‹ Béranger et ses chansonsChapitre 119 sur 269 · LES ENFANTS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DE LA FRANCE

On a souvent reproché à Déranger de se laisser dominer par l'esprit de parti , et c'est à tort. Tout attaché qu'il fut à ses idées et à ses sentiments politiques , nul ne comprenait et ne respectait mieux les sentiments

ET SES CHANSONS. lOî

contraires. 8a passion constante à cet égard, et de beaucoup la plus forte, était l'amour de la France : quel que fut le bras qui s'offrît pour la servir, jamais il ne le repoussa.

Au commencement de 1819 , on crut généralement à plus de bienveillance dans les intentions du gouvernement; il l'espéra lui-même, aussi voulut-il préluder en quelque sorte à une grande réconciliation. Les Enfants de la France, dans sa pensée, embrassaient tous les partis , et cette pensée généreuse le soutient à une hauteur qu'il avait rarement atteinte. Plus d'embarras, plus d'effort dans la phrase, plus d'expression douteuse ou prosaïque. Tout se développe comme sous un soufïle puissant et harmonieux, et le regard s'élèverait presque pour suivre le poëte , tant il semble monter de plus en plus. Quel style ample et ferme ! quelle noblesse de ton! quelle justesse et quelle richesse d'images!

Grimm^ dans sa correspondance, donne sur la prise de Mahon une chanson de Collé , qui eut un immense succès et valut même à son auteur une pension du roi. Il y avait cependant à cette époque de bons juges. En comparant cette pièce et celle de Béranger , on comprend mieux tout ce que vaut celle-ci.

S'il l'eut chantée au Caveau , où rien de poétique ne devait entrer , elle en aurait sans doute fait sauter les vitres, grasses de la vapeur des sauces et du vin.

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