LE NOUVEAU DIOGÈNE
Diogène, par sa vie si bizarre, fit grand bruit et sa recette est restée en honneur. Beaucoup de gens se singularisent ; la peine, la dépense, le danger même ne les peuvent arrêter; ils sont contents si on les regarde, si on les cite, si on s'occupe d'eux! serait-ce pour en rire, et faire pis ?
Béranger n'eut rien de ce travers. Personne ne ressemblait plus à tout le monde, et son langage même, bien que rempli de finesse et de grâce, avait la simplicité de ses manières. Son costume, toujours propre, était celui d'une modeste aisance, et dans un salon n'offrait rien qui put absolument le faire remarquer. Un jour que je le blâmais de prendre dans certaines circonstances un habit, vêtement peu de son goût : (( Voulez-vous pas, dit-il, que je me donne les airs et le sans gêne d'un personnage ? »
A le rapprocher de Diogène on ne trouverait donc, avec un esprit plus vif, plus étendu, que le besoin d'indépendance et l'indifférence pour la fortune. Mais l'un et l'autre ne marchaient pas au même but, ou du moins par le même chemin. Le cynique était tenu à l'exagération, condition nécessaire quand il s'agit
d'offrir certains exemples. Prendre en effet pour logis un tonneau, manger ce qui tombe sous la main, montre du moins que les palais, châteaux et dîners à trois services ne sont pas de première nécessité ; et si, comme on le lui reprocha, l'orgueil perçait à travers ses haillons, une consolation pouvait en sortir aussi pour le pauvre esclave de Thrace ou de Carie, qui, à cette vue, s'accommodait mieux sans doute de son vieux caban rapiécé.
Cette chanson date desCent-Jours. u Le couplet sur le chapeau de fleurs fait allusion à quelques hommes, porteurs de noms ne rappelant de 93 que les excès, et qui prétendaient représenter l'ancien parti républicain, quoique celui-ci les eût toujours repoussés. « Ils ne cessèrent de m'inspirer, disait Béranger, une aversion singulière. Aussi en fut-il parmi eux à me traiter d'aristocrate ! »