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une saison de paix et de lumière. Il espérait parce qu'il le
voyait « tourmenté par l'infini, » se désolant de ne pouvoir
embrasser enfin cette vérité supérieure qu'il concevait bien
et vers laquelle il aspirait de toute son âme :
Et pourtant elle est immortelle El. ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.
Alfred de Musset s'éteignit en 1857, après s'être réconcilié avec Dieu par la confession '.
Sa mort fut un soupir bien plus doux que sa vie.
Berryer fut du petit nombre de ceux qui lui restèrent fidèles jusqu'à la fin et qui suivirent ses obsèques : « 0 jeunesse d'aujourd'hui! s'écriait Lamartine...., il est mort ton poète! Tu le pleures; mais tu ne t'es pas même donné la fatigue d'aller jeter une feuille de rose sur son cerceuil, ou de l'accompagner jusqu'au seuil de l'éternité, de peur de déranger une de tes paresses, ou d'attrister une de tes joies!.... »
Quelques mois après, « marchant lentement, M. Berryer et moi, raconte M""* Jaubert, dans le parterre rempli de fleurs qui règne au midi sous les fenêtres du château d'Augerville, là même où plus d'une fois Alfred de Musset s'était promené avec nous, nous devisions mélancoliquement sur le poète qui n'était plus.
« Du moins, continua le châtelain, je suis heureux de penser qu'il a su combien j'appréciais sa valeur poétique associée, chose si rare, à un bon goût exquis. Je n'ai pas attendu
1. M. Tabbé de Mauléon a déclaré solenneliemenl avoir confessé Alfred de Musset à son lit de morl.
que le public ait porté sur lui un jugement définitif avant de me risquer à l'admirer.
« — Aussi, dis-je, se plaisait-il en votre compagnie. Il y devenait gai, aimable et d'un esprit charmant, tandis que les irritations de la vie mondaine et surtout cette conspiration du silence sous laquelle les envieux cherchèrent à étouffer VEnfant du siècle, expliquaient suffisamment les critiques souvent méritées qu'on faisait de son humeur et de ses airs farouches ou dédaigneux en société ^ » Et toute la journée se passa à relire la correspondance si spirituelle et si piquante de l'ami disparu.
Un sentiment de même nature, mais plus mtime encore, unit Berryer et Eugène Delacroix. D'abord ils sont cousins et Berryer semble fier de cette parenté, comme si la gloire du grand artiste pouvait ajouter quelque chose à la sienne. Eugène Delacroix, en effet, est fils de ce Charles Delacroix qui sauva Berryer le père pendant la Terreur et devint ministre des affaires étrangères sous le Directoire. Longtemps les deux cousins se sont perdus de vue. Ils se retrouvent en 1846 dans une triste circonstance. Le frère du peintre, le général Delacroix, aussi vaillant soldat que parfait chrétien, vient de mourir à Bordeaux. L'artiste l'annonce à son cousin et ajoute :
... En perdant ce noble cœur j'ai cherché ce qui me restait. J'ai pensé à vous, mon cher cousin, et à un bien petit nombre encore d'amis avec lesquels je suis par la pensée. Conservez-moi, je vous en supplie, votre précieuse affection et recevez l'assurance bien sin-