

Adieu , plaisant pays de France ,

ma patrie

La plus chérie, Qui as nourri ma jeune enfance I Adieu, France, adieu mes beaux jours!

La nef qui disjoint nos amours N'a eu de moi que la moitié ; Une part te reste ; elle est tienne;' Je la fie à ton amitié Pour que de l'autre il te souvienne.

Quels touchants, et beaux et excellents vers, et comme on savait les tourner à cette époque ! Il y a d'elle encore, dans Brantôme, quand elle pleure la mort de son mari :

LasI en mon doux printemps Et fleur de ma jeunesse, Toutes les peines sens D'une extrême tristesse ; Et en rien n'ai plaisir Qu'en regret et désir.

Et tout cela devient plus touchant par le souvenir de ses malheurs. L'histoire de cette pauvre femme, même ne fût- elle pas sans reproches, grâce à l'horrible Elisabeth et à son entourage , montre à quel point on peut devenir ici-bas féroce et lâche ; et montre aussi

que la beauté, le génie, la richesse, la jeunesse, la puissance, n'empêchent pas de souffrir beaucoup. Certes , à propos d'elle , Pindare n'eût pu demander si jamais mortel fut^comblé de tous les biens à la fois, et, en y regardant de près, eût compris sans doute que, dans aucun cas, le bonheur ne peut leur être dû. Vérité consolante après tout ! car combien de gens jouissent d'une partie seulement de ces biens?... Nelson, au comble de la prospérité, s'écrie que le bon- . heur est impossible ; et de Foê pauvre , chargé d'ans , rongé de gravelle et de goutte, se montre calme et gai.

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