‹ BerryerChapitre 85 sur 211 · Œuvres parlem., IV, p · texte numérisé non relu

Œuvres parlem., IV, p

tances? Berryer, vaincu par la grâce, le 29 mars 185/, se rendit par cette lettre touchante :

Mon bienfaisant ami et vénéré Père,

Je me sens grâce à Dieu, par votre aide, entré pleinement dans la Tolonté de suivre la voie où vous devez me diriger. Je ne manquerai pas d'aller m'humilier et me fortifier devant vous et par vous. Auditui meo dabis gaiidiutn et lœtitiam et exultabunt ossa hu7nUiata.

Ma raison et ma conscience sont satisfaites. Je rends grâce à Dieu et je vous bénis dans le fond de mon cœur. Gardez-moi, je vous en conjure, mon bon Père, votre tendre et protectrice affection ; venezmoi en aide, vos conseils et vos encouragements me sont nécessaires.

Je vous embrasse avec tendresse et n'attends que de vous le calme de ma vie et le repos dans la voie du salut.

Plein de joie, le P. de Ravignan répondit :

et Mon cher ami, votre joie est ma joie parce que votre cœur est mon cœur. Venez, je vous en conjure.

« Je vous embrasse comme un frère tendrement chéri. »

Depuis lors, Berryer pratiqua ouvertement et publiquement sa foi. « Est-ce que vous allez à confesse ? » lui demandait un jour M. Thiers devant témoins. — « Oui, vraiment, » répondit Berryer. — « Que vous êtes heureux, continuait M. Thiers ; pour moi, je reconnais bien que la religion est la plus grande et la plus belle chose qu'il y ait au monde; mais à qui me prouvera qu'elle est exclusivement divine, je donnerais volontiers la moitié de ma fortune.... Vous seul y réussiriez et je vous attends ; car vous étiez né prêtre, vous aviez au suprême degré le talent de la chaire. » Berryer fut d'autant plus frappé que M. Thiers n'avait pu connaître ses aspirations sacerdotales.

Moins d'un an après ce retour à Dieu, au mois de février 1858, dans une pauvre cellule de la rue de Sèvres, le P. de Ravignan, épuisé par ses apostoliques travaux, allait mourir. € Trois mois durant, raconte son historien, il ne voulait en-

— 20G — tendre que Dieu, voir que le ciel. M. Berryer pourtant méritait bien une exception. Il vint donc. Je n'oublierai jamais tout ce qu'il y eut d'éloquence et de grandeur dans la scène dont je fus témoin. Le visiteur tout en larmes, à deux genoux auprès du lit, faisait ses adieux avec des promesses, demandait en suppliant des bénédictions et des prières; le mourant, de son côté, avec une incomparable tendresse et une autorité surhumaine, semblait prêcher encore, et d'une voix haletante consolait, encourageait et bénissait i. »

Les obsèques du P. de Ravignan furent célébrées à Saint- Sulpice, au milieu d'une affluence considérable. Berryer était là, perdu dans la foule, le cœur plein de tristesse; il repassait en son âme les derniers conseils de son saint ami ; il comparait sa propre vie, si pleine de déceptions et d'orages, à la vie féconde et apostolique qui venait de finir, et se prenait sans doute une fois de plus à regretter de ne l'avoir point imité dans son sacrifice, lorsque, tout à coup, avant l'absoute, Mgr Dupanloup monte en chaire. Dans une improvisation émouvante, pleurant lui-mêmo et faisant pleurer tout le monde, il rappela les grands travaux de l'homme de Dieu et raconta sa mort sublime.... « Ses œuvres le suivent, disait-il, vous êtes son œuvre, l'œuvre de son cœur, de sa vie, de son sang ; à vous donc de le suivre et de l'accompagner auprès de Dieu, Messieurs, et de l'y retrouver un jour ! Ne restez pas en route.... Il marchait à votre tête ; suivez-le jusqu'au bout. Il vous a donné rendez-vous au royaume des cieux, n'y manquez pas ! n'y manquez pas ! Quand il vous donnait des rendez-vous en ce monde, vous savez comme il y était fidèle ; ne manquez pas au dernier qu'il vous donne !.... »

On comprend l'émotion de Berryer en entendant ces appels

Page 1