LES ROMANS
Avec l'âge, suivant Béranger, adieu les romans I ceux d'amour du moins ; car les autres finissent-ils avant nous ?
Qui ne fait châteaux en Espagne?
Chaque jour nous tourne un feuillet : heureux qui dans celui de la veille ne trouve que celui du lendemain, et pour les suivants de même ! Car la vie, comme le vin, se trouble quand on l'agite et ne s'épure qu'avec le calme et les ans.
Les vœux du dernier couDlet sont des vœux et rien
de plus : il s'en fait de plus ambitieux, non de moins exaucés. Être jolie femme et ne pas en pleurer, même de bonne heure, supposerait ce qui ne saurait être, que personne n'y prend garde, que soi-même on l'ignore. Les rois, suivant Chactas, ont dans les yeux quantité de larmes, et les jolies femmes, hélas! régnent aussi... 0 laides, bénissez Dieu! et tâchez d'être bonnes en sus ! Laide et bonne, quoi qu'on pense, et malgré Phidias et Raphaël, c'est le lot désirable. L'esprit s'y pourrait joindre, et cependant que de pleurs il coûte aussi parfois ! La bonté jamais ; c'est une fleur aussi, mais qui conserve sa grâce et ses parfums et prend avec les ans plus de douceur encore.
Au reste, un peu prié, Béran'ger eût fait peut-être ce dont il s'agit ici ; car l'idée lui était venue de plusieurs romans. Il y en avait un entre autres, intitulé le Mouchard, dont le sujet, le plan et l'intrigue me semblaient ce qu'on peut imaginer de plus original et de plus piquant. « Ah! mon ami, m'écrivait-il en avril 1833, quel heureux temps pour les folies ! J'ai bien envie d'en faire une en quatre volumes. Je vous parlerai de cela dans une autre lettre, si j'en ai le courage; ou ce sera pour régaler votre retour. )>
Mon Dieu : que cet homme avait d'esprit ! qu'il voyait de haut et avec finesse et avec âme ! et que toute cette moquerie eût été amusante et profitable !...
Mais il aurait fallu de la prose, et sa muse jalouse, connaissant son homme, tirait la ficelle des dizains.
TRAITÉ DE POLITIQUE A L'USAGE DE LISE. (Mai 1815.)
Le rapprochement est un peu forcé ; de là sans doute un tour moins facile et une expression manquant parfois de justesse. Béranger n'avait pas encore pris son essor et continuait à user de ces vieux cadres, désormais trop étroits pour son inspiration , toujours grandissant : il les abandonna enfin ou à peu près. Il fallait bien que l'aigle brisât sa misérable cage.
Le troisième couplet a sur les conquérants un mot
singulier :
Ce sont de terribles coquettes !
et qui rappelle celui de Sancho, quand son maître se prépare à la grande aventure des moulins à foulons : « Monsieur, vous n'y prenez pas garde ! Il fait nuit, nuit noire, et personne ne vous verra. »
Les conquérants , des coquettes ! . . . Non pas de celles qui cherchent seulement à plaire ; ils y tiennent peu : oui, comme beaucoup d'entre elles, étonner, faire effet, attirer les regards. Les petits garçons de même s'affublent et crient de leur mieux, pour qu'on les regarde aussi. Mais les femmes et les petits garçons n'y dépensent que des rubans et des grimaces ; les autres coûtent plus; il leur faut des tueries, des sacs de villes.
la famine et le reste. Vanité pour vanité, m encore les grimaces que les batailles.
Celte chanson parut en mai 1815. Nap mieux à faire qu'à la lire et à en tirer parti, r ger ne pouvait rien de plus que la publier, de gens, injuriant l'idole après sa double c bien y en eut-il à parler ainsi pendant qu'el core debout?
Plus tard, il n'en fut pas moins accusé de qu'un flatteur. Dans sa première édition, à refusa de donner ces couplets, qu'il lui eût convenant de publier , lorsque tant de ha chaînaient contre l'homme si bien adoré la '
Ce fut dans le moment même où il les qu'on lui offrit la place de censeur, ainsi qu( une note précédente.