ALEXANDRE DUMAS
rôle de Béranger tel que tout le monde leconnatt aujourd'hui, mais sans affaiblir, par des conmientaires inutiles, le si joli mot du chansonnier :
En ce moment Béranger passa^ je lui sautai au cou, moitié pour Tembrasser, moitié pour lui faire une querelle; et riant et grondant tout à la fois :
— Ah ! par Dieu, lui dls-je, vous venez de faire un beau coup, monsieur mon père. — Qu'ai-je donc fait, monsieur mon fils? me répondit-il. — Ce que vous avez fait, malheureux ! vous avez fait un roi.
Sa ligure prit cette expression doucement sérieuse qui lui était habituelle.
—Écoute bien ce que je vais te dire, mon enfant; je n'ai pas précisément fait un roi, non. — Qu'avez- vous fait alors? — J'ai fait ce que font les petits Savoyards, quand il y a de l'orage; j'ai mis une planche sur le ruisseau.
Parlant du dernier recueil du chansonnier, celui de 1833, M. Dumas nous dit avec autant de concision que de justesse:
Maintenant, voyons ce que le chansonnier nous donnait dans son adieu. — 11 nous donnait : les Fous, les Contrandiers, Jacques, Jeanne la Rousse, Esœusse, la Prédiction de Nostradamus, le Vieux Vagabond, etc., etc. — L'adieu était terrible^ — c'était l'adieu du Parthe; à la monarchie qu'il fuyait, — il lançait : la République.
Sur les derniers moments de Béranger, on trouve également dans l'étude de M. Alexandre Dumas de touchants détails, se rapprochant beaucoup de Texacte vérité.
Nous sommes heureux de pouvoir rendre une pleine et entière justice à M. Alexandre Dumas. M. Michelet n'a-t-ilpas dit de lui : C'est une force de
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la nature ? — Nulle expression plus pittoresque n'a mieux peint la personnalité du fécond romancier et du saisissant dramaturge. Pendant de longues années, il nous a procuré, à tous, de charmantes heures d'oubli et de plaisir. Sans être immoral, ni malsain, il a été gai, amusant, spirituel, intéressant. On voudrait bien être ingrat envers lui, et le public, las de Tavoir trop aimé, prête une oreille complaisante à beaucoup de gens tristes, ennuyeux, lourds et fatigants, qui lui reprochent de n'être pas sérieux. Disons-le hautement, M. Alexandre Dumas nous paraît infiniment plus sérieux que MM. de Pontmartin, Veuillot, E. Pelletan, que tous nos philosophes éclectiques, et qu'une infinité de savants édulcorés par le christianisme. Il n*a jamais prêché emphatiquement d'erreurs, ni de sottises : il représente quelque chose, la puissance d'invention et Tamabilité française. Tous ces gens-là, au contraire, ne représentent rien en dehors de l'ambition et du fanatisme, malgré la gravité ridicule que leur donne le manque d'idées joint à la satisfaction de toucher de gros émoluments ou de faire parler d'eux en défendant le bon Dieu et en prouvant ce qui ne se démontre pas. Dans les drames, dans les romans de M. Alexandre Dumas, il y a la vie exubérante et jeune : ils nous reposent des tristesses et des fatigues de la réalité. Dans les œuvres des autres, qui se disent et qu'osi croit sérieux, il n'y a, le plus souvent, que des invectives, des banalités et des prétentions : ils nous ennuient sans nous instruire, ils nous fatiguent sans nous distraire.