Bibliothèque Nationale. Cartes et plans D. L
rez-de-chaussée. On y remarque le balcon en fer forgé soutenu par six consoles sculptées et régnant devant trois fenêtres séparées par des pilastres unis à chapiteaux ioniques. Au-dessus des fenêtres se voit un fronton circulaire à modillons, dans le tympan duquel est un grand motif de fleurs entourant un écusson timbré de la lettre M l.
D’autre part, /’ Inventaire des Richesses d'art de France : [Province, monuments civils], indique que la Bibliothèque de la Ville de Besançon possède le document ci-après :
N° io3. Casino du château de Bercy. Contre-épreuve sur papier d’un dessin au crayon rouge. H. o m. 29, L. o m. 3j. Par Robert (Hubert). Daté 1760, janvier. Les mots : « Robert à Bercy » écrits par l’architecte Paris.
Tous les journaux de 1860, toutes les revues d’art et d’histoire contiennent des renseignements concernant la dispersion des œuvres d’art contenues dans ce fastueux logis. Il en est qui se sont faits l’écho du grand public, en exprimant le regret de voir disparaître à jamais un monument qui eut fait la gloire de Paris, si Paris avait eu le moyen et l’envie de le conserver.
Dans 1 0 Journal des Débats du 11 juillet 1860, Jules Janin a écrit un brillant article sur la fin prochaine du château, article rédigé quelques jours avant les ventes finales, et tout empreint de la tristesse éprouvée par cet artiste des lettres, à l’idée que ce joyau d’art, où tant d'œuvres merveilleuses des dix-septième et dix-huitième siècles étaient réunies, allait être anéanti :
S’il est vrai, écrit-il, que les ruines aient des amis, les amis des belles ruines, des splendeurs éteintes, des poussières illustres, des beautés qui ne sont plus, ne sauraient se dispenser d’une visite mélancolique au château de Bercy, sur les bords de la Seine, aux confins de la Marne, au milieu d’un vaste domaine
j. Magasin pittoresque, année 1864, p. 249,
où mûrit à l’heure où je parle, une dernière moisson, et qui va disparaître à son tour, envahi par ce Paris qui déjà est en train de briser son enceinte nouvelle et qui commence à se trouver mal à l’aise entre ses grands remparts...
Qui que vous soyez, entrez à cette heure et contemplez pour la première... et pour la dernière fois ces longues années entassées dans ces trente salons qui forment un labyrinthe où le ciseau du sculpteur, la navette du tisserand, la palette du peintre et le goût exquis d’un grand architecte avaient accompli, par une dépense, un art, un génie inépuisables, quantité de merveilles dont vous ne trouverez que les vestiges, les traces, les lambeaux, les débris, la poussière errante au milieu de ces débris anéantis, de ces ornements brisés, de ces meubles dégradés : cadres sans tableaux, tableaux sans cadres, et des marbres, des tentures, des consoles, des glaces livides où se miraient autrefois les Célimène et les Bassompierre de la place Royale ! Ah ! dégradation sans pitié ! Le temps qui ronge et la révolution qui brise, et le vent du nord qui fait son ravage à travers ces dalles, ces poutres, ces murailles bâties par des géants pour les grands seigneurs d’autrefois 1
Parlant des livres rares conservés dans le château, le célèbre écrivain disait :
La bibliothèque aura son tour le vingt-deuxième jour du présent mois de juillet. Cette bibliothèque était contenue en deux compartiments d’une sculpture élégante et se reposait depuis l’an de grâce 1775 sur des tablettes solides où la rouille, et la souillure, et l'insecte, et tant de ravages et de ravageurs ennemis des livres ont respecté ces 6.000 volumes qui respirent une vive odeur de théologie et de polémique, mêlée aux plus douces senteurs des poètes et des romanciers d’une époque où le bel esprit était une puissance honorée, acceptée et reconnue de tout le monde. Elle est très curieuse à voir, cette bibliothèque, où le passé règne absolument, où les temps modernes se sont arrêtés au sinet du dernier seigneur, où Voltaire est maître, où Mme de Pompadour a laissé quelques beaux livres, où le manuscrit du roman de la Rose est à côté d’un beau missel, où Candide est huchée sur les épaules du père Anselme, où les magots de Téniers (en dépit de la défense du Roi) jouaient avec les batailles de Van der Meulen, où vous entendez babiller, non loin des sermons du Père Lenfant, les cent mille voix narquoises du Journal des Savans , de la République des Lettres , du Mercure de France et de l’Année littéraire de Fréron. Ainsi dans la bibliothèque du château de Bercy brillent par leur absence les maîtres écrivains de ce siècle... ils n’ont pas vécu, ils ne sont pas entrés, on ne sait pas leurs noms dans ces murailles qui appartenaient uniquement aux grands esprits du siècle passé.
Encore trente jours, et vous pourrez écrire sur l’emplacement de ces murailles : La ruine même a péri. Jules Janin.
Nous avons glané un peu partout et le plus possible les
renseignements concernant cette lamentable vente des i5, 16, 17 et 18 juillet 1860. Nous les groupons ici comme un dernier hommage rendu à la mémoire des artistes qui composèrent tant d’œuvres exquises et à celle des grands personnages qui en furent les inspirateurs.
Le salon des Aides de Camp, à l’Elysée, est entièrement décoré de boiseries, acquises au prix de 19.000 francs par la liste civile avec une cheminée en marbre blanc finement décorée. Ce sont de grands panneaux sculptés avec grâce et couverts très sobrement de fines et délicates moulures dans le goût de la Régence. La partie supérieure est décorée d’un motif formé des attributs de la musique et de l’amour : instruments antiques, colombes, carquois, flèches, etc. Dans le bas est sculptée une charmante tête de femme servant de départ à des arabesques et des rinceaux. Les dessus de portes sont des sujets modernes représentant des amours enfants, œuvres du peintre Landelle. Les portes ne proviennent sans doute pas de Bercy, étant unies et non moulurées. L’ensemble de ces boiseries est recouvert, selon la mode du dix-huitième siècle, d’une simple couleur grise.
Tous les grands collectionneurs de l’époque se disputèrent à prix d’or les merveilleuses boiseries : M. de La Rochefoucault-Bisaccia, en acquit un certain nombre pour son hôtel de la rue de Varenne ; le baron Jean de Rothschild eut, pour 28.000 francs, la petite bibliothèque, qu’il remonta dans sa demeure du faubourg Saint-Honoré. Le château de M. de Courmont, près d’Armainvilliers, en eut aussi; puis l'hôtel du peintre Séchan, rue de La Rochefoucault 1 ; un Anglais, M. Stod,
1. M. J. GuifFrey, dans l'Histoire de la tapisserie , indique, à propos de la vente Séchan, en 1875, que quatre pièces au petit point provenant de Bercy furent vendues 1 5.6oo francs.
en fît réinstaller dans Cambden Place, à Chislehurst; les marchands et sculpteurs-ornemanistes Collomb, Caze et Cruchet, en acquirent de nombreux fragments. M. Ernest André acheta plusieurs salons pour son hôtel de Paris et pour un château près de Chantilly b
L’Impératrice Eugénie fît l’acquisition, au prix de aÔ.ooo francs, des boiseries d’un salon du premier étage. Ce sont celles-là mêmes que la souveraine fît réédifier dans un petit hôtel qui était sa propriété particulière, situé rue de l’Elysée n° 2 et avenue Gabriel nos 24 et 26. Cet hôtel fut racheté, en 1878, de l’ex-impératrice, par le baron Maurice de Hirsch de Gereuth. Lors d’une visite que fît la commission du Vieux Paris à l’occasion de la revente de cette demeure, en janvier 1906, elle eut la bonne fortune de pouvoir admirer toute la délicatesse de ces boiseries décorant la salle à manger, et restituées dans leur ton de bois naturel. L’affiche de la vente de l’hôtel Hirsch ne manquait pas, d’ailleurs, de les mentionner ainsi : « Au rez-de-chaussée... salle à manger avec lambris et panneaux en bois sculpté provenant du château de Bercy 1 2. »
Nous signalerons également qu’une boiserie en chêne sculpté, provenant d’une petite bibliothèque, avait été remontée dans l'hôtel d’Armaillé, situé rue de la Boétie, n0q8. Elle se composait : de six portes grillagées, encadrées de moulures et couronnées de cartels fleuris avec rubans et rocailles émergeant sur la voussure ; de sept petits panneaux très étroits ; de deux panneaux plus larges à dessins de rocailles et rinceaux fleuris ; de deux volets de fenêtre d’ornementation analogue, avec fronton et garniture en cuivre ciselé et doré. Ces boiseries, mesurant 2 m. 65 de hauteur sur un dévelop-
1. L'Art décoratif dans le Vieux Paris, par A. de Champeaux, p. 307.
2. Commission du Vieux Paris. Procès-verbaux, année 1906, 10 février, p. 28,
peinent de 12 mètres, furent vendues, lors du démembrement de cet hôtel, le 22 mars 1902' .
Dans une publication du temps : Les Beaux-Arts , Revue Nouvelle datant de l’année 1860, nous relevons encore les renseignements suivants :
Une magnifique console en bois doré, portant les armes des Malon de Bercy, adjugée 5. o5o francs au général Lepic.
Six consoles, adjugées aux prix de 3yo à i.65o francs, à M. Poirier.
Deux autres consoles, vendues 600 et i.3oo francs.
Deux grands tableaux de Meyders, la Chasse au cerf et la Chasse au sanglier , adjugés pour 5.o5o fr. à M. de Rothschild.
Les deux grandes toiles de Carrey, représentant V ambassade de M. de Nointel, vendues 3. 000 francs.
La boiserie du grand salon, adjugée 17.500 francs au général Lepic pour la maison de l’Empereur.
Les revêtements de l’office, en marbre du Languedoc, ornés de mascarons et d’ornements en étain, adjugés 4.700 francs.
La petite bibliothèque, dont les boiseries étaient la merveille de Bercy, vendue 27.000 francs.
Les quatre tableaux dessus de portes, du peintre Desportes, représentant des animaux, et peints en 1 7 1 3 , date des remaniements définitifs du château, adjugés 10.000 francs.
A propos de ces œuvres de François Desportes, on sait par la biographie qu’a tracée de lui Claude-François Desportes que, en 1708 et 1709, il travailla pour M. de Malon et M. d’Ons-en-Bray, et qu’il fit quantité d’autres beaux morceaux, pour MM. Paris et de La Montagne, à Bercy2.
1 . Catalogue imprimé de cette vente, tiré par les soins de M. Lair Dubreuil, commissaire-priseur. Paris, Maulde, 1902, in-12.
2. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des Membres de l'Académie Royale de peinture et de sculpture , Paris, Dumoulin, 1854, t. 11, pp. 107-108.
La vente de la bibliothèque eut lieu les 22, 23 et 24 juillet 1860. Elle se composait d’environ 6.000 volumes, dont beaucoup d’ouvrages de théologie et de jurisprudence, et aussi de littérature et de poésie. Voici quelques titres et quelques prix des principaux livres vendus :
Le roman de la Rose, manuscrit, vendu 420 francs.
Cy est le roman de la Rose , 1 53 1 , in-folio gothique, 85 fr.
Sensuit le Labyrinthe de fortune et séjour de trois nobles dames , par Jehan Bouchet, aux armes de Mme de Pompadour, 64 francs.
Le Palais des nobles dames, par Jehan Dupré, aux mêmes armes, 101 francs.
L'Esperon de discipline pour inciter les humains aux bonnes lettres, 1 53c , 410 francs.
Collection des poètes français, par Coustelier, 1723, 1 g 1 francs.
Recueil des plus belles pièces des poètes français depuisV illon jusqu'à M. de Penser ade, publié par Fontenelle, 61 francs.
Les œuvres poétiques d’Amadis Jamin , Robert Estienne, i575, 176 francs.
Poésies de Mme Deshoulières, 1705, 33o francs.
Théâtre , de Du Ryer, 14 pièces; et 18 pièces de Rotrou, 47 francs.
Histoire de France de i55o à i5yp, par Lancelot du Voisin, 1 58 1 , aux armes de Mme de Ponrpadour, ii5 francs.
Médailles sur les principaux évènements du règne entier de Louis le Grand, 1723, 241 francs.
Histoire des quatre dernières campagnes du Maréchal de Turenne, par le chevalier de Beaurain, 1 5 1 francs.
Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf, 1754, 140 francs.
Aux dires de la Revue que nous citons, la vente du mobilier produisit environ 200.000 francs et celle de la bibliothèque, 26.000.
Nous avons indiqué plus haut que la presque totalité des bâtiments de basses-cours et écuries, construits par M. de La Guépière, architecte du Roi, pour le château de Bercy, vers 1714, étaient encore actuellement debout.
D’après les plans de l’époque, ces bâtiments, au nombre de deux, se trouvaient dans le parc, à droite de l’avant-cour en venant de la route de Charenton, et se composaient chacun de trois côtés réunis à angle droit, le quatrième côté étant remplacé par les arbres de l’avant-cour. Ils étaient si bien distincts l’un de l’autre que, aujourd’hui encore, alors que rien n’a été modifié, ils sont séparés par la rue du Petit- Château, tracée sur l’emplacement d’une allée transversale de l’avantcour.
Rue de Paris nos 201 et 208, à Charenton, au fond d’une cour, faisant face à la porte cochère, on voit un beau et vaste fronton triangulaire se profilant sur un comble ardoisé. Il est orné de mansardes et se dresse sur un bâtiment qui paraît assez profondément enterré par suite de l’exhaussement du sol. Cette architecture décorait la façade, vers la rue de Charenton, du premier des deux bâtiments de La Guépière. Si l’on veut en voir les développements, il faut prendre la rue Félix-Langlais et ensuite celle du Petit-Château. Là, au n° 1 14, on trouvera la partie postérieure de ce premier bâtiment, qui est un joli pavillon d’un rez-de-chaussée dont la façade forme demi-lune, et dans le fond de laquelle s’ouvre un beau portail de pierre à consoles sculptées. Une tête de cheval, malheureusement détériorée, orne le tympan, ainsi qu’un bandeau en bois sculpté de style Louis XIV. Des deux côtés du portail,
dans la largeur de cette façade et au-dessus de deux fenêtres, s’élèvent encore deux frontons triangulaires. Un troisième fronton orne aussi le côté Est de ce pavillon qui bordait l’avant-cour. Le bâtiment au grand fronton donnant sur la rue de Paris, et celui que nous venons de décrire, étaient reliés par une longue aile de rez-de-chaussée et constituaient la première Basse-cour de M. de La Guépière.
De 1’ autre côté de la rue du Petit-Château, au n° 109, se voit la seconde.
On trouve là, en effet, un pavillon semblable au précédent, mais composé d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage. Il a aussi sa demi-lune qui, avec la première, forme une petite place circulaire. Le portail qui orne ce bâtiment est surmonté d’un fronton sculpté à même la pierre, spécimen d’un fort beau travail et présentant une jolie note d’art. C'est un motif de chasse composé d’un chien courant poursuivant un lièvre en son gîte, avec un chien d’arrêt levant un faisan ; le tout, entouré de vignes et de plantes luxuriantes formant un véritable paysage. Dans le tympan, au-dessus du bandeau en bois sculpté de la porte cochère, est une fort belle tête de cheval, crinière au vent, avec un motif de coquille. Dans la clef de voûte de ce portail, on a sculpté une lettre majuscule P, qui est pour nous une énigme. Ce second pavillon est, comme le premier, orné, de chaque côté de la demilune, de frontons triangulaires, ainsique sur le côté Est qui regardait jadis l’avant-cour; ils sont décorés tous deux de refends et de bossages, selon l’architecture du commencement du dix-huitième siècle. Du dernier part un bâtiment d’aile allant vers le Sud, composé d’un rez-de-chaussée avec premier étage, et venant se souder à une autre construction en retour d’équerre dont la façade, qui regardait jadis le parc
Barky, Phot. et lmp. Paris.
CHATEAU DE BERCY. Les basses-cours et écuries de l’architecte de La Guépière, rue du Petit-Château, à Charenton. Portail du côté sud ouest.
dans la direction de la Seine, est percée de belles et hautes fenêtres au rez-de-chaussée, décorées de clefs de voûte en têtes de femmes avec consoles sculptées.
Ce bâtiment en retour a conservé au rez-de-chaussée deux salons transformés aujourd’hui en magasins, et dont les plafonds laissent encore apparaître des frises ravissantes en staf, ornées de sujets mythologiques et entremêlées de rinceaux et de volutes du plus gracieux effet. Ce rez-de-chaussée communique avec le premier étage, d’ailleurs assez bas, par un escalier qui a gardé sa belle rampe en fer forgé. Les portes et les parquets sont également de l’époque, et l’un de ces derniers, appartenant à un salon du rez-de-chaussée, est décoré en son milieu d’une rosace en étoile formée de plusieurs essences de bois.
D’Argenville nous apprend que cette deuxième Basse- Cour se nommait le Petit Château , et qu’on y voyait un joli appartement de bain .
Le nom de rue du Petit-Château donné à la voie qui sépare ces deux bâtiments, n’a pas d’autre origine, bien entendu, que cette appellation.
Il ne faudra pas confondre ce petit château avec la maison du financier Orry, située vers le clos de La Râpée, et qui porta également ce vocable.
Nous ajouterons que, vers le mois de mars ou d’avril 190g, fut démoli non loin de ce dernier bâtiment en retour, au Sud de sa façade, un autre pavillon séparé ayant également appartenu au château. Etant donné l’emplacement de cette démolition, dont nous avons encore vu sur le sol le beau carrelage en pierre de liais avec cubes de marbre noir, nous pensons qu’il
1. Voyage pittoresque des environs de Paris , parM. D., 1768, p. 3o8,
s’agissait du bâtiment flanquant, à droite en venant de la route de Charenton, la grille qui sépare l’avant-cour de la cour, bâtiment affecté jadis à la chapelle et à la conciergerie. Nous rappelons que son pendant, situé à gauche de la même grille, contenait des communs, cuisines, et garde-manger.
Les bâtiments de basses-cours que nous venons de décrire d'après nature , œuvre de l’architecte de La Guépière, s’identifient très exactement avec un dessin de la collection Destailleurs dont voici le détail :
Il s’agit d’un document du dix-huitième siècle, non signé, qui est exécuté au lavis et en couleur, et mesure 48,5 x 36. Il est intitulé : « Plan du château de Bercy et des bastimens qui en dépendent, situé près Paris sur le bord de la Seine, appartenant à M. Ch. Malon, marquis de Bercy. Le château a esté bâti sur les dessins du S. Leveau et les bastimens des basses-cours sur ceux de M. de La Guépière, architecte du Roi. »
Le plan du château, des basses-cours et des dépendances y est très minutieusement dessiné, ainsi que les jardins à la française, depuis les deux terrasses regardant la Seine, jusqu’à la route de Charenton. Toutes les parties du parc, du château et des annexes : salons, chambres, cuisines, orangeries, écuries, chapelle, communs, basses-cours, etc., sont mentionnées par des textes explicatifs '.
Nousdirons encore, d’après un écho du Journal La Ville de Paris, qu’en mars ou avril 1882, on a détruit un pavillon qui aurait jadis fait partie du château de Bercy, et que l’on désignait communément sous le nom du « Petit-Bercy ». C’était une construction d’une forme carrée, composée d’un
1. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleurs, Paris, t. I, p. ioi.
rez-de-chaussée et d’un étage. Il y restait trois peintures du temps de Louis XIV, ornant les plafonds, savoir : Jupiter enlevant Europe , /’ Enlèvement de Défanire, le Roi Soleil entouré de deux déesses et de fleurs. Ces peintures, propriété du démolisseur, devaient être acquises par le comte Potocki pour son hôtel de l’avenue Friedland, s’il n’avait reculé devant le prix exagéré qu’on lui demandait.
Le rédacteur de cet article n’indique malheureusement pas l’emplacement où était situé ce pavillon. Peut-être s’agissait-il d’une dépendance des bâtiments de basses-cours construits par M. de La Guépière? Peut-être, au contraire, ce nom de Petit-Bercy employé par le journaliste, s’appliquait-il à l’une ou à l’autre des anciennes maisons de plaisance de cette région, dont nous parlerons plus loin r.
Ajoutons qu’au bout de l’immense terrasse du parc donnant sur la rivière, après avoir dépassé les deux lions couchés, sculptés en pierre vis-à-vis de la façade du château, se trouvait une sorte de pavillon circulaire que l’on a souvent confondu avec celui des frères Pàris dont il sera question ailleurs, et qui semblait marquer l'angle Sud-Est de l’ancien domaine des Malon vers Conflans. Un auteur, d’ailleurs peu connu, Louft, en parle en 1874 et l’indique comme démoli depuis quelques années. Il s’exprime ainsi après avoir cité le logis des frères Pàris plus connu sous le nom de Pâté-Pâris :
A l’autre extrémité du parc, du côté de Conflans, se trouvait un autre Pâté plus petit dont l’intérieur était une véritable bonbonnière; aujourd’hui, ce Pâté de Conflans a bien perdu de son luxe primitif; enclavé dans une propriété voisine formée d’une parcelle du parc, il est déshonoré par un mur en plâtras qui vient s’y rattacher par derrière; en outre, se trouvant par sa rotondité trop en relief sur la route, l’inflexible ligne droite de la grande voirie l’a condamné à
î. La Ville de Paris. Journal quotidien, n° du 14 mai 1882.
une nuit éternelle : son propriétaire actuel n’en peut même plus ouvrir les personnes sous peine d’amende 1.
Dans la Seine et ses bords , de Ch. Nodier (Paris, 1 836) , une gravure sur bois de Marville et Foussereau, 21 Xi3,5, intitulée : Belvédère à Bercy , montre le même pavillon planté au bord de la rivière, à côté d’une cabane en planches.
D’autre part, les Beaux-Arts , Revue Nouvelle, publication de 1860, en donnent la mention suivante :
Dulaure et d’autres placèrent le pavillon de Pâris de Montmartel à l'autre extrémité du parc de Bercy, et du côté de Charenton, où il reste un gros pavillon rond, en pierre, qui a conservé, nous ne savons pourquoi, le nom de Pâté- Pâris et qui a fait partie de l’ancienne demeure de l’Archevêque de Paris à cette époque, à qui M. de Bercy avait cédé aussi une partie du terrain contigu à son parc.
Il en existe encore un joli dessin de Goblain, gravé parNyon jeune, mesurant 14,5 X 10 et libellé de la façon suivante : Vue du pavillon de Conjlans près de Charenton, département de la Seine, à Paris chez Ostirvald. Une note au crayon, mise par le collectionneur, porte que ce pavillon séparait le parc de Bercy de celui de Conilans. Le texte imprimé, joint à cette gravure pouvant dater de i85o ou 1860, dit que l’intérieur du petit monument formait une sorte de grotte ornée de peintures de Le Sueur etenrichie de glaces réfléchissant un petit jet d’eau placé au centre. D’après ce texte le pavillon appartenait au château de Conilans2 .
La Collection Destailleurs possède un joli croquis à la mine de plomb, de Justin Ouvrié, daté de 1861, et intitulé : Inondation aux environs de Paris. Le pavillon du Parc de Bercy , vu du quai : Les berges de la Seine, plantées d’une
1. Paris historique et anecdotique , par Charles Louft, Paris, Dupont, 1874, p. 70.