‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 71 sur 241 · L* HIVER · texte numérisé non relu

L* HIVER

Du Soracte vois -tu le fat te Déjà de neige se couvrir, Et les grands arbres dont la tête Sous les frimas semble fléchir?

Horace, dont la composition est trop souvent négligée, se montre inférieur ici à Béranger, même sous les autres rapports. Dans la chanson latine il ne s'agit que d'un simple conseil , à la vérité comme savait en donner l'ami de Virgile ; dans la française, c'est toute

un scène pleine de charme et de grâce. Taliarque a pour seuls interlocuteurs les vents, alors aussi

Rendant les portes bruyantes ,

et doit boire tout seul son vin : or, serait-ce le plus vieux falerne, le passe-temps, ne pouvait sembler bien gai à un homme que rien n'empêchait d'aller causer avec tous les gens amusants d'alors.

Et quelle différence entre les deux façons de finir ! Ces jeux du soir , ces causeries d'amour à voix basse , rappellent sans doute ce qu'a de plus gracieux et de plus piquant la jeunesse; mais évidemment* il n'est donc plus question d'hiver, et l'on serait tenté de croire que ces deux dernières strophes appartiendraient à une autre pièce. Chez Béranger au contraire le tableau s'achève, et, malgré son cadre si étroit, semble complet,

Que nos portes restent closes , Et jusqu'au retour des roses, Chauffons - nous , chauffons - nous bien !

On regretterait que , pour mettre la jeune fille en scène , il ait fallu gâter un peu cet ensemble. Le second couplet, nécessaire au troisième, ne vaut aucun des autres, et n'a pas leur allure facile et leur pureté.

Pendant la première impression du volume, le correcteur fit tous ses efforts, auprès de Béranger, pour obtenir , dans le second couplet , le changement du mot ardent; et, comme on le voit, n'y réussit pas. Il

y a dans la Nostalgie : La fièvre court triste et froide en mes veines.

TibuUe a traité un sujet analogue, sans cloute avec son charme ordinaire , mais de manière à mieux montrer la supériorité de Béranger.

Oh! qu'il est doux, lui fait dire un traducteur,

Ohl qu'il est doux lorsque la pluie

A petit bruit tombe des deux, De céder à Tattrait d'un sommeil gracieux !

Qu'il est plus doux encor, la nuit près de Délie, De se sentir pressé dans ses bras amoureux Et d'entendre mugir l'Aquilon furieux I

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