V. Cil. de Lacombe, Con:, I. c
Berryer père s'attristait de ces violences. Quant à son fils, il les méprisait et s'attachait d'autant plus à la cause du maréchal qu'elle semblait plus désespérée. « Il faut écrire au roi, dit-il à son père, et connaître quels sont ses sentiments. » Lui-même se chargea de porter la lettre. Un officier de service le fit entrer dans une galerie du palais que le roi devait traverser. Bientôt Louis XVIII parut, marchant péniblement, la tête penchée sur la poitrine. L'officier lui montra le jeune homme : « Sire, c'est le fils de l'avocat Beri^er qui désire remettre une lettre de son père à Votre Majesté. » Le roi prit la lettre, fit quelques pas, s'arrêta, brisa l'enveloppe et parcourut rapidement le contenu. Puis s'adressant à Berryer, à haute voix et devant toute sa suite : « Dites à votre père d'être bien tranquille et de faire son devoir. » Les paroles royales furent répétées et produisirent leur effet i.
On traduisit d'abord Ney devant un conseil de guerre composé de maréchaux et d'officiers de l'Empire, témoins de son ancienne valeur : Moncey, Masséna, Augereau, Jourdan et Mortier. Moncey devait présider, mais il aima mieux se laisser enfermer à Ham que de condamner son illustre camarade. Il est possible, et Berryer l'a toujours cru, qu'en donnant à Ney ce tribunal, le gouvernement ait voulu le sauver. Quoi qu'il en soit, le maréchal récusa énergiquement ses juges. Il concevait pour ses collègues une défiance insurmontable. A son avis, un jugement militaire ne pouvait se terminer que par la mort. Ce fut une grave erreur et une faute irréparable. Ses avocats firent vainement tous leurs efforts pour l'empêcher. Ney obligea Berryer père à plaider l'incompétence du conseil de guerre, qui s'empressa de se soustraire à une charge pénible. Berryer vint avec son père à la
i. V, de Lacoirbe, Corr., 1. c.
Conciergerie apporter cette nouvelle. « Je vois encore, racontail-il plus tard, le maréchal s'avancer dans l'ombre de cette prison où je devais un jour rencontrer Louis Bonaparte. Œ Ah ! monsieur Berryer, s'écria-t-il, quel service vous m'avez rendu ! Ces gens-là, voyez- vous, m'auraient fait tuer comme un lapin. » Et se calmant tout à coup, il ajouta en souriant : « C'est dommage que vous n'ayez pas été militaire : vous auriez eu une belle voix de commandement K »
Cependant le désistement de Moncey et la déclaration du conseil de guerre irritent l'opinion royaliste. Le gouvernement se fait l'écho de ces colères, et dans un langage violent, qu'il a depuis vivement regretté, le duc de Richelieu somme la Chambre des pairs au nom du roi, de la France et de l'Europe, de juger et de condamner le maréchal Ney. La Chambre des pairs obéit, et en trois jours s'organise en cour judiciaire. Les débats commencent le 21 novembre.
Il n'y avait qu'une bonne manière de défendre l'accusé. Le crime militaire était évident. S'il voulait sauver sa vie, le maréchal devait la livrer à ses juges et se contenter de leur dire comme dans l'instruction : « Je suis trop coupable pour marchander ma vie au roi, il fera de moi ce qu'il voudra. » C'est ce que comprit à peu près seul le jeune Berryer -.
Son plan était fort simple. Après avoir rappelé les exploits du maréchal, les grands services rendus par lui au pays, l'orateur rapprochait éloquemment l'éclat de sa gloire passée avec sa situation présente, si triste et si désespérée. C'est qu'une faute avait été commise, il l'avouait franchement, rejetant seulement avec énergie toute idée de préméditation. Cette faute, il l'expliquait — par les vicissitudes inouïes d'idées et de gouvernements que ce malheureux soldat avail tra-