‹ Bernard Shaw - PygmalionChapitre 3 sur 3 · FREDDY · texte numérisé non relu

FREDDY

Il disparait précipitamment.

LA VENDEUSE DE FLEURS, ramassant ses fleurs pour les replacer dans le panier — En v’là des façons, dis donc ! Eun’ paire d’hbouquets d'violettes fichues dans la boue.

Elle s’assied à droite de la dame, sur le socle de la colonne, pour trier ses fleurs. Ce n'est nullement le genre romantique. Elle doit avoir dix-huit ans, peut-être vingt, guère plus. Elle est coiffée d’un petit chapeau de marin en paille notre, depuis longtemps exposé à la poussière et à la sure de Londres, et guère brossé sul le fut jamais. Ses cheveux ont grand besoin d’une bonne lessive : leur teinte gris souris n’est certainement pas naturelle. Elle porte un casaquin noir de pacotlle, serré à la taille, et qui lui tombe presque aux genoux, et une jupe sombre avec un tablier de grosse toile. Ses bottines sont hors d'usage. Sans doute est-elle aussi propre qu'il lui est possible de l'être. Mais, à côté des deux ladies, elle fait très sale. Son visage n’est pas plus laid que le leux mais, pour la propreté, il laisse à désirer, et elle a grand besoin des soins d’un dentiste.

LA MÈRE. — Comment savez-vous que mon fils s’appelle Freddy, je vous prie ?

LA VENDEUSE DE FLEURS. — Non ! c’est-y pas vrai ? C’est vot gars ? Eh ben ; si qu'vous faisiez vot-devoir, qu’eune mère el” devrait, 1 2 L. : A 2 AS 2 3 s’rait-i assez bêta pour m'fiche en l’air les fleurs d’eune pov’fille et filer au lieu de les cracher Vous allez t'y les payer, vous, hein, oui ou non ?

Lai, et avec nos excuses, il nous faut renoncer à cette tentative désespérée de reproduire son idiome sans le secours d’un alphabet phonétique, car il serait incompréhensible en dehors de Londres.

LA FILLE. — Cette idée ! Mère, n’en fais rien !

La MÈRE. — Je t’en prie, Clara, laisse-moi faire. As-tu quelques pennies ?

LA FILLE. — Non, je n’ai pas moins que des pièces de six pence.

LA VENDEUSE DE FLEURS, d’une voix chargée d'espoir — Je peux vous faire la monnaie de six pence, ma bonne dame.

LA MÈRE, à Clara. — Donne-la-moi. (Clara s’en défait de mauvaise grâce.) Tenez, c’est pour vos fleurs.

LA VENDEUSE. — Merci bien, madame.

LA FILLE. — Dis-lui de rendre la monnaie. Ces choses ne valent pas plus d’un penny le bouquet.

LA MÈRE. — Tiens ta langue, Clara (À la fille :) Vous pouvez garder la monnaie.

LA VENDEUSE DE FLEURS. — Oh, merci à vous, madame.

LA MÈRE. — Et maintenant, dites-moi comment vous connaissez le nom de ce jeune monsieur.

LA VENDEUSE DE FLEURS. — Mais je ne le savais pas.

LA MÈRE. — Je vous ai entendue l’appeler par son nom. N’essayez pas de me tromper.

LA VENDEUSE DE FLEURS, protestant. — Mais qui donc essaie de vous tromper ici ? Je lai appelé Freddy ou Charlie tout comme vous auriez pu le faire vous-même, si vous parliez à un étranger en essayant d’être gentille.

LA FILLE. — Encore une pièce de six pence gâchée. Vraiment, maman, tu aurais pu épargner cela à Freddy.

Elle se retire, d’un air chagrin, derrière la colonne. Un gentleman entre deux âges, l'air souriant et l’allure nulitaire, surgit pour se mettre à l'abri, en refermant un paraplue ruisselant. I est dans le même état que Freddy, et 1l a, comme lux, les chevilles trempées. Il est en habit de soirée, sur lequel il a endossé un manteau léger. Il se met à l'endroit laissé vacant par la fille.

LE GENTLEMAN. — Pfui !

LA MÈRE, au gentleman. — Dites, monsieur, est-ce que la pluie à Pair de vouloir s’arrêter ?

LE GENTLEMAN. — J'ai bien peur que non. Depuis deux minutes environ, C’est reparti pire que jamais.

Il s’avance vers le socle, près de la vendeuse de fleurs, y pose le pied, et se penche pour retrousser le bas de son pantalon.

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