LA DOUBLE CHASSE
Il y aurait peut-être ici un point d'oublié; c'est que, pendant la chasse ainsi faite à sa femme, le chasseur, en retournant près d'elle , contait sans doute
de son côté quelque chasse semblable faite par luimême. Car certains chasseurs parlent volontiers de ces trois genres de prouesses, au bois, au lit et à table; comme chez Henri IV , un triple talent aussi ! dont le dernier n'est pas celui dont on est le moins fier. Hippolyte lui-même, digne fils d'un héros , ne s'en défendait qu'à demi : « Rien de si doux après la chasse, ditil... » vous allez achever pour lui et mettre : que la vertu, que l'amour, que... et lui, convient tout bonnement , que c'est la table , une bonne table , une table pleine.
D'où vient donc le sobriquet donné à certains maris et cette équivoque du dernier couplet , si plaisamment amenée? Serait-ce des belles cornes dont s'affublaient les Spartiates partant pour la guerre , ou de ces coiffures décrites par Juvénal des' Ursins, quand il parle des passe-temps d'Isabeau de Bavière?
Saint-Simon raconte avec sa verve ordinaire comme quoi, à un bal chez Louis XIV, M. de Luxembourg se montra la tcte surmontée d'une grande paire de cornes; ce qui fit beaucoup rire de lui et de sa femme. Nous trouverions aujourd'hui peu de goût à ces sortes de plaisanteries, même aux mots de sac à vin et du sac à guenilles , dont s'appelaient les princesses d'alors , ou à leur plaisir de fumer dans des pipes qu'elles envoyaient prendre au corps de garde voisin, etc. Nos mœurs sont devenues grossières.