‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 120 sur 230 · M"'* de Janzé, Souvenirs^ p · texte numérisé non relu

M"'* de Janzé, Souvenirs^ p

Juillet. L'illustre avocat défendit, en outre, plusieurs fois la Gazette de Finance, la Quotidienne et le Rénovateur, accusés d'avoir attaqué le roi et le gouvernement. Il plaida pour V Association de Saint-Louis établie clans le but de sfcoiirir les personnes que la révolution de 1830 avait privées de leurs moyens d'existence. De concert avec Odilon Barrot, il assista M. Ledru Rollin, poursuivi pour avoir exprimé pendant une pi'riode électorale des idées subversives. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces divers procès ni même les signaler tous. « Là, dit très bien M. Cauvière, sous le couvert de son ministère, en présence d'hommes non habitués au métier de juges, souriant à l'essor du génie, et ne demandant qu'à être eux-mêmes soulevés, M. Berryer s'abandonnait à toutes les véhémences de son âme. Il prenait ses auditeurs pour confidents, il versait dans leur cœur ses plaintes brûlantes, dont la contrainte prolongée doublait l'intensité. Il attestait la France en leur personne de sa droiture d'intention, de sa clairvoyance prophétique. Il vendait au pouvoir, à des prix sanglants, la condamnation qu'il ne pouvait prévenir, l'application de la loi qu'il avait vainement combattue à la tribune ^. »

Si les princes s'adressaient à Berryer, comme nous venons de le voir, les gens du peuple, les pauvres, les ouvriers, avaient aussi recours à son éloquence et n'étaient jamais repoussés. Le procès Dehors en est une preuve, en même temps qu'il fait ressortir la délicatesse et le désintéressement du grand avocat.

Dehors était un fermier des environs d'Evreux. L'incendie de plusieurs maisons habitées eut lieu dans son voisinage. Un berger et une servante en furent accusés et prétendirent

\. Cauvière, Berryer, sa vie judiciaire, p. 55.

qu'ils avaient commis ce crime à l'instigation de Dehors, entraînés par ses dons et ses promesses. On le traduisit donc comme complice devant le jury d'Évreux. « A la veille de plaider, raconte Berryer, l'avocat d'Évreux tombe malade. On arrive en hâte à Paris, on me demande si je veux remplacer un confrère. Je lis la procédure en un jour. J'entrevois la possibilité de faire triompher l'innocence, je pars pour Évreux. Les débats complètent ma conviction i.... » Dehors n'en est pas moins condamné aux travaux forcés à perpétuité. Convaincu qu'il n'est pas coupable, Berryer s'acharne à le sauver et fait casser l'arrêt par la Cour suprême. Voilà de nouveau Dehors devant les assises de la Seine-Inférieure : c Jugez comme vous voulez, s'écrie Berryer, quant à moi je m'en vais; sachez seulement que cet homme est innocent. » Malgré tout, la même peine est prononcée. Berryer en appelle encore, et fait tant qu'il obtient un nouvel arrêt de cassation. Quand pour la troisième fois, le 18 juillet 183G, le malheureux fermier est amené devant le jury de la Seine, ce n'est plus seulement le public entassé dans la salle d'audience, c'est le pays tout entier qui se passionne et attend avec angoisse le verdict définitif. « En vain, s écrie Berryer, on a choisi pour présider ces débats le magistrat le plus habile et le plus expérimenté ; la nullité y est ! En vain a-t-on placé près de lui ce greffier si profondément versé dans la connaissance de la procédure criminelle. — Greffier ! votre plume îrébuche, la nullité y est ! En vain deux fois vous avez frappé •et homme, deux fois la Cour suprême a brisé voire arrêt. L'h quoi ! vous ne comprenez pas que la Providence ne veut pas qu'il soit condamné!.... » Et il dépeint de nouveau la vie modeste et honnête de Dehors ; il parle avec un accent de

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