Archives Nationales. T
2. Lois, décrets et ordonnances. Duvergier, 1824, t. III, p. 327.
membres de la Municipalité, escortés du bataillon de la Garde nationale. Sur la place publique de la Maison commune, sur celle de La Râpée, sur celle du haut du Ponceau près la nouvelle barrière, sur celle du haut delà Grande Pinte de Bercy, quatre lectures furent faites par le lieutenant de maire, en l’absence du premier magistrat, de l’acte constitutionnel, qui fut montré au peuple assemblé, au son des trompettes, au bruit des fanfares et des tambours \
Au mois de juin 1792, la petite commune semble déjà sur le chemin de la prospérité, le superflu de ses impôts se soldant par une somme de six cents livres. Ce sera ce superflu que, dans un beau geste, elle déposera sur la tribune de l’Assemblée Nationale comme don patriotique offert à l’occasion de la guerre. Dans la séance du 21 juin 1792, présidée parM. Lemontey, une députation de la Municipalité fut à cet effet admise à la barre et l’orateur donna lecture de l’adresse suivante :
Messieurs, simples habitants de la campagne, nous ne savons pas, comme les gens des villes par quels degrés il faut que le patriotisme passe pour être épuré ; mais nous sentons comme eux que nous aimons notre patrie. Nous apprenons que la guerre lui cause un surcroît de besoins, et nous vous apportons ce qu’il est en notre pouvoir de vous offrir pour la soulager un instant. Acceptez donc en son nom, Messieurs, les citoyens de Bercy vous en conjurent, cette somme de six cens livres : elle est modique, mais elle est le superflu de nos impôts. Oui, Messieurs, nous croyons tous qu’avant qu’un citoyen cherche à s’honorer en paraissant faire un don à sa patrie, il faut qu'il commence par acquitter sa dette principale envers elle; et le bonheur de la France serait bientôt à son comble, sises administrateurs pouvaient compter plutôt sur le paiement total et exact des impôts, que sur le revenu presque toujours éventuel de dons qui ne les égalisent jamais ; aussi chacun de nous, pénétré de ces deux vérités, a-t-il su mettre à part l’argent qui peut revenir au percepteur des impôts du canton.
Nous ne vous ferons pas perdre de temps en vous parlant de nous davantage; car nous ne savons pas faire de ces phrases régulières et sonores, dont la seconde n’est souvent que l’écho de la première, pour vous attester notre patriotisme et
notre amour pour la Constitution. Mais, Messieurs, rentrés dans nos foyers, nous continuerons de vous prouver que ces sentiments nous sont communs avec le reste des habitants de cet Empire, en obéissant aveuglément aux lois que vous nous dicterez, et en ne souffrant que personne les viole en notre présence.
Signé : Provencher, volontaire; Renat, adjudant en chef; Coulon, commandant en chef; Binet, lieutenant; Potel, capitaine de grenadiers; Morel, citoyen ; Bergeret ; Le Grand ; Cuvillier; etc.
Après cette lecture, qui souleva de vifs applaudissements, le président accorda à la députation les honneurs de la séance. L’Assemblée ordonna, en outre, la mention honorable de l’adresse, son impression, et l’envoi, aux 83 départements1.
Nous indiquerons encore, qu’une lettre de Thiboust, Procureur de la Commune, adressée au District de Bourg-la- Reine, le 16 août 1792, annonce la réception et la publication dans la localité, le dimanche 12 du présent mois à midi, du décret de l’Assemblée Nationale daté du 10 août, portant suspension du chef du pouvoir exécutif. Thiboust mentionne également que le nouveau serment ordonné aux ecclésiastiques et aux fonctionnaires publics a été prêté à la Commune dans une assemblée générale2.
Quand la patrie courut le danger de l'invasion étrangère, les enrôlements volontaires furent nombreux à Bercy, de jeunes citoyens prêts à voler aux frontières pour défendre l’intégrité du territoire. La pièce d’archives suivante nous en donne la liste complète, terminée par le cri d’allégresse de la Municipalité à la gloire de ses courageux enfants :
Municipalité du Petit Bercy, du Ponceau, de la chaussée de Charenton, de la Vallée de Fécamp et de la Râpée.
Liste des citoyens de la Commune de Bercy qui, animés du zèle patriotique et du civisme le plus louable se sont volontairement dévoués à la défense de la patrie en danger, et qui en conséquence ont fait sur les registres de la
1. Archives parlementaires , t. XLV, p. 443. La minute de cette lettre se trouve aux Archives Nationales. C. 1 52 (268-270).