M""- de Janzé, Souvenirs, p
s'entretint longuement avec lui. L'entrevue du vieux roi et de son fidèle serviteur fut des plus touchantes, et Berryer dut éprouver les sentiments que Chateaubriand a si éloquemment exprimés dans ses Mémoires : « Je me mis à pleurer comme un enfant ; j'avais peine à étoufier avec mon mouchoir le bruit de mes larmes.... Mon vieux prince me prit de nouveau par la main en voyant mon trouble.... Ses yeu.\ étaient humides; il me fit asseoir à côté d'une petite table de bois sur laquelle il y avait deux bougies ; il s'assit auprès de la même table, penchant vers moi sa bonne oreille pour mieux m'entendre, m'avertissant ainsi de ses années qui venaient mêler leurs infirmités communes aux calamités extraordinaires de sa vie. 11 m'était impossible de retrouver la voix en regardant dans la demeure des empereurs d'Autriche le 68^ roi de France courbé sous le poids de ces règnes et de soixante-seize années; de ces années, vingtquatre s'étaient écoulées dans l'exil, cinq sur un trône chancelant *.... »
L'entretien avec Berryer se prolongea plus de deux heures. Il y fut longuement question des difficultés de toute sorte que rencontrait, par suite de son origine révolutionnaire, le gouvernement de Juillet. Le noble vieillard flétrit avec énergie les tentatives d'assassinat contre Louis-Philippe. « J'ai la confiance, ajouta-t-il, qu'aucun royaliste ne trempera jamais dans rien de pareil.... Malheur à ceux qui ameutent et déchaînent les mauvaises passions; ce sont des bêtes fauves qui dévorent le bras qui les a démuselées. » Ce fut au cours de cette audience qu'enhardi par l'an'abilité royale et invité à tout dire, Berr3'er osa soutenir que la Révolution de 1789 avait été nécessaire. Le soir, l'orateur fut invité au dîner de