LE MALADE
D'une santé délicate et sujet pendant longues années à de violents et continuels catarrhes, Béranger , vers l'époque indiquée au titre de cette chanson , fut obligé, par suite d'une fluxion de poitrine assez grave,
d'entrer dans la maison de santé du faubourg Saint- Denis. Le célèbre accoucheur Dubois, qui le connaissait depuis son enfance, alla l'y voir et le trouva se disposant à faire, suivant l'ordonnance, un déjeuner très- substantiel : « Quoi! déjeuner dans un pareil état! s'écria le visiteur; mais es-tu fou, ou l'est-on pour toi? » Plus tard, le docteur au déjeuner, rencontrant Dubois, lui dit : « Holà, maître ! vous chassez donc sur mes terres? — Il y chasse en effet, repartit Béranger, chez lequel se passait la scène; mais il ne tue pas. » Cette fluxion de poitrine fut, jusqu'à l'âge de soixante-onze ans , la seule maladie à lui faire garder le lit : car la fièvre même ne l'empêchait pas d'en sortir. Dans le printemps de 1851, l'allant visiter un matin près de la barrière d'Enfer, je fus frappé de l'altération de ses traits ; il marchait avec peine , fort souffrant de la grippe et relevant depuis quelques jours d'une violente attaque d'hémorroïdes. « Comment! m'écriai -je , vous vous êtes levé! mais c'est au plus si vous pouvez vous traîner ! — Et mon feu , répondit-il, qui l'aurait fait? » Son air de conviction me ferma la bouche : un bon guèbre n'aurait pu mieux dire. En causant néanmoins, je compris que l'ennui du Ut l'en avait chassé autant que le souci de ses tisons. Il m'écrivit en juillet 1834 : <( Il faut que je vous apprenne que j'ai la goutte. — Vous en avez évidemment la peur, répondis-je; mais j'espère que vous vous en tiendrez là, c'est assez! >> Les mi-
no BÉRANGER
sères et malaises au surplus ne semblaient chez lui rien moins que contraires à l'inspiration. Je trouve dans une autre lettre de 1830 , la phrase suivante : « J'ai une foule de sujets qui voltigent autour de ma tête comme des papillons de nuit autour de la lumière ; mais je ne puis en attraper aucun. Je crains que cela ne dure; car j'ai remarqué que lorsque je me portais bien, j'avais peu de dispositions au travail, à moins d'être en prison. »