‹ Béranger et ses chansonsChapitre 68 sur 269 · L'HABIT DE COUR · texte numérisé non relu

L'HABIT DE COUR

L'idée de ces couplets lui vint à propos d'une au prince Lucien, dont il fut froidement reçu qu'il ne faisait que des chansons. L'accueil e tout autre s'il avait pu s'annoncer en poëte épi( lyrique. Le prince poussait la prévention à cet jusqu'à ne s'accommoder de La Fontaine, ni ( lière.

Quant à Béranger, son habit n'était pas l'ha

cour ; celui même d'académicien l'effrayait au poi

la| seule idée en aurait suffi pour l'éloigner du fa

qui lui fut , à ma connaissance , plusieurs fois

Il aurait fallu des ^visites, en outre, des rêvé

au château, un discours, même un discours en

toutes choses lui plaisant moins que de s'er

rêvant et rimant à travers le bois de Boulogne,

refusa-t-il.

. . . Mon riche habit me conseille D'apprendre à m'incliner bien bas.

Et même, l'habit se borne rarement au c( il commande, et celui aui le porte obéit. Lht

marchand clans sa boutique , le tablier retroussé, sert de son mieux la pratique et, grondé par elle, cherche une excuse polie. Mais, deux heures plus tard, à la parade, avec le pompon et l'épée, il dresse la tête, hausse la voix et ne souffrirait pas un démenti. Est-ce le même homme? Non ! car ce n'est pas le même habit. Cicéron avoue qu'une toge mal drapée lui ôtait de son assurance et de son talent. Si donc on lui eût tiré la sienne de droite ou de gauche pendant ses catihnaires, les conjurés échappaient peut-être, Rome était à eux et le monde changé ; le tout pour un faux pli.

PLUS DE POLITIQUE. (Juillet 1815.)

Une seconde fois l'ennemi occupait la France ; et

une seconde fois Béranger prenait ce triste sujet pour

thème. La différence des deux manières montre son

progrès d'une année à l'autre. En 1814, il plaisante

et rit, du bout des lèvres sans doute, mais enfin il

tâche de s'étourdir, parle de trinquer, rime encore

pour le Caveau. En 1815, il a rompu décidément sa

sotte chaîne et, si on le peut dire, s'inspire enfin de

lui seul.

... Un autre chant commence.

Quels vers doux et touchants et pleins à la fois de tristesse et d'ironie ! Quelle délicatesse dans ces regrets à demi étouffés ! Quelle fierté simple dans ces souvenirs, dont il voile à dessein l'éclat i Aussi ce ton

nouveau, qu'il posséda désormais au suprême degré, donne-t-il à celte pièce, bien plus que le style encore et les idées, un charme qu'on ne retrouve peut-être, à un égal degré, dans aucune autre, et qui explique la sorte de passion avec laquelle on la chantait partout.

Il y aurait deux vers à corriger : après cV amoureux combats et dormons au sein des plaisirs; le premier comme fade, le second parce qu'il exprime un sentiment que contredisent évidemment ceux qui le suivent.

Il y aurait de plus, s'il était possible, à lire une chanson sur le même sujet et probablement faite à la même époque :

Peuple français, la politique T'a jusqu'ici trop attristé; Rappelle ta légèreté ,

Ton antique

Joyeuse té.

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