LES PETITS COUPS
Çà, buvons tous  petits coups , Çà, buvons tous, Rien n'est si doux.
Chanson de tous les temps, texte connu, usé même et toutefois admirable pour la glose ! Quel texte offriraient ces quatre premiers vers ! Ce serait le sujet d'un beau livre , si on le savait faire , et qui gênerait Béranger à l'endroit de tant d'autres chansons, par exemple de rÉloge de la richesse. 11 se faudrait même entendre quant au refrain de celle-ci : Boire à petits coups est bon à dire. Mais de quel vin? Si c'était l'alicante ou le porto, la tête en tournerait -elle moins? Mieux vaudrait alors le suresne à plein verre. Certains plaisirs se peuvent prendre sans y trop regarder ; et de certains autres l'usage est déjà un excès. Aussi la modération consisterait plutôt à savoir les choisir qu'à les bien mesurer. 11 n'y aurait pas grand danger, par exemple, à beaucoup lire, promener, travailler; et il y en a toujours plus ou moins à vouloir tàter du jeu, du vin et des joies de cette sorte.
Le bonheur tient au savoir-vivre.
Mais le savoir -vivre ^ qui fait le bonheur, chacun de nous , à moins de l'apporter en naissant, ce qui ne saurait être , ne le doit-il pas apprendre? et comment.
OÙ, de quel maître? Évidemment il ne saurait consister à boire et faire Tamour ; car qui ne sait naturellement ces deux points, et partant qui ne serait heureux ?
Et la santé, quel bien pour tous.
Voltaire s'écrie :
déesse de la Santé I
Fille de la Sobriété ,
Toi qui vaudrais, si j'ose dire,
Tous les dieux du céleste empire...
Mais cette vérité se doit oublier , quand on veut de la chanson suivante louer autre chose que son style , son mouvement si leste et son refrain si bien jeté.