‹ Béranger et ses chansonsChapitre 94 sur 269 · COUPLETS A MA FILLEULE · texte numérisé non relu

COUPLETS A MA FILLEULE

Agée de trois mois, le jour de son baptême.

Certes si la filleule a vécu et cause plus ou moins avec son parrain , elle a du rire en effet. Peu de gens ont eu autant que Béranger cette faculté merveilleuse de laisser échapper des mots, le plus souvent inattendus, à ce point qu'on aurait pu ne pas les remarquer parfois , s'ils avaient été moins piquants. Évidemment, en commençant sa phrase , il ne pensait pas le moins du monde au trait qui devait la terminer, ou qui s'y glissait, sans en interrompre le sens et la suite. La simplicité parfaite de son langage , le bon sens si délicat et si net , qui en faisait comme le fond, l'élévation de la pensée, quand les sujets le comportaient, ajoutaient encore au charme de ces surprises , toujours d'ailleurs ménagées avec goût.

A propos d'enfants, serait-il indiscret de rappeler deux couplets de Coulanges, plus naïfs qu'élégants :

Pour bien élever vos enfants ,

N'épargnez précepteur ni mie ;

Mais, jusques à ce qu'ils soient grands,

Faites-les taire en compagnie.

Car rien ne donne tant d'ennui

Que d'écouter l'enfant d'autrui.

Pères , charmés de vos enfants ,

Recevez cet avis sincère : /

Étant seuls , prenez votre temps

Pour jouir des plaisirs de père ;

Mais en public, en vérité.

Suspendez la paternité.

L'EXILÉ. (Janvier 1817.)

Après leur seconde Restauration, les Bourbons, ou, si l'on veut, les gens plus ou moins effrayés agissant en leur nom, traitèrent cruellement le parti vaincu : des hommes qui avaient mérité de la France , à différents titres, furent, en grand nombre, obligés de la quitter.

Mais enfin, et vers l'époque où parut cette chanson, le gouvernement sembla disposé à se montrer plus concihant. Béranger voulut, autant qu'il était en lui, l'exciter à persister dans ces sentiments, où tant de malheureux allaient puiser l'espérance de revoir la France. Il se persuada tout au moins que sa voix les distrairait un moment de leurs regrets, et en cela il ne s'était pas trompé; car des pays les plus éloignés, du fond de l'Inde même, lui furent adressées des lettres pour le remercier de ses refrains si doux et si beaux, seuls capables de charmer les longues heures de l'exil.

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