‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 33 sur 68 · LES CRITIQUES HOSTILES · texte numérisé non relu

LES CRITIQUES HOSTILES

MM. Ch. «• ■«MMIe, — éMll* MoaMsa*,— CotIIUm-. rlcary, — Umk

M. CHftRLES DE MAZftDE.

Mal-heur à ceux dont rignorance Ne comi&iBt pas ce que ie vaux; Et qui sont fiucbés qne la France Me préfère à tous mes rÎTaux.

{Le PovUron^ ode par Mâtmard).

En écoutant MM. de Pontmartin, Eug. Pelletan et consorts, nous avons assisté aux tristes violences de Tesprit de parti dans ce qu'il a de plus étroit et de plus coupable. Auprès de semblables hommes, en effet, il faut renoncer à Tespoir d'entendre une parole juste et vraie , un jugement équitable. — Désormais la portion la plus pénible de notre tâche est terminée; nous venons de traverser V Enfer, et nous voici parvenus au seuil du Purgatoire, n. i

2 ËfikAKc^Ët^.

M. Charles de Mazade nous y servira d*inlroducleur.

A sa suite nous nous trouverons en face d'écrivains non pas toujours impartiaux, mais à coup sûr toujours convenables, qui ont le culte de la nuance' et Tamour de la modération, qui procèdent avec mesure dans la forme, alors môme que des passions politiques ou littéraires obscurciraient leur intelligence.

Personnellement ces critiques ne se montreront pas non plus fort sympathiques à Déranger ; cependant la poUtesse habituelle de leur langage adoucira rexpression de leur blâme ; en tout cas ils s'efforceront de le justifier et de nous convaincre. Plus habiles ou plus consciencieux, par tradition d'école peut-être, par horreur de la violence aussi, ils resteront de bon ton, iront parfois jusqu'à la mauvaise humeur, ne dédaigneront pas l'insinuation perfide, mais s'arrêteront en deçà de la colère et de la calomnie.

M. Charles de Mazade ^ a, le premier, parlé de Déranger, dans la chronique de la Revue des Deux- Mondes qui a suivi la mort du poète. — Les quelques pages consacrées par lui au chansonnier ont la solennité d'un article pour ainsi dire officiel; on sent, en les parcourant, que M. de Mazade exprime sans doute son opinion personnelle, mais encore et surtout l'opinion de la Revue, Le chroniqueur ne porte pas de jugement, il trace un programme, et pose des jalons destinés à guider la marche de celui qui plus tard prononcera d'une façon définitive sur le procès Déranger. Il signale par avance les objec-

< Bnvue des Deux- Mondes. {•' août 1857.

CH. DS MA2At)fi. 3

tions, relève avec soin les points en litige, note les dissentiments, évite de se déclarer nettement, trace la voie et se retire. Nous le répétons, c'est un programme et un plan tout à la fois ; on dirait un sujet mis au concours, avec les explications nécessaires où le candidat trouve marqué d'avance le ton et l'esprit qu'il devra suivre dans son Mémoire.

Voici, du reste, le sujet et le bi*ef commentaire qui l'accompagne. — Expliquer le rôle et l'influence de Déranger, en insistant sur le contraste « d'une grande existence dans une humble condition, et d'une grande influence due à des chansons. » Parler en passant des funérailles officielles ; indiquer un léger blâme, dire que Béranger avait exprimé le vœu « d'être enterré sans bruit, sans discours et sans manifestations ; » et que le poëte « a été satisfait plus qu'il ne l'aurait pensé peut-être. » Ajouter que « le gouvernement a fait la paix Sur son tombeau, » et que « c'est ainsi, entouré de ce déploiement d*honneurs, que le poète est entré dans l'histoire avec ses refrains. » — « Les uns exagéreront cette gloire, les autres la rabaisseront ; » prouver que « Béranger restera le premier des chansonniers, \m esprit ingénieux et fin qui a su donner un éclat nouveau à cette forme légère de la chanson, un homme qui a su conduire sa vie avec une simplicité pleine d'art. » — A propos de la popularité du poëte, démontrer avec quelle habileté « il l'a prudemment administrée pendant quarante ans, sachant s'arrêter au moment voulu, et se faire une vie calme, habilement modeste, à l'abri des variations du temps. »

Constater qu'il s'est tû après la révolution de 1 8 Î8,

4 6ÉRANGBR.

« refusant les conseils de son bon sens à ceux qui prétendaient trouver un évangile dans ses chansons» et une constitution dans le Traité de politique à l'usage de Lise, La retraite était dans son goût, et elle était aussi dans son intérêt. » — Insister sur sa prévoyance, et en prendre occasion pour rappeler encore ses funérailles, en disant, par exemple : « Il n'y a qu'une chose qu'il n'avait pas prévue, sans doute, c'est qu'après sa mort il serait reçu au seuil de l'Église par l'orgue jouant l'air : On parlera de sa gloire, etc., et que des hussards de la garde, accourus pour lui faire honneur, le conduiraient à sa dernière demeure. » Faire ressortir comment la « popularité de Béranger est un des phénomènes les plus curieux de notre temps; » distinguer avec soin chez lui, le poète vraiment populaire du bourgeois parisien et frondeur. « Il ne s'inspire pas des mœurs du peuple, il n'exprime pas âes sentiments naïfs et profonds. Le peuple a d'autres croyances,... il ne se moque pas du jour des morts, etc. Dans toute une partie de ses chansons, Béranger est plutôt le poète d'tme certaine démocratie bourgeoise assez incrédule, volontiers licencieuse d'imagination... » — Exposer que «son grand bonheur et sa vraie gloire, » viennent de ce qu'il s'est « trouvé un jour où spontanément, instinctivement, il s'est fait le poète de l'instinct patriotique blessé. Il ne fut pas le seul à exprimer ce sentiment en 1814 et 1815, mais il fut seul à lui donner une de ces expressions vives, ailées, à demi-railleuses et à demi-attendries, qui, une fois trouvées, voltigent sur toutes les lèvres et ne s'arrêtent plus. 3 — Examiner de près le poète dans ses

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