‹ Bernard PalissyChapitre 17 sur 54 · PS. CXLI · texte numérisé non relu

PS. CXLI

« Le roi de Navarre^ Antoine, prit :

ReVange*moi, prends la querelle,

qu'il chantoit en bransle de Poitou. Ainsi les autres. »

Le peuple, comme la cour, créa ses airs. Le dimanche c< les compagnons de mestier x> s^allaient « pourmener par les prairies, bocages ou autres lieux plaisans, chantans par troupes pseaumes, cantiques et chansons spirituelles. Vous eussiez aussi veu les filles et vierges assises par troupes es iardins et autres lieux qui, en cas pareil, se delectoyent à chanter toutes choses saintes. »

tes chanteurs n'étaient pas toujours habiles. Il arrivait parfois qu'au prêche une partie chantait ce verset-ci, l'autre ce verset-là, si bien, raconte Florimond, « que le pauvre ministre Malo, quoiqu'il tempestast en chaire et battist de la main, ne les pouvoit remettre à la mesure ^ »

Bernard Palissy s'est plu à ces harmonies de voix mâles et fraîches. Il aimait à les entendre; il aime à nous en parler. Voilà le chœur de nos jeunes Saintongeoises , grûtiœ décentes^ comme dit Horace, sous l'ombrage des aubiers, louant, exaltant le Seigneur Dieu dans ce magnifique élan de David: BenediCj anima mea^ Domino. Elles disent :

« Bénissez le Seigneur, ô mon âme! Seigneur, mon Dieu, vous avez fait paraître votre grandeur d'une manière bien éclatante !

* « Environné de majesté et de gloire, revêtu de lumière comme d'un vêlement, vous étendez le ciel comme un pavillon.

« Vous marchez sur les ailes du vent. Vous conduisez les fontaines dans les vallées pour abreuver

4 Ouv. déjà cité, liv. YIll, p. 1010.

les bêtes des champs, les animaux sauvages, les oiseaux de Pair.

« Vous faites sortir le pain de la terre et le vin qui réjouit le cœur de l'homme, et l'huile qui répand la joie sur son visage.

« Un regard de vous fait trembler la terre ; vous louchez les montagnes, et les flammes et la fumée en jaillissent.

« Je chanterai les louanges du Seigneur, tant que je vivrai. 0 mon âme, bénis le Seigneur ! »

Et les oiselets font chorus. Ils célèbrent aussi le Seigneur Dieu! Et les chevreaux sautent, et les agneaux bondissent, et les conils font mille tours et détours. Toute la création semble réunie pour adresser ses louanges au Créateur. Ne demandons plus où sont les sommets foulés par les vierges de Laconie ; où est le Sperchius ; où sont les grands arbres qui écartent les rayons du soleil. Tout cela vaut-il les filles de Saintes chantant les vers de Marot sous les aubarées de la Charente? Tout cela est-il plus grand que cette pastorale? Et si Palissy n'est pas Virgile, pourquoi les prairies de la Saintonge ne vaudraientelles pas les vallées de l'Hémus ? Un écrivain Ta dit : Si Galliam omm statuas^ Santones ovi vitellum stinto] et Sully a répété : « Si la France était un œuf, la Sainlonge en serait le moyœuf. »

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