‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 35 sur 68 · MANIÈRE · texte numérisé non relu

MANIÈRE

Béranger s'est toujours vieilli^ peut-être pour rester jeune. Le calcul n'était pas mauvais. Se dire vieux à cinquante ans *,

* En maux cuisante vieillesse abonde :

C'est la goutte qui.nous meurtrit ; La cécité, prison profonde ; La surdité dont chacun rit.

Puis la raison, lampe qui baisse.

N'a plus que des feux tremblotante Enfante, bonoreila vieillesse 1 Hélas I hélas 1 j'ai cinquante ans.

etJVÎLtiÉR-FtEtllV. 71

se retirer do monde^ fuir les affaires^ éviter le bruit, tourner le dos à la politique, commencer une retraite qui dure un quart de siècle, (kns le siècle le plus affairé et le plus bruyant de notre histoire, échapper à la popularité par la solitude et à rimportunité de sa propre gloire par le déménagement continu, c'est là . ce que nous voyons faire à Béranger pendant toute cette période qui comprend ses Dernières chanr sons, Béranger n'a aimé la foule, ni pendant sa vie, ni après

sa mort Il aimait le peuple pour le chanter, non pour s'y

confondre....

Toute la politique de Béranger, après celle qu'il fit un moment en i 830, fut d'échapper aux regards, d'isoler sa vie, de cacher sa gloire. « J'ai eu autant de mal à *ne rien être, disait- il encore, que certains ambitieux à être quelque chose.»

Dans tout ce passage, où se trouvent constatés des faits patents et connus, M. Cuvillier-Fleury n'approuve ni ne blâmé, il raconte, mais on devine faciment qu'il ressent des défiances insurmontables, et que tant de sagesse Tétonne, comme M. Montégut, sans le convaincre d'une façon définitive.

Nous avons souligné le mot « calcul. » En effet, quand on interprète la conduite d'un homme, il y a toujours deux interprétations possibles : \me bonne et une mauvaise. Quelquefois on hésite entre les deux, puis on choisit, à moins qu'on ne les combine toutes les deux, ce qui est souvent la véritable manière d'être juste. M. Cuvillier-Fleury n'hésite pas, ne choisit pas, ne combine pas : il prononce à priori. Sans se demander si la prudence et le triste exemple de tant d'honunes se survivant à eux-mêmes n'engageaient pas naturellement Béranger à se retirer de bonne heure de la lice, à abdiquer un rôle

qu'il n^avait plus la force de soutenir, et qui, d'ailleurs, n'était plus dans les circonstanœs, — car la chanson politique a son temps, et toutes les époques ne lui sont pas également favorables, — l'éminent critique déclare qu'il y a calcul, de même qu'il avait déclaré précédemment que Bélanger était un flaltey/r du peuple. Je ne crois pas, à la vérité, qu'il y ait mauvaise intention de la part de l'écrivain, ou parti pris défavorable au chansonnier; on dirait plutôt que le critique ne suppose pas qu'il puisse en être autrement. Chez M. Montégut faisant un portrait analogue de Déranger, on sentait une antipathie certaine contre Béranger; chez M. Cuvillier- Fleury, on craint de deviner une habitude générale de Tesprit, xme opinion tranchée sur les motifs probables de nos actions. Ce qui nous amène à cette conclusion, c'est la concision et la simplicité de son style en pareil cas. Son affirmation lui parait démontrée par elle-même : il ne l'appuie sur rien, et juge même inutile d'y insister. A peine y revientil d'une façon incidente, et pour rappeler seulement qu'il a déjà signalé le fait :

Puisqu'il ne voulait être ni préfet, ni conseiller d'État, ni ministre, ni député, ni académicien, il comprit que son rôle

était fini Il rentra dans la retraite. J*ai dit que c'éUUi un

bon calcul.

Cependant, il lui naît tardivement un léger scrupule. Il se rappelle tout à coup qu'on a longtemps parlé du désintéressement de Béxanger, et qu'un grand nombre de gens naïfs en parlent encore trèssérieusement. M. CuviUier-Fleury croit si peu à ces

CUVÎLLIER-PLEtmt. 73

choses-là, qu'il avait oublié de mentionner ce bruit populaire. En crilique intègre, en historien exact, il comble d'un mot cette lacune involontaire, et ajoute :

Au faity cette porte fermée sur un aussi grand noro^ ce silence de vingt-cinq ans obstinément gardé en dépit de toutes les provocations^ ce recueil de vers qui attend chez le notaire au fond d'une armoire, sous la garde de trois cachets^ ce parti pris d'ingénieuse paresse et de railleuse impuissance, est-ce là un vrai dé9intére$$mnent de la gloire humaine ?

La question se résoud d'elle-même, — aux yeux de celui qui la pose, du moins, — car M. Guvillier- Fleury se contente du point d'interrogation. Ni en morale, ni en géométrie, on ne discute les axiomes : les axiomes de M. Cuvillier-Fleury ne sont pas consolants.

Toutefois la question nous parait mal posée. Nous ne prétendons pas que Béranger se fut réellement désintéressé de toute « gloire humaine. » Plein du sentiment de sa valeur, quoique sans vanité, il tenait à conserver intact le nom auquel il croyait avoir droit, et n'affectait nul dédain du jugement que l'avenir porterait de ses œuvres et de son rôle. Il comprenait que son auréole populaire perdrait quelques-uns de ses rayons, et, d'avance, lui-môme, avec un extrême bon sens et une modestie exagérée, il établissait le bilan de son mérite et de sa gloire future ; mais il espérait vivement laisser im souvenir aimé, une trace ineffaçable dans l'histoire poUti- • que et littéraire de son siècle.

Aussi , quand on parle du désintéressement du chansonnier, est-ce du désintéressement de Yhomme et II. 5

74 âÉRANGER.

non pas du poète qu'on entend parler. On ne veut pas dire — ce serait une chose absurde — que récrivain n'aimait pas la gloire et dédaignait la postérité; on veut dire seulement que le citoyen, satisfait du triomphe de ses idées, a dédaigné le pouvoir et prouvé qu'il ne mêlait aucun intérêt bas ou tout au moins personnel à son amour pour le peuple, à sa foi démocratique ; on veut dire que l'homme privé n'a jamais sacrifié son indépendance au désir d'acquérir des honneurs ou d'obtenir des pensions officielles, et qu'il avait le droit d'écrire, après 1830:

Ta p«rt est belle à ces grandes journées. Où da butin tu détoomas les yeux.

Leur soureoir couronnant tes années, Te suffira, si tu tais êlre viem.

En un mot, on veut dire que, de nos jours, il sut rester pauvre, et se contenter du modeste titre de chansonnier.

Néanmoins M. Cuvillier-Fleury, qui est de trèsbonne foi, parfaitement sincèi^ , tout à fait audessus des mesquines tactiques et des petites haines inintelligentes que la popularité du poète a suscitées autour de lui, se laisse ébranler par la lecture des Dernières chansons^ et arrive à se contredire, à se réfuter lui-même.

Après avoir taxé la retraite de Déranger de « bon calcul, K> après lui avoir reproché la persistance de son antipathie « contre les rois, contre les riches, contre les prêtres, contre les mouchards, contre tous* ces plastrons traditionnels de sa musé satirique, » le critique ajoute :

CîTVlLLlEH-PLEtJRY. 75

Combien nous Faimons mieux quand il est^ s'il est permis de le dire^ dans la vérité de son nouveau rôle^ un solitaire décidé et convaincu, un satirique désarmé^ un chansonnier en réforme d'emploi^ sans autre traitement qu'une honorable pension que lui paye son éditeur, un ami de la belle nature, etc...

Alors il cite une pièce fort belle sur le Bonheur^ et continue en ces termes :

J'ai cité cette pièce presque entière parce qu'elle donne ridée de beaucoup d'autres^ inspirées par le même sentiment de modération calme et résignée, qui est^ pour un grand tiers, le fonds de ce livre ^ Les taches n'y font rien. Elles sont le fait de l'âge. Linspiration vient du cœur. Elle nous toucherait moins, si elle n'était qu'un cri d'impuissance et de regret. Béranger est un « volontaire » de /a solitude. Son âme est plus près, en toute chose, du désintéressement que du dépit. Cest là sa vraie valeur morale. Nous pensons même, sur ce points beaucoup plus de bien de Béranger qu'il n'en parait penser lui-même, lui qui disait en 4833 : « La révolution de juillet a aussi voulu faire ma fortune. Je l'ai traitée comme une puissance qui peut avoir des caprices auxquels il faut

résister Je n'ai pas l'amour des sinécures, et tout travail

obligé m'est devenu insupportable. Des médisants ont prétendu que je faisais de la vertu. Fi donc! Je faisais de la

paresse » Disons à notre tour : N*est pas paresseux qui

veut à ce pria>4à.

Telle est la première manière de M. Cuvillier- Fleury sur Béranger. Le critique s'y montre, en somme, ti^ès-favoràble au poète, indulgent pour le chansonnier politique, dont il explique parfaitement

' Les Dernières chansons.

^^6 B^RANGËk.

le prétendu bonapartisme, défiant à Tégard dé rhomme, qu'il finit, à son corps défendant, par re* connaître réellement désintéressé.

Malheureusement, Técrivain cède ici à Tévidence des faits, mais sa conviction n'est pas profonde. Il voit, il touche du doigt, et l'on sent en lui quelque chose qui proteste malgré tout : cela trouble ses id^s et blesse sa raison. Il suffira du moindre choc pour le ramener à son opinion naturelle.

2« MANIÈRS.

M. CuvilUer-Fleury, qui craignait bien un peu d'être dupe, a lu Ma Biographie avec une vive anxiété, et ses prévisions n'ont pas été trompées :

Il faut bien en prendre son partie s'écrie-t-il : Béranger n'était

ni un héros^ ni un malf^teur^ ni un sage^ ni un scélérat

Béranger^ le talent à part, était quelqu'un comme nous tous, plus ou moins, un homme du milieu de rhumanité, entre les très-grands et les infimes, sans vertu supérieure, sans vices exceptionnels^ incapable de faire le mal froidement, trèsenclin à faire le bien s*il ne coûtait guère, une nature moralement médiocre, avec d'honnêtes instincts, un caractère, pour tout dire, inférieur à son esprit et fort au-dessous de sa renommée. Où ai-je puisé cette impression qui pourra bien ne plaire à personne? Dans la Biographie même de Béranger, écrite par lui-même, cent pages d'une prose excellente, d'un intérêt soutenu et d'un ton sincère.

Du moins, M. Cuvillier-Fleury exprime franchement son impression. Comment va-t-il la justifier? Il entre d'abord dans l'analyse de la vie du poëte, et, reprochant, le premier, je crois, à Béranger, son

CUVILLÎBR-PLEURY. - 77

peu de goût pour l'état militaire, nous raconte, en quelques phrases ironiques, « avec quelle aniriété le chansonnier entendait, à seize lieues de distance, le canon des Anglais assiégeant Valenciennes ; avec quelle joie il apprit que TartiUerie de Bonaparte avait emporté Toulon, d

Ce passage, écrit en style mordant et modéré tout à la fois, a été mis à contribution par M. Pelletan, qui, trouvant, dans le travail de M Cuvîllier- Fleury, une remarque peu sérieuse, s'en est aussitôt emparé comme de son bien propre. Nous avons traité cette question, lorsque M. Pelletan nous en a fourni l'occasion, et. nous n'y reviendrons pas. Cependant, nous ferons remarquer que M. Cuvillier- Fleury signale le fait et le blâme avec esprit et bon goût, tandis que M. Pelletan s'abandonne à de grossières insultes délayées dans le style déclamatoire et passé de mode que chacun lui connaît. Nous avions déjà signalé la même difîérence de ton entre M. Sainte-Beuve et M. de Pontmartin. Qu'on relise les deux écrivains, puis, à la suite, les deux pamphlets qui ont succédé à leurs articles, et l'on verra que le parallèle est d'une exactitude frappante. Qu'en conclure, sinon que la violence augmente à mesure que le talent faiblit, et que les gros mots viennent quand les idées s'en vont?

D'ailleurs, le critique du Journal des Débats voit désormais tout en noir. Quoique Béranger fasse ou dise, il ne trouvera pas grâce devant la sévérité de son juge.

Enfin^ un jour à bout de ressources^ il nous raconte qu'il se retira bien content dans une mansarde au sixième étage^ avec

78 BÉRANGEH.

une magnifique vue sur les toits et les cheoùnées du bouleyard Saint-Martin. [>ans un grenier quon est bien à vingt am ! Beaucoup de lecteurs ont pris ce refrain de Béranger pour un souvenir d'amour. — (On sait jusqu'à quel point M. Guvillier-Fleury tient à l'amour^ puisqu'il voudrait même qu'on l'inventât, s'il n'existait pas.)— Ce refrain voulait dire : qu'on est bien dans un grenier, quand on sort des tripots de Fusure et des intrigues du royalisme.

Voulût-il dire cela seulement, ce refrain aurait encore sa valeur ; mais il méritait un commentaire plus complet. Il y avait à signaler la force et la droiture, Tinébranlable honnêteté de cet enfant,

.... Dans une coupe amère.

En orphelin, par le sort allaité,

qui de son contact avec l'or en garde seulement le mépris. La fièvre des richesses ne le gagne pas un instant. Â dix-huit ans, maniant chaq[ue jour des sommes considérables, encouragé à la dissipation par les prodigalités de son père, il se condamnait volontairement, par probité, par raison aussi, car il prévoyait une catastrophe prochaine, à loger dans une c mansarde sans feu, ofi la neige et la pluie inondaient souvent son lit de sangle ^ »

En efifet, la misère survient : plusieurs capitalistes, « convaincus, malgré son extrême jeunesse, de ses aptitudes financières et de sa probité... lui proposent des fonds assez considérables pour recommencer des affaires : son père le poussait à accepter, ce fut en vain. — Le métier m'inspirait

* « L'opulence de ton père ne durera pas, m'atiit dit ma tante ; et ce mot avait réglé ma.conduite. » {MaBiogrofhU.)

GUVILUER-FL9UAT. 79

un tel dégoût, continue-t-il, que j'aimai mieux rester pauvre que de retourner à cette Bourse, où je n'ai jamais pu remettre les pieds sans un frisson d'épouvante ^ »

M. Cuvillier-Fleury ne trouve là rien d'exceptionnel, rien de supérieur. Au moment où nous venons de signaler quelques axiomes assez peu consolants du critique, n'est-ce pas le cas de se demander si, maintenant, il ne se fait point des illusions sur la nature humaine. Gonnait-il, en réalité, beaucoup de jeunes gens de dix-huit ans qui soient disposés à repousser la fortune, et qui se consolant de monter leurs six étages en s'écriant :

Tenez-moi lieu de mère, Déesse de la liberté t

Du rçste, avec plus d'attention, l'écrivain aurait vu dans Le Grenier autre chose encore que le dégoût « des tripots de l'usure et des intrigues du royalisme; » il y aurait vu même de 1' amour ;

Lisette ici doit surtout apparaître.

Vive, jolie, avec un frais chapeau :

Déjà sa main à l'étroite fenêtre Suspend son ehàle en guise de rideau.

Sa robe aussi va parer ma couchette ; Respecte, Amour, ses plis longs et flottants. J'ai su depuis qui payait sa toilette.

Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans t

Ailleurs, cependant, M. CuviUier-Fleury, qui donne volontiers l'interprétation la plus défavorable, mais qui ne se refuse pas à constater la vérité,

^ Ma Biographie.

quand elle lui apparatt claire et convaincante, die ce passage remarquable de Ma Biographie :

Les hommes désintéressés qui sont mêlés au mouvement politique ont bien besoin d'avoir foi dans le peuple. Cette foi ne m'a jamais manqué..

Puis il ajoute :

Telle était donc la foi de Béranger, sa vraie mission ; le reste n*était rien.

Nous ne comprenons pas très-bien ce que M. Cuvillier-Fleury entend par le « reste, » et sa pensée nous semble un peu obscure ; mais il écrit aussitôt à la suite, avec une netteté qui Thonore :

Ceci est Timmortel honneur de Bérang^r : il aimait le peuple^ non comme un tribun qui l'exploite^ ou comme un ambitieux qui monte sur ses épaules pour s'élever; il Taimait

non pour avoir reçu du ciel mission de le sauver Bé-

ranger aimait le peuple pour avoir souffert avec lui, souffert comme lui.

Fallait-il que la plume libérale de M. Cuvillier- Fleury se chargeât d'apprendre à certains démocrates, — qui ne semblent guère se douter comment on Taime, puisqu'ils s'y connaissent si mal, — jusqu'à quel point Béranger a aimé le peuple?

M. Cuvilliei^Fleury nous dit encore, à ce propos :

Il a eu toute sa vie cet instinct du cœur qui tient le mieux la place de toutes les autres vertus, et que les plus austères ^ ne remplacent pas, l'instinct de la charité évangélique.

Tel est pourtant l'homme que l'écrivain trouve sans « vertu supérieure, moralement médiocre, d'un caractère inférieur à son esprit. »

CDVILLIER-FLBURY. 81

Où M. CuviUieivFleury place-t-il donc la supériorité? A quels signes reconnaît-il ime âme non médiocre, un caractère digne de quelque estime? Jusqu'à présent qu*a-t-il reproché à Béranger? — De ne pas avoir connu Tamour , et d'avoir évité la conscription. Est-il bien nécessaire, pour obtenir grâce aux yeux du critique, de se suicider comme Werther, ou d'enclouer les canons de Tennemi sous la mitraille? Hélas 1 non. Pour réaUser Tidéal de l'homme vraiment supérieur, ime seule chose manque au chansonnier. — Laquelle ? — Partager les opinions politiques de M. Cuvillier-Fleury. — Luimême nous le dit en d'çiutres termes :

Béranger a gardé ses haines politiques On aimerait

que la vieillesse eût affaibli chez lui ces rancunes implacables qui avaient entraîné son ftge mûr. Ah ! ne pourrait-on pas dire de lui^ après avoir lu son livre^ ce qu'il a dit luimême^ bien souvent peut-être^ de ces prmces infortunés que son ressentiment poursuit jusqu'au fond de leur exil ou de leur tombe : il n'a rien appris^ rien oublié?

Voilà pourquoi viennent à la suite tous les reproches suivants :

n a attaqué^ il a nié^ il a contredit, il a bafoué, il a détruit Mais quand il a fallu reconstruire et mettre la main à

l'œuvre, la première émotion passée et « la planche jetée sur le précipice, n Béranger n'a plus rien voulu faire, pas même des chansons.

Il s'est un peu moqué, après 1830, de ses amis devenus ministres. Il s'est moqué bien plus encore de ses amis devenus rois, après la. révolution de 1848, et il a fait à leur adresse, mais sans la publier alofs, la fameuse chanson des Tambours,

Ce « mais sans la publier alors, » rappelle beaucoup trop le a qui était peu en faveur alors » de M Sainte-Beuve *' citant Topinion de Déranger sur Ronsard, et Ton regrette de trouver une semblable phrase sous la plume de M. Cuvillier-Fleury. Nous ferons, d'ailleurs, observer au savant critiqiie du Journal des Débats qu'il a lui-môme constaté ^^ le silence de vingt'Cinq ans obstinément gardé, en dépit de toutes les provocations,'» par Déranger. — Cette chanson a donc été publiée avec toutes ses sœurs posthumes, ni plus tôt, ni plus tard, et, de bonne foi, il n'y avait pas lieu de remarquer spécialement que Déranger la garda en portefeuille à l'époque où elle fut composée.

D'autre part, rien n'indique qu'elle s'adresse aux amis du chansonnier, mais tout prouve qu'elle est la satire méritée d'un travers très- français. S'il le fallait, elle nous démontrerait combien Déranger était loin de confondi-e la gloire avec la liberté, l'esprit militaire, dont on connaît les résultats, avec cet esprit civique essentiel aux nations libres, et dont nous avons si malheureusement manqué en 1848.

Quand un homme, de 1 847 à 1 851 , a écrit en parlant des tambours :

Sous TEmpire ils ont fait merveille :

J'ai vu ces racoleurs puissants Du génie assourdir Toreille, Étouffer la voix du bon sens.

Celui qu'à régner Dieu condamne, S'il veut faire en grand son métier.

Sait combien il faut de peaux d'&ne Pour abrutir le monde entier.

« Voir 2* partie. — M. Sainte-Beuve, art de 1850.

En Ftaneé où leur esprit domine, A l'Église ils vont bourdonner.

Tout charlatan se tambourine; Tout marmot veut tambouriner.

Ils flattent jusque dans sa bière

Le sot qui meurt chargé de croix ;

Et font vœu chez la cantinière

De battre aux champs pour tous les rois.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez- vous donc toujours.

Tambours, tambours, maudits tambours 1

quand un homme, disons-nous, a écrit ces remarquables vers, et qui sont des meilleurs que sa plume ait produits, cet homme a tout simpleiïient fait une satire vivante de notre faible national, et professé hautement qu'il n'appartenait en rien au parti militaire. U a ridiculisé, stigmatisé le plus grand vice de notre organisation sociale ; il a mis en chanson ce que les libéraux et les défenseurs inteUigents de la liberté, dans tous les camps, mettent chaque jour en premier-Paris, en brochme ou en gros volume; il a, en un mot, dénoncé les tambours^ ces tambours qui

Font vœu chez la cantinière.

De batO'e aux champs pour tous les rois,

et qui accompagnent au cimetière, de leurs ra et de leurs fia, les RépubUques décédées.

M. Cuvillier-Fleury reprend :

Déranger a voulu n'être rien. « La nature, écrit-il^ m'a créé pour ce genre d'utilité qui ne fait enirie à personne. » A la

bonne heure ! mais, si le désintéressement explique bien des ctioses, rend-il raison de tout? La lutte oblige et la victoire engage. N'est-il de véritable abnégation que dans cette « nonchalance rêveuse » qui se croise les bras aux jours des p^ils publics?

Béranger s'est croisé les bras une fois pour toutes, et chacun se souvient de la date : c'était après 1830. Nous n'étions pas alors au jour du péril, mais au jour de la victoire, et d'une victoire bien chère à M. Cuvillier-Fleury, ainsi qu'à ses amis. « Aux jours des périls publics, » c'est-à-dire sous la Restauration, pendant quinze ans, Béranger avait lutté sans relâche et au premier rang.

N'y en a-t-il pas (de l'abnégation], ajoute le critique, dans rénergique activité qui les aborde de front, dans le courage qui les brave?

Personne n'a jamais prétendu le contraire, et Béranger moins que tout autre. Lui-même écrivait à M. Jean Reynaud, le 7 août 1836 :

Si j'ai tout refusé, c'est que je ne suis plus propre à grand'chose. De plus, il y a dans ma situation de républicain travaillant à faire un roi, par intérêt patriotique, par calcul de raison, une singularité qu'il fallait sanctionner par une vie désintéressée quon s'obstine toujours à méconnattre e^z ceux qui s'utilisent dans Us emplois. Mais vous ne sauriez croire avec quel regret je vois les gens capables et honnêtes refuser les fonctions où ils pourraient rendre service à la nation. Sous le ministère Martignac, on parlait d'appeler Dupont (de l'Eure)

à la Cour de Cassation Je lui écrivis qu'on ne devait, à

aucune époque, sous aucun gouvernement, refuser de rendre la justice au pays. Un médecin qui consulterait son opinion pour servir les hôpitaux, vous paraitrait-il estimable ? Nous avons

CUVILUER-PLEUHY. 85

une morale trèd-étroite^ mon cher enfant^ et notre intelligence moderne est furieusement faussée encore par les exemples de ▼ertu^ si vertu il y a^ donnés par les castes antiques.

M. Cuvillier-Fleury le voit, Déranger n'était nullement partisan de l'abstention et de la « nonchalance rêveuse, » puis qu'il prêchait au contraire « l'énergique activité. »

Quant à son abstention personnelle, il en donne deux motifs, dont un de la plus haute moralité. « Républicain travaillant à faire wi roi, » il a voulu mettre son désintéressement personnel hors de doute, afin que l'on comprît bien qu'il n'avait consulté que « l'intérêt patriotique » du pays, afin surtout que son exemple, joint à son influence, calmât les impatients, convainquit les récalcitrants. Il mettait ainsi sa vie tout entière et son caractère lui-même dans la balance du côté de ses convictions.

Il nous dit encore, et cela en vingt endroits de ses œuvres : — Je suis chansonnier, je ne suis point un honmie d'État. Je tourne peut-être bien le couplet, je tournerais fort mal une circulaire. J'étais utile à ma place, et comme volontaire j'ai rendu d'énûnents services. Nommez-moi général : je ne saurai plus vous mener à la victoii'e.

Mais alors il devait au moins continuer à faire des chansons, répond-on de toutes parts. ,

— Pardon, réplique Béranger » :

La chanson politique est^ sans doute, une arme redoutable^ mais la pointe s'en émousse vite, et ne se retrempe que dans le repos. Tous les moments ne lui sont pas également bons, et,

' Dernières chansons, Préflice.

86 BtaAN6£R.

pour qu'elle iatermnne à point, il faut qu'elle ait à choiar entre deux camps bien (Mstincts ou entre des passions

fortes * Nous ne devons jamais l'oublier : la gloire de la

France est d'avoir fait non-seulement une grande révolution politique, mais une immense révolution sociale >. 89 a créé de nouveaux éléments de civilisation, et leur coordination, jusqu'à présent trop négligée par nos gouvernements, copistes du passé, est devenue l'œuvre indispensable. Elle appelle plutôt, je le crois, le concours de la science et de la philosophie (j'entends la véritable philosophie, qui n'est ni hi psychologie, ni l'idéologie, ni Tecclectisme, etc.) que celui des

belles-lettres et des beaux-arts Quel accueil recevrait %tn

chansonnier qui, sur des airs de pont-neuf , réclamerait l'organisation de la démocratie, cette œuvre si importante qui reste toujours à faire, et à laquelle les républicains mêmes ne semblent pas penser ?

Cette réponse de Déranger mériterait peut-être qu'on daignât y réfléchir, et nous la recommandons à l'attention de M. Cuvillier-Fleury, qui poursuit ses questions :

Mettre le feu aux poudres, puis s'écrier stoïquement : « Lorsque à cinquante ans j'ai vu de près le pouvoir, je n'ai fait que le regarder en ffassant, comme dans ma jeunesse indigente, devant un tapis vert chargé d'or, je m'amusais à obser-

* C'est ce que pensait M. Cuvillier-Fleury, lorsqu'il écrivait, peur explique^ le silence de Béranger : « Béranger était homme de sens : il savait bien que l'opposition, sous la branche atnée des Bourbons, s'était attaquée à la contre-révolution en chair et en os, et que, sous la branche cadette, elle n'avait affaire qu'à son fantéme. >

^ C'est là ce qui distingue Béranger des libéraux proprement dits, comme nous le faisions observer à M. Montégut. Ceux-ci, en effet, se contentent de la révolution politique, tandis que Béranger veut et la révolution politique et la révolution sociale.

CUVILLIBR-FLEURY. 87

yer les chances du jeu^ sans porter envie à ceu& qui tenaient les cartes, n n'y avait de ma part, ni dédain, ni sagesse à cela :

j'obéissais à mon humeur » Soit! vous regardiez les

joueurs, mais n'aviez-vous pas commencé par brouiller les cartes et bouleverser les enjeux?

Soit, en efTet; mais qu'est-ce que cela prouve? Qu'il écoutait ses convictions, non son intérêt et son ambition, car cela est assez connu, les ambitieux ne brouillent les cartes et ne bouleversent les enjeux que pour empocher plus sûrement le gain qu'ils convoitent, et Ton ne saurait de bonne foi supposer une pareille intention à Thomme qui se contenta toujours de « regarder les joueurs, » sans prendre aucune part au jeu, ni rien prélever sur ses bénéfices. Lorsqu'il brouillait les cartes, il restait dans son rôle de satirique populaire et de bout-en-train révolutionnaire ; il en fût sorti, s'il les avait tenues. A chacun suivant sa capacité. La question n'est-elle pas de faire bien et loyalement ce qu'on fait? Qui de nous pourrait sortir innocent d'une enquête où on lui demanderait compte, non de ce qu'il a fait et de ce quHl a pensé, mais de tout ce qu'il n'a pas fait ou n*a pas pensé? Si nous reprochions à M. Cuvillier-Fleury de n'avoir jamais composé de chansons, arme autrement populaire et redoutable que des articles de grave critiqpie dans un journal de lettrés, il nous répondrait : — Je ne suis jas chansonnier, mais je suis un critique distingué : jugezmoi sur mes travaux de critique, — et il aurait raison.

Enfin, M. Cuvillier-Fleury formule sa grosse accusation :

Il y a bien des sortes d'égoîsme, Béranger, si j'ose le dire, avait le plus décent de tous. Il lui donnait dans la vie publique la forme d'un désintéressement estimable, et il l'honorait dans la vie privée par la modération de ses goûts et par l'exercice d'une charité aussi active qu'intelligente. Arrivé k cinquante ans, quand c'était pour lui le moment d'aider ses amis, tous engagés dans les plus grandes affaires du pays, il ne permit plus ni aux hommes, ni aux choses de gftner sa vie.

Il est assez difficile de comprendre cette nouvelle forme d'égoïsme découverte par M. Cuvîllier-Fleury, et qui consiste en un « désintéressement estimable, » en « une charité aussi active qu* intelligente » Quelle différence y a-t-il entre cette « sorte d*égoïsme,» et... Tabsence d'égoïsme? — Elle est bien simple : on appelle « égoïsme décent, » le désintéressement auquel on se refuse de croire et la charité qu'on n*ose.pas nier, maïs qu'on ne veut pas admirer. Il n y a là aucune réalité : c'est une simple conception de Tesprit, à l'usage des critiques adversaires.

11 ne voulut troubler sa vie, ni par le pouvoir, poursuit M. Guvillier-Fleury, ni par les relations importunes, ni même par les longs ouvrages.

— Excusez-moi,— s'écrie à son tour M. Bersot, avec un sourire fort moqueur,— mais à voir comme on reprochée Béranger de n'avoir voulu aucune position officielle, ni même aucune distinction, on dirait que son exemple est dangereux, et qu'il va y avoir une émulation fatale chez les Français pour ne rien demander et pour refuser tout ce qu'on leur oflriitf Par bonheur, nous ne voyons pas que, depuis 4 830 et \ 848, où Béranger a pu être quelque chose et n'y a pas consenti , nous ne voyons pas, dîs-je, que les hommes aient foit défaut aux places : on a trouvé des préfets, des députés, des sénateurs, des ministres;

le gouvernement n'a pas manqué de bras. Si donc il a phi à Béranger de rester simple particulier, il en était maître et n'avait à en répondre qu'à iiii-mèroe; il pouvait avoir d'excellentes raisons : aimer la solitude^ être elTaroucbé par la foule, être incapable de parler et de penser devant beaucoup de monde^ se sentir incapable de s'enrégimenter dans aucun parti, et comprendre qu'un homme isolé ne fait rien ; prévoir qu'après le premier hommage rendu, on le traiterait comme on traite les poètes dans les assemblées d'affaires, et qu'on lui dirait ; « Bonhomme, retournez à vos chansons; » s'éloigner de la mêlée pour mieux juger et garder sa raison intacte, concevoir les obligations particulières d'un républicain qui a fait un roi, et se proposer de montrer au peuple, toujours soupçonneux, qu'on pouvait travailler pour lui, sans ambition personnelle. Autant de fortes raisons, mais la plus faible est recevable ! La migraine * suffit. Toujours est-il que cette conduite de Béranger qui ne réussit pas maintenant auprès de quelques juges, a eu de son temps un bon effet : pendant plus de quarante années il a représenté, dans la cause libérale, la constance et le désintéressement; si j'ose parler ainsi, et sans de vaines antithèses, que je n'aime pas, la vie publique de Béranger a été de n'être rien : c'a été sa figure et son empreinte.

Nous ajouterons que Béranger n'a jamais fui <t les relations importunes, » puisque sa porte resta toujours ouverte à tous, et que s'il n'a pas fait de « longs ouvrages, » c'est qu'apparenunent il préféra n'en écrire que de petits où il excellait.

Nous ferons aussi remarquer que le critique du Journal des Débats voit « un honnête et spirituel enfant, n'ayant guère de sagesse que ce que l'esprit en peut donner, » dans ce chansonnier où l'au-

* V. V parHê.yL. Sainte-Beuve, art 1850.

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teur des Causeries du Lundi a découvert une sorte de Méphistophélès parisien, des plus rusés et des plus malins. Cela prouve que les genô d'esprit ne sont pas toujours d'accord, même lorsqu'il s'agit d'un homme d'esprit ; quant à l'embarras du public, au milieu de ce conflit, on le comprend sans peine.

Pour terminer, nous reproduirons le portrait de Déranger peint par M. Cuvillier-Fleury. On y admirera la finesse des nuances, la sûreté du pinceau, et quelques traits exacts ; mais, à côté des bonheurs de Tartiste, on constatera les préoccupations de l'homme. Le tableau est charmant, la ressemblance fort douteuse, et nous nous permettrons de signaler entre parenthèse les oublis ou les erreurs, tout en approuvant ce qui sera juste et vrai :

« Un fonds inépuisable de bienfaisance, quand il s'agissait des inférieurs et des malheureux ; Torgueil — (est-ce bien Vorgueil ou la fierté qu'il faut dire?) — de la pauvreté et la modestie du talent; le goût de la retraite avec le besoin des distractions

— (parfaitement juste) ; — une grande défiance de lui-même — (très-exact) — et je ne sais quelle tendance à s'exagérer parfois... sa propre valeur... — (sur quoi repose cette afBrmation?) — et doué pourtant d'une véritable bonté ; passionné pour la gloire et redoutant ses chaînes — (on ne saurait mieux dire) ;

— avide de popularité et de solitude — (cela n'est vrai jusqu'à un certain point : il tenait à sa popularité, et il rêvait la solitude); — chansonnier dithyrambique des campagnes de l'Empire — (il serait plus juste de dire : des victoires de la France) — et conscrit réfractaire — (antithèse pu-

rement littéraire, d'un grand effet dans une phrase, mais sans portée ; ^) — chantre et pontife du ciUte impérial — (complètement faux : M. Cuvillier- Fleury s'est, à Tavance, on se le rappelle, réfuté lui-même) — avec des goûts de nivellement républicain — (jgoûts n'est pas assez fort : mettons convictions ; nivellement est de trop : ce mot peint mieux les antipathies de M. Cuvillier-Fleury que les tendances de Déranger) — et des aspirations socialistes

— (aspirations est insuffisant; socialistes mimi ait en erreur, en classant le chansonnier parmi les disciples d'une des nombreuses écoles du socialisme moderne : c'est partisan décidé de la révolution sociale qu'il fallait écrire) ; — aimant la liberté pour lui, Végalité pour tous — (ajoutons-y encore la liberté. En 1830, il s'occupait sans doute moins d'assurer le triomphe de l'égalité, qui n'était plus menacée, que de nous inspirer V amour de la liberté^ et de nous apprendre à en user : lui-même l'a dit et les faits le prouvent) ; — plus démocrate que libéral

— (ceci nous ramène à M. Sainte-Beuve, et n'en est

^ On a aussi reproché à iSœthe de n*aYoir pas pris les armes, en 1S14, avee toute rAUemagne, lorsqu'elle se souleva contre la domination française.

Voici une partie de sa réponse :

«... Nous ne pouvons pas tous servir la patrie de la même manière; mais chacun fait de son mieux, selon que Dieu lui en a donné le pouvoir. Je me suis imposé d'assez rudes laheurs pendant un demi-siècle. J'ose dire que dans les œuvres dont la nature m'avait prescrit la tâche, j'ai travaillé nuit et jour, sans me permettre la moindre distraction : loin de là, mes eflbrts, mes recherches, mon activité, tout a été aussi consciencieux qu'il dépendait de moi. Si chacun peut en dire autant de soi, cela ira bien pour tous. » [Rexme des DemhM<9tdês* 1«' septembre 1S60. M. Sàikt-René Taillàivdiu).

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pas plus exact : démocrcOe et libéral^ telle est la vérité. Il fauttêtre un libéral bien endurci, pour établir une incompatibilité entre ces deux nécessités preiçières des sociétés modernes, la démocratie dans la liberté, la liberté dans la démocratie) ~ ; et plus près de la dictature qui l'aurait fait taire que de la monarchie constitutionnelle qui, après 1830, Taurait bien traité — (erreur flagrante et matérielle. Déranger a toujours, dans Napoléon, séparé l'Empereur, le dictateur, si Ton préfère, du soldat armé de la Révolution. Quant à la monarchie constitutionnelle de 1830, elle doit un peu au chansonnier d'avoir été, et le silence de Déranger prouve seulement qu'il n'avait nul enthousiasme pour la façon dont cette monarchie nouvelle fonctionna ; il prouve aussi, il prouve surtout que le républicain ne voulait ni. ne devait encenser aucune royauté, môme celle de juillet); — fanfaron d'intempérance, comme on Fa si bien dit — (M. Renan sans doute. Distinguons : ce n'est pas l'homme qui est fanfaron d'intempérance, mais le chansonnier), — et sobre par prudence et par goût; voltaiçien sons amer Voltaire — (l'admirant beaucoup et le lisant sans cesse, vers la fin de sa vie), — célébrant Lisette sans croire à Y amour — (antithèse 1 antithèse I Lisette et V amour font deux. Déranger qui avait connu Vune etVatUre le savait bien, et se fiH gardé de les confondre, par respect pour un sentiment auquel M. CuviUier- Fleury croit sans doute beaucoup, mais dont il n'a pas le monopole) ; — tour à tour trivial et pindarique - (nécessité du genre) ; — religieux par nature et philosophe par maintien — (pair raison :

GUlZOt. &3

Cela fera plus d'honneur à Déranger, ce qui est fâcheux, mais cela sera vrai, chose essentielle) ; — bafouant son roi — (mais non, le vôtre peut-être) — et aimant son geôlier. » •

Tel est ce . portrait tout à la fois de fantaisie et d'après nature, où Tantithèse abonde, où l'artiste et rhonmie politique l'emportent souvent sur le moraliste.

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