‹ Bernard Courtois 1777-1838 et la découverte de l'iode 1811Chapitre 17 sur 35 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

Je vous ai dit, il y a huit jours, que je n'avais pas pu découvrir l’acide muriatique (1) dans aucun des produits de la nouvelle substance découverte par M. Courtois dans le sel de vareck et que je regardais l’acide (2) qu'y a fait naître le phosphore dans les expériences de MM. Desormes et Clément comme un composé de cette nouvelle substance et l'hydrogène, et la substance elle-même comme un corps nouveau, jusqu’à présent indécomposé et appartenant à la classe des substances qui ont été nommées acidifiantes ou entretenant la combustion. Vous m'avez fait l’honneur de me demander communication de mes idées par écrit. Plusieurs chimistes s’occupant aujourd’hui de cet objet, il est probable qu’une partie de mes conclusions

ET LA DÉCOUVERTE DE L'IODE 97 auront été également trouvées par eux et principalement par M. Gay-Lussac dont la sagacité et l’habileté doivent nous faire espérer une histoire complète de cette substance ; mais puisque vous pensez qu’une Comparaison de différentes vues et d'expériences faites d'après différens plans, pourrait répandre plus de lumières dans un champ de recherches si nouveau et si intéressant, je vous Ccommuniquerai mes résultats généraux.

Je vous ai parlé de la combustion du potassium (1) dans cette substance, quand elle est sous forme gazeuse (2), laquelle se fait avec une belle flamme bleue. Je me suis assuré que le produit de cette combustion n’est qu'un composé binaire (3) de deux matières et qu'aucun gaz ne se manifeste dans l'opération.

Lorsque le potassium est soumis à l’action du gaz acide (4) produit par la substance distillée avec le phosphore, il ne brûle point comme dans le gaz acide muriatique ; mais il le décompose et donne le même résultat que lorsque la substance ellemême agit sur le potassium, et il reste une partie en volume d'hydrogène pour deux parties du gaz acide employé (5).

D’autres métaux chauffés dans le gaz (6) offrent des phénomênes semblables, et même le mercure agit sur lui à froid, en sorte qu'on ne peut le garder longtems sur cette substance. Dans tous ces cas, le produit est un composé du métal et de la substance ; et il se dégage de l'hydrogène.

Le gaz acide paraît s'unir en volume égal avec le gaz ammoniacal, et montre une grande attraction pour l’eau.

Je ne puis douter que l'humidité adhérente à la substance ne soit la principale cause de la production du gaz acide, lors de son action sur le phosphore ; à proportion qu'elle est délivrée de l'humidité, elle donne moins de gaz : mais je n’ai pu en empécher entièrement la formation; je suis disposé à attribuer cette impossibilité à un peu d'hydrogène qu'il y a dans le phosphore, et que l'action de la pile voltaique y démontre, ainsi que je m’en suis assuré dans d’autres expériences.

J'ai examiné avec grand soin les combinaisons de la substance dans la vue de déterminer si l’on ne pourrait en retirer ni gaz oximuriatique, ni gaz muriatique (7); mais je n’en ai obtenu

(1) Découvert par Davy en 1807.

(2) De vapeurs.

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