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Au sujet d'Horace, M. Clément de Ris a saisi la nuance et indiqué le contraste avec la même force et la même vérité :
On a cru faire honneur à Béranger en le comparant à Horace^ ^ les gens que les souvenirs classiques tourmentent lui ont même adressé Tépithète d'Horace français. Je crois la comparaison^ si tant est qu'elle existe^ beaucoup plus superficielie que réelle. Us ont chanté tous deux les plaisirs faciles^ mais Béranger par rencontre et au débuts tandis qu^Horace en a fait une espèce de philosophie poétique... S'il fallait à toute force rattacher Béranger à une tradition poétique ancienne^ il me paraîtrait plutôt Grec que Romain.
Enfin le critique constate en termes qui ne sentent point l'ironie ou le dédain à la mode, lorsqu'il s'agit aujourd'hui de patriotisme, que Béranger fut par excellence et jusqu'au bout un patriote, dans la belle et grande acception de ce mot : -
Si donc les Dernières Chansons ne doivent rien apprendre de nouveau sur la pensée du poête^ elles ^ont précieuses du moins pour lui donner sa conclusion. Elles le montrent se relevant sous la main de la mort pour adresser son dernier hymne au Dieu de ses premiers chants : la patrie. Je ne saurais trop insister sur ce point. Gomme philosophe^ comme politique^ comme poête^ Béranger peut mériter beaucoup de reproches. L'influence de son père littéraire^ Voltaire, avait détruit en lui la foi religieuse. Mais comme la plupart des hommes de son âge^ je parle des hommes de cœur, il remplaça bien des qualités absentes par une vertu civique de premier ordre : le patriotisme. Il brûla pour sob pays de cet amour enthousiaste^ généreux^ sans arrière-pensée^ qui^ irréfléchi chez beaucoup, mais mûri chez lui par l'expérience, jeta la France entière sur le champ de la Fédération... Toute
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sa vie son cœur a baltu aussi fort. C'est un patriote de 92 mort en 1857.
Pour résumer en quatre mots notre impression sur M. Clément de Ris, nous dirons que c'est un critique qui pense par lui-même. Il n'écoute que son sentiment intime, il ne cherche que la vérité.
D'autre part M. Alexandre Dumas *, peu de jours après la mort du poète national, a publié dans le Monte- Crislo une longue étude biographique et littéraire sur Déranger. Cette étude est beaucoup plus exacte dans la plupart de ses détails que celle de M. de Lamartine. Le romancier a montré un sens historique et un respect de la vérité beaucoup plus réel que le poëte-historien auquel nous devons un chansonnier gentilhomme^ comptant sur les dictatures pour nous donner le goût et nous enseigner la prcUiqtte de la liberté. On pourrait relever dans le récit de M. Dumas, quelques erreurs, inévitables en l'absence des documents non encore publiés alors sur la vie de Déranger, mais ses tendances révolutionnaires, ses opinions les plus chères n'y sont point défigurées.
C*est surtout le peuple qui glorifiait Béranger; — l'instinct des masses ne se trompe point, il sentait très-bien que Béranger était un ardtnt mineur, que chacune de ses chansons politiques était un coup de pioche donné sous les fondements du trône, et il applaudissait des mains et de la voix au hardi pionnier qui creusait la tranchée par laquelle il entrerait un jour aux Tuileries.
A propos de la révolution de 1830, il montre le
< Le MonU'Cristo, n* du 30 juillet 1857.